Espace AES : une circulation sans entraves

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Réunis à Niamey pour leur première session ordinaire, les députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont placé la libre circulation des personnes et des biens au centre de leurs réflexions. Pour Bamako, cet enjeu apparaît comme un levier majeur de l’intégration régionale et de la consolidation de l’espace commun de l’AES.

Après la mise en place des mécanismes institutionnels de l’AES, les représentants parlementaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger entendent désormais s’attaquer aux questions qui touchent directement les populations. Parmi elles, la libre circulation des personnes et des biens occupe une place centrale.

La première session ordinaire des Sessions confédérales des Parlements de l’AES, achevée le samedi 29 août 2026 à Niamey, a ainsi permis aux députés des trois pays de débattre de plusieurs dossiers liés à la construction de cet espace commun. La mobilité des populations et les échanges commerciaux ont notamment fait l’objet d’importants échanges au sein de la Commission Diplomatie.

Dans un espace composé de trois pays dont les populations entretiennent depuis des décennies des liens économiques, sociaux et culturels étroits, la question de la circulation revêt une importance particulière.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger partagent en effet de longues frontières et de nombreux corridors commerciaux. Les déplacements des travailleurs, commerçants, transporteurs, éleveurs et autres acteurs économiques constituent une réalité quotidienne.

Mais cette mobilité reste confrontée à plusieurs obstacles. Les parlementaires ont notamment évoqué les tracasseries routières, les paiements indus, les pratiques de corruption ainsi que les difficultés rencontrées aux différents postes de contrôle. Ces contraintes peuvent affecter aussi bien les citoyens que les opérateurs économiques et renchérir le coût des échanges entre les trois pays.

Invité à éclairer les parlementaires sur cette problématique, l’Ambassadeur burkinabè Passida Pascal Gouba, chargé de mission au cabinet du ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, a présenté l’architecture juridique existante en matière de libre circulation en Afrique de l’Ouest.

Les discussions ont notamment porté sur les textes adoptés dans le cadre de la CEDEAO et de l’UEMOA, ainsi que sur leur articulation avec la nouvelle réalité institutionnelle créée par l’AES.

Au-delà des textes, les députés ont insisté sur la nécessité de prendre en compte les réalités du terrain. La construction de la Confédération ne saurait se limiter à la mise en place d’institutions communes. Elle doit également se traduire par des facilités concrètes pour les populations.

Dans cette perspective, la libre circulation, le droit de résidence et le droit d’établissement apparaissent comme des éléments déterminants pour donner un contenu concret à l’intégration confédérale.

Vers un instrument commun pour les trois États

À l’issue des débats, la nécessité d’élaborer un instrument commun et spécifique à l’espace AES sur la circulation des personnes a été mise en avant. Une telle initiative permettrait notamment de tenir compte des spécificités de la Confédération et de compléter les mécanismes existants.

La question des contrôles aux frontières a également retenu l’attention des parlementaires. L’idée de mettre en place des postes de contrôle unifiés entre les trois États a notamment été évoquée. L’objectif serait de réduire les délais, limiter les tracasseries et faciliter la circulation des personnes et des marchandises.

Pour le Mali, qui dispose de vastes frontières avec le Burkina Faso et le Niger, ces mécanismes pourraient revêtir une importance particulière pour les échanges commerciaux et la mobilité des populations frontalières. La première session ordinaire ne s’est toutefois pas limitée à la question de la mobilité. Les députés ont également examiné la coopération policière et la pérennité du financement des médias de l’AES.

À la clôture des travaux, le président des Sessions confédérales, le Dr Ousmane Bougouma, a salué des débats qu’il a qualifiés d’« intenses et francs », guidés par la recherche de l’intérêt des peuples du Sahel. Les recommandations formulées au terme de la session doivent désormais être transmises au Collège des chefs d’État, auquel revient la décision concernant leur mise en œuvre.

Le président des Sessions confédérales a par ailleurs invité les parlementaires à maintenir le dialogue au sein de leurs commissions et à rester à l’écoute des préoccupations des populations.

Pour Bamako, un enjeu économique et social majeur

Au-delà de sa dimension institutionnelle, la question de la libre circulation présente un enjeu économique important pour le Mali. La fluidification des corridors reliant le pays à ses voisins pourrait contribuer à faciliter les échanges, réduire certains coûts liés au transport et renforcer les relations commerciales avec le Burkina Faso et le Niger.

Elle pourrait également favoriser une meilleure intégration des communautés vivant dans les zones frontalières et renforcer les liens historiques entre les populations des trois pays.

Dans un contexte où les États de l’AES cherchent à construire progressivement des mécanismes communs, la libre circulation apparaît ainsi comme l’un des tests les plus concrets de la capacité de la Confédération à répondre aux attentes des citoyens.

De l’intégration institutionnelle à l’intégration des peuples

La première session ordinaire des Parlements confédéraux marque ainsi une étape supplémentaire dans la construction de l’AES. Pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, le défi consiste désormais à transformer les décisions politiques en mécanismes effectivement perceptibles dans la vie quotidienne.

La circulation plus fluide des personnes et des biens, la coopération sécuritaire, le développement des échanges économiques et le renforcement des outils de communication constituent autant de chantiers susceptibles de donner davantage de substance à la Confédération.

La prochaine étape sera donc celle de la mise en œuvre des recommandations adoptées à Niamey. Pour les populations maliennes, comme pour celles du Burkina Faso et du Niger, la réussite de cette dynamique se mesurera moins au nombre d’institutions créées qu’à la capacité de l’AES à faciliter concrètement leur mobilité, leurs échanges et leurs activités économiques.

La construction confédérale entre ainsi dans une phase où l’enjeu principal sera de rapprocher les institutions des réalités quotidiennes des citoyens. « Un Espace, un Peuple, un Destin » : derrière cette formule, c’est désormais la capacité à faire vivre concrètement cet espace commun qui constitue le principal défi des trois États.

Ousmane BALLO

Source : Ziré

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