Le gouvernement a franchi un cap dans sa politique économique. Par une note datée du 13 février 2026, le ministre de l’Économie et des Finances, Alousseïni Sanou, a donné instruction aux services publics et aux cabinets ministériels de privilégier désormais les entreprises nationales et les produits fabriqués localement dans le cadre de la commande publique.
Cette orientation s’inscrit dans l’application d’un décret visant à favoriser les PME de droit malien et la production nationale, en droite ligne des recommandations des Assises Nationales de la Refondation (ANR). Objectif affiché : renforcer la résilience du tissu économique national dans un contexte de crise multidimensionnelle.
Concrètement, l’administration devra s’équiper en mobiliers fabriqués localement (tables, chaises, rideaux, tissus décoratifs), privilégier les produits alimentaires issus des filières nationales (thé, jus, boissons naturelles) ainsi que les produits sanitaires de fabrication malienne (savons, détergents, papiers hygiéniques).
Chaque ministère devra inscrire une enveloppe de 100 millions de FCFA dans son budget 2026 pour financer ces acquisitions, avec un calendrier d’exécution rapide dès le premier semestre.
Des avantages attendus…
Cette décision réserves multiples avantages aux opérateurs nationaux. Il s’agit de soutien direct aux PME grâce à des commandes publiques régulières et prévisibles ; de la création et consolidation d’emplois, notamment dans l’artisanat, l’agroalimentaire et l’industrie légère ; de la réduction de la dépendance aux importations, à travers une substitution progressive ; de l’ancrage de la valeur ajoutée au niveau national, avec des effets d’entraînement sur l’emballage, la logistique et la distribution ; et enfin du renforcement de la fierté économique nationale, en promouvant le “consommer malien”.
Pour de nombreux acteurs économiques, cette mesure représente une bouffée d’oxygène et un signal fort de confiance envers les entrepreneurs locaux.
Des défis à relever pour éviter les dérives
Si la décision suscite l’enthousiasme, sa mise en œuvre soulève également des interrogations qui portent sur la qualité et la conformité des produits : des standards clairs devront être définis pour éviter que la préférence nationale ne se fasse au détriment des exigences techniques. Il y a également le risque de surcoûts : privilégier le local pourrait, à court terme, entraîner des prix plus élevés si la production nationale n’est pas suffisamment compétitive.
A ceux-là, s’ajoute la transparence des procédures : sans mécanismes rigoureux de contrôle, la mesure pourrait favoriser des pratiques anticoncurrentielles ou des attributions peu transparentes. Et enfin la capacité de production : certaines filières devront augmenter rapidement leur offre pour répondre à la demande publique.
La réussite de cette politique dépendra donc d’un suivi rigoureux, avec des indicateurs précis : part des achats locaux, délais de livraison, conformité qualité, nombre d’emplois soutenus. Des audits réguliers seront essentiels pour préserver la crédibilité de la commande publique.
La décision du 13 février 2026 marque une étape importante dans la stratégie économique du Mali. Elle traduit une volonté claire de faire de la commande publique un outil de transformation structurelle.
Reste à savoir si l’élan politique s’accompagnera d’une gouvernance exemplaire et d’une montée en gamme effective des produits locaux. Entre opportunité historique pour les entreprises maliennes et nécessité d’une vigilance accrue, le pari du “consommer local” est ambitieux et déterminant pour l’avenir économique du pays.
Ousmane BALLO
Source : Le Capital
Last Updated on 03/03/2026 by Ousmane BALLO
