Une hausse qui accentue les difficultés des ménages déjà éprouvés par l’augmentation généralisée du coût de la vie. Face à cette situation, consommateurs et observateurs s’interrogent sur le rôle des structures chargées de défendre les citoyens et de veiller à la régulation du marché.
La viande, autrefois présente dans l’alimentation quotidienne de nombreuses familles, est en train de devenir un produit de plus en plus difficile d’accès pour une grande partie des Bamakois. Dans les marchés de la capitale, les prix affichés chez les bouchers suscitent incompréhension et mécontentement. Le kilogramme est vendu à partir de 5 000 F CFA, un niveau que beaucoup jugent excessif au regard du pouvoir d’achat actuel des populations.
Cette hausse intervient dans un contexte où les ménages doivent déjà faire face à l’augmentation des prix de nombreux produits de première nécessité. Riz, huile, sucre, transport, électricité, eau : les dépenses du quotidien ne cessent de croître, tandis que les revenus stagnent. Pour de nombreuses familles, acheter de la viande est devenu un luxe que l’on s’offre de moins en moins fréquemment.
Face à cette situation, une question revient avec insistance dans les discussions : où sont les associations de consommateurs ? Ces organisations, dont la mission est de défendre les intérêts des citoyens, semblent particulièrement discrètes sur un sujet qui touche pourtant directement le panier de la ménagère et le pouvoir d’achat des populations.
Mais l’interrogation ne s’arrête pas là. Beaucoup se demandent également où est la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC), dont l’une des missions est de veiller au bon fonctionnement des marchés et à la protection des consommateurs.
Dans l’opinion publique, certains n’’hésitent plus à exprimer leur frustration. « Lorsqu’il s’agit de compter le nombre de citernes de carburant arrivées au Mali ou d’annoncer les stocks disponibles, la DGCC est visible. Mais dès qu’il s’agit de trouver un remède à la souffrance des Maliens confrontés à la flambée des prix, sa présence paraît beaucoup plus discrète », entend-on régulièrement.
Certes, les autorités ne fixent pas directement le prix de la viande comme celui de certains produits subventionnés. Cependant, les consommateurs attendent davantage de transparence sur les mécanismes qui expliquent cette hausse continue. Ils souhaitent comprendre pourquoi les prix atteignent de tels niveaux dans un pays souvent présenté comme l’un des plus grands détenteurs de cheptel de la sous-région ouest-africaine.
Le paradoxe malien
Le Mali ne dispose-t-il pas de millions de têtes de bovins, d’ovins et de caprins ? Ne figure-t-il pas parmi les principales nations d’élevage de l’espace sahélien ? Dès lors, comment expliquer que la viande soit devenue aussi chère sur les marchés nationaux ?
Plusieurs hypothèses sont avancées. L’insécurité persistante sur certains axes routiers et dans plusieurs zones d’élevage pourrait perturber les circuits d’approvisionnement. Les difficultés de déplacement des troupeaux, les risques encourus par les transporteurs, les taxes informelles dénoncées par certains acteurs de la filière ainsi que l’augmentation des coûts du transport pourraient contribuer à renchérir les prix.
A cela s’ajoutent l’augmentation du coût des aliments pour bétail. Tous ces facteurs pèsent sur les éleveurs, les commerçants et, au final, sur les consommateurs.
Cependant, en l’absence d’explications officielles détaillées et régulières, les interrogations demeurent. Les citoyens ont le droit de savoir pourquoi un pays à forte vocation pastorale peine à offrir à sa population une viande à un prix plus abordable.
Aujourd’hui, au-delà de la question du prix de la viande, c’est celle de la protection du pouvoir d’achat qui est posée. Les consommateurs attendent des réponses claires, des analyses sérieuses et des mesures concrètes. Ils attendent également que les associations de consommateurs et les services compétents de l’Etat jouent pleinement leur rôle d’alerte, de contrôle et de défense des intérêts du public.
Car derrière les chiffres se cache une réalité sociale préoccupante : des familles qui réduisent leurs achats, des habitudes alimentaires qui changent et une population qui voit chaque jour son pouvoir d’achat s’éroder davantage. Le débat sur le prix de la viande est donc bien plus qu’une question commerciale ; il est devenu un véritable enjeu social.
B.S.
Source : Arc en Ciel
Last Updated on 23/06/2026 by Ousmane BALLO
