Le 22 juin 2026, les leaders religieux, coutumiers et communautaires de la région de Bougouni se sont réunis lors d’un forum régional consacré à la prévention des violences basées sur le genre (VBG) et à la consolidation de la paix. Organisée dans le cadre du projet « Powered by Women – Maaya Dambe », l’initiative portée par le Conseil Appui pour l’Éducation à la Base (CAEB) et ses partenaires vise à renforcer l’implication des acteurs influents dans la protection des droits des femmes et des filles.
La rencontre a rassemblé autorités administratives, chefs traditionnels, responsables religieux, organisations de la société civile, associations féminines et mouvements de jeunesse autour d’un objectif commun : promouvoir des communautés inclusives, pacifiques et exemptes de violences.
Dans son allocution d’ouverture, le chef du village de Bougouni, Seydou Diakité, a souligné que la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles ne saurait être l’affaire d’un seul acteur. « La protection des femmes et des filles doit être une responsabilité partagée par l’ensemble de la communauté », a-t-il insisté.
Représentant le maire de Bougouni, Bourama Diakité a salué l’organisation de ce forum qu’il considère comme une réponse nécessaire à une problématique persistante dans les communautés. Il a notamment dénoncé certaines pratiques traditionnelles préjudiciables aux droits des filles, telles que les mariages forcés, appelant les participants à devenir des relais de sensibilisation dans leurs localités respectives. Prenant la parole au nom du CAEB et de Cœur Mali, M. Sissoko a rappelé l’engagement de longue date de ces organisations en faveur de la promotion des droits des femmes, de l’égalité de genre et de la paix sociale.
Selon lui, la mobilisation des leaders religieux et communautaires constitue un levier essentiel pour faire évoluer les mentalités et prévenir les violences. « Nous devons mettre en commun nos expériences et nos efforts afin de bâtir une société plus juste, plus inclusive et plus solidaire », a-t-il déclaré.
Le directeur régional de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille de Bougouni, Simon Sagara, a insisté sur l’influence déterminante des leaders religieux et traditionnels dans la prévention des violences.
Il a rappelé que les services de l’État travaillent en étroite collaboration avec les forces de sécurité, les autorités judiciaires et les organisations partenaires pour combattre toutes les formes de violences, qu’elles soient sexuelles, physiques, psychologiques ou économiques. « Votre parole est écoutée et respectée. Vous avez un rôle majeur à jouer dans les mosquées, les églises et au sein des communautés », a-t-il souligné.
« Powered by Women » : placer les femmes au cœur du développement
Le coordinateur du projet à Bougouni, Al Mahdi Bagayoko, a présenté les ambitions du programme Powered by Women – Maaya Dambe, mis en œuvre dans plusieurs régions du Mali, notamment à Tombouctou, Bandiagara, Ségou, Mopti et Bougouni.
Le projet s’articule autour de plusieurs axes stratégiques, notamment le leadership féminin ; l’éducation ; la justice économique ; l’autonomisation des femmes ; la promotion de la cohésion sociale. Il a également mis en lumière l’approche des « hommes engagés » (Tié Tié Sirilé), des acteurs communautaires chargés d’accompagner la résolution des conflits et de promouvoir des comportements favorables à l’égalité et au respect des droits.
Les échanges ont permis aux responsables religieux d’exprimer leur volonté de contribuer davantage à la sensibilisation des populations. Le président du Haut Conseil islamique de Bougouni et imam de Torakabougouni, Mamadou Traoré, a plaidé pour une intensification des campagnes de sensibilisation à travers les mosquées, les églises, les conférences publiques et les médias locaux.
De son côté, le représentant de l’Église catholique de Bougouni, Ibrahim Sogoba, a attiré l’attention sur certains facteurs aggravants des violences, notamment la consommation de drogues, tout en appelant à une mobilisation communautaire renforcée pour préserver la paix. La présidente de la CAFO de Bougouni, Bintou Diarra Maïga, a quant à elle insisté sur la responsabilité des parents dans l’éducation et l’encadrement des enfants afin de prévenir les comportements à risque.
Parmi les moments forts de la rencontre figure le témoignage d’un « homme engagé » du quartier Hérémakono Nord, qui a relaté son intervention dans un dossier de mariage forcé ayant permis à une jeune fille de faire un choix respectueux de ses aspirations et de son avenir.
À l’issue des travaux, les participants ont réaffirmé leur détermination à renforcer la sensibilisation, la prévention et la prise en charge des violences basées sur le genre. Ils ont également plaidé pour une collaboration plus étroite entre autorités, leaders communautaires et organisations de la société civile afin de construire des communautés plus sûres, inclusives et pacifiques.
À travers ce forum, Bougouni réaffirme ainsi son engagement à faire des leaders religieux et communautaires des acteurs clés de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.
Aly Badra Keita (A B K) / Afrikinfos-Mali
Last Updated on 24/06/2026 by Ousmane BALLO
