De nombreuses femmes victimes de fistules ont vu leurs larmes séchées. Elles ont eu le rire grâce à une samaritaine en la personne de Madame Dolo Oumou Diombélé. Elle a fait de cette lutte son cheval de bataille et ce depuis 2000. Nous avons déniché pour vous cette brave femme au sourire inimitable. Suivez notre analyse.
KANAGA : parlez-nous de façon succincte des missions et domaines d’intervention de IAMANEH Mali ?
Mme Dolo Oumou Diombélé, Directrice Exécutive de IAMANEH Mali : notre ONG a pour mission de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de la femme, de l’enfant et de la famille à travers la promotion de leur santé, des droits socio-économiques, culturels et de la réduction des inégalités sociales au Mali.
Ses domaines d’intervention sont : la santé maternelle et infantile, les droits sexuels et reproductifs, la planification familiale, les IST/VIH/Sida et la lutte contre la fistule obstétricale. La lutte contre la malnutrition chez la femme et l’enfant, la promotion, la WASH, la promotion des droits des femmes et des enfants ; l’empowerment (Leadership et autonomisation des femmes). S’y ajoutent la lutte contre les violences basées sur le genre (MGF, excision, mariage d’enfant/forcé), l’éducation formelle et non formelle, le changement climatique, l’égalité, l’équité/genre (axe transversal) et la gouvernance.
Quelles sont les raisons qui vous ont amené à s’engager dans la lutte contre les fistules obstétricales ?
La fistule obstétricale est un problème de santé publique. Depuis l’an 2000, notre organisation a identifié les femmes victimes de ce mal sont au Centre Hospital au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de l’Hôpital du Point « G ». C’est une maladie handicapante parce que la fistule obstétricale survient très généralement chez les femmes jeunes n’ayant pas assez de moyens et manquant d’accès aux soins nécessaires lors de l’accouchement. C’est pour toutes ces raisons que IAMANEH Mali s’est investi dans cette lutte depuis 2000. Ses interventions sont axées sur la lutte et la prévention de cette maladie. La prévention primaire concerne toutes les activités qui concourent à l’information, à la sensibilisation de la population homme-femme sur comment survient la maladie, comment faire pour la prévenir et comment la soigner. Dans ce cadre, nous avons développé beaucoup de stratégies notamment l’information et la communication autour de la maladie. Donc, c’est un thème très délicat car il touche l’intimité de la femme. Pour ce faire, il faut trouver la façon de faire pour ne pas heurter la sensibilité de la femme. Si dans le temps on considérait la fistule obstétricale comme une malédiction, un mauvais sort, aujourd’hui elle est acceptée comme maladie. C’est un accident qui survient à la suite d’un accouchement non assisté ayant lieu à domicile ou n’ayant pas bénéficié de soins médicaux.
Dites-nous, de façon concrète, l’assistance que vous apportez aux victimes de fistules ?
Nous travaillons dans les villages pour informer les Femmes, les Hommes, toute la communauté sur la maladie et orientons ensuite les femmes qui ont eu la maladie dans les Hôpitaux pour leur prise en charge. Par exemple à Kayes, nous les orientons vers l’Hôpital Fousseyni Daou, à Ségou, c’est à l’Hôpital Nianakoro Fomba ; à Mopti, c’est l’Hôpital Sominé Dolo ; à Bamako, c’est l’Hôpital du Point « G ». Nous faisons la prise en charge médicale, psychosociale et l’insertion socio-économique. La prise en charge médicale comprend tous les soins médicaux, notamment les analyses, le bilan pré-opératoire et le pré-anesthésiste, les frais d’ordonnance pour les opérations et après opération, il y a la contribution alimentaire et un suivi de proximité pour voir l’évolution de la guérison, la convalescence. Une fois qu’elles sont libérées par les chirurgiens, nous les payons le transport pour le retour à la maison. Aux villages aussi, les femmes bénéficient d’un suivi de proximité de leur état de santé après l’opération. Nous échangeons aussi avec elles sur leur projet futur. Pour ce qui concerne les jeunes femmes en âge de procréer, nous mettons en place des mesures de planification familiale afin de les faire attendre quelques mois avant de tomber enceinte de nouveau. Toutes ces mesures sont prises pour les éviter la survenue de la maladie.
Quels sont vos motifs de satisfaction depuis que vous êtes dans cette lutte ?
Les motifs de satisfaction sont de voir une femme en détresse, déprimée par la fistule obstétricale et qu’après l’opération de trois (03) mois, se voit guérie et tombe enceinte après six (06) mois. Ces cas constituent mes motifs de satisfaction. Même motif de satisfaction pour la femme guérie qui retrouve sa belle-famille, son époux et tous ceux qui lui sont chers, car auparavant, elle était mise à l’écart, isolée à cause de la maladie. Elle retrouve l’estime de soi et la joie de vivre. J’éprouve une grande joie de voir les femmes guéries des fistules obstétricales donner naissance à des enfants à qui on donne mon nom. C’est comme ça que j’ai eu beaucoup d’homonymes. C’est pour dire que le souhait de toute femme mariée est d’avoir d’enfants. Le contraire l’inquiète.
La gratuité de la prise en charge complète des fistules obstétricales à l’image de la césarienne est votre combat. Cette gratuité est du ressort du gouvernement. Quel plaidoyer comptez-vous afin qu’il accorde cette gratuite aux potentielles victimes de cette maladie ?
Depuis des années, nous sommes en train de faire des plaidoyers pour la prise en charge gratuite de la fistule. Actuellement ce sont des projets et des ONG qui font la prise en charge. Vous savez que leurs actions sont pour une période bien déterminée. Une fois que ces projets plient bagage, qui va s’occuper des femmes qui auront la maladie. Le coût de la prise est très élevé pour la femme, c’est pourquoi nous voulons que l’Etat prenne en charge ces cas. Depuis des années, l’Etat a mis en place un plan stratégique de prévention et de lutte contre la fistule obstétricale. Il y’en a aussi un comité national de pilotage pour la prévention et de prise en charge de cette maladie. C’est pour dire que des efforts sont faits, mais insuffisants. Notre objectif est d’obtenir la gratuité de la prise en charge de la fistule à l’image de la césarienne.
Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit de la population et des décideurs ?
Actuellement à 05 km de rayon, il y a un centre de santé communautaire où les femmes peuvent aller se faire consulter et y accoucher. Nous disons aux femmes en âge de procréer dès qu’elles ont un arrêt de règles, qu’elles aillent dans les centres de santé pour se faire consulter. En cas de grossesse, elles font la Consultation Prénatale (CPN). Et si celle-ci (CPN) révèle une aménorrhée ou une autre maladie, c’est l’occasion de la traiter. La prévention passe par là. Ces différentes préventions sont les préalables à la prévention de la fistule obstétricale. Tant que les femmes continuent à accoucher à la maison, elles risquent d’être victimes de la fistule obstétricale.
A l’endroit des décideurs, nous demandons à intensifier les actions de prévention et de prise en charge holistique des cas de fistule. Pour finir, je dirai que nous gagnerons le combat contre cette maladie en conjuguant les efforts. Tel est l’appel que je lance à la communauté.
Entretien réalisé par Hassana Kanambaye pour Afrikinfos-Mali
Last Updated on 26/08/2024 by Ousmane BALLO

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