L’ancien ministre malien de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion des investissements, Harouna Niang, appelle l’Afrique à faire de la maîtrise de son patrimoine génétique une priorité stratégique, estimant que le XXIᵉ siècle sera dominé par les enjeux liés à la biotechnologie et à l’innovation scientifique.
Dans une tribune axée sur les défis contemporains du développement, le consultant indépendant met en garde contre une nouvelle forme de dépendance économique mondiale, moins visible que celle des matières premières traditionnelles, mais tout aussi déterminante pour l’avenir du continent.
Selon l’auteur, l’Afrique, et notamment le Mali, disposent d’un patrimoine biologique et génétique exceptionnel, fruit de la biodiversité et des savoirs agricoles traditionnels accumulés au fil des siècles.
Cependant, il regrette que cette richesse reste insuffisamment valorisée par les pays africains, en raison d’un faible niveau d’investissement dans la recherche scientifique et les biotechnologies. « Nous continuons à exporter des ressources biologiques à l’état brut sans en maîtriser la transformation scientifique et industrielle », souligne-t-il, en référence à une situation qui rappelle, selon lui, la dépendance historique du continent vis-à-vis de ses ressources minières.
Dans le cas du Mali, le constat est similaire : un potentiel agricole et biologique important coexiste avec des capacités de recherche encore limitées. Le pays dispose pourtant d’espèces végétales adaptées aux conditions climatiques difficiles, notamment à la sécheresse, qui pourraient jouer un rôle clé dans l’adaptation au changement climatique.
Pour Harouna Niang, cette richesse constitue un atout stratégique majeur pour le développement agricole et économique du Mali dans les décennies à venir. La tribune met également en lumière le risque de biopiraterie, décrit comme l’appropriation de ressources génétiques ou de savoirs traditionnels sans compensation équitable pour les pays et communautés d’origine.
L’auteur avertit que, sans cadre de protection renforcé, le Mali et les pays africains pourraient voir leurs ressources biologiques exploitées ailleurs, avant d’être rachetées sous forme de produits à forte valeur ajoutée. Face à ces défis, Harouna Niang plaide pour la mise en place d’une véritable souveraineté génétique, à l’image des politiques de souveraineté alimentaire ou énergétique.
Il recommande notamment au Mali et aux autres pays africains de renforcer l’inventaire des ressources génétiques nationales ; la création de banques de gènes et de semences ; l’investissement dans les laboratoires et centres de recherche ; la formation de chercheurs spécialisés en biotechnologie ; la protection juridique des ressources biologiques.
Une opportunité pour le Mali dans un monde en mutation
Selon la tribune, le changement climatique renforce la valeur stratégique du patrimoine génétique africain. Le Mali, confronté à des défis environnementaux importants, pourrait tirer profit de ses ressources naturelles adaptées aux conditions extrêmes pour développer une agriculture plus résiliente.
Ces innovations pourraient, à terme, contribuer à la sécurité alimentaire bien au-delà des frontières nationales. L’ancien ministre propose enfin la création d’une initiative continentale pilotée par l’Union africaine, incluant une Banque africaine des ressources génétiques et un Fonds dédié aux biotechnologies.
Pour lui, l’enjeu est clair : transformer le potentiel biologique africain en levier de développement économique, tout en évitant une nouvelle forme de dépendance technologique.
En conclusion, Harouna Niang estime que l’Afrique se trouve à un tournant historique. Après les révolutions du pétrole, du numérique et des minerais critiques, la génétique apparaît comme l’un des enjeux majeurs du XXIᵉ siècle. « L’Afrique ne peut pas se permettre d’être absente de cette nouvelle bataille scientifique et économique », avertit-il, appelant à un sursaut stratégique du continent.
Ismaël Traoré
Source : Ziré
