Alors que le Mali vise près de 12 millions de tonnes de céréales pour la campagne agricole 2026, les incertitudes liées à la pluviométrie placent la sécurité alimentaire au cœur des préoccupations. Dans un pays où plus de 1,6 million de personnes sont déjà confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, une mauvaise répartition des pluies ou des perturbations prolongées du calendrier agricole pourraient fragiliser davantage les ménages ruraux et compromettre les ambitions de production nationale.
La campagne agricole 2026 constitue un enjeu stratégique pour le Mali. Au-delà des objectifs de production et de croissance du secteur agricole, son évolution déterminera en grande partie la disponibilité des denrées alimentaires, les revenus des producteurs et la capacité des ménages ruraux à constituer des stocks pour les mois à venir.
Pour la présente campagne, les autorités maliennes ont fixé un objectif prévisionnel de 11 916 750 tonnes de céréales, contre une production de 11 452 540 tonnes enregistrée au cours de la précédente campagne. L’ambition est également importante pour le coton, avec un objectif de 598 500 tonnes. Pour gagner ce pari, une enveloppe prévisionnelle de 164,39 milliards de francs CFA a été mobilisée, soit une hausse d’environ 2 % par rapport à la campagne précédente.
Ce financement doit notamment couvrir les subventions aux engrais, aux semences, aux biostimulants et les différents appuis destinés aux filières agricoles. Mais derrière ces objectifs de production se dessine une réalité plus préoccupante : la réussite de la campagne dépend largement de la qualité de la saison des pluies.
Pour une agriculture encore largement dépendante des précipitations, la quantité d’eau reçue ne constitue pas le seul facteur déterminant. La répartition des pluies dans le temps et dans l’espace est tout aussi importante.
Ainsi, des pluies tardives, insuffisantes ou irrégulières peuvent perturber les semis et fragiliser les jeunes plants. À l’inverse, des précipitations trop abondantes ou prolongées peuvent provoquer des inondations, favoriser certaines maladies et compliquer la maturation ainsi que la récolte.
Le risque pour le Mali est donc double : subir un déficit pluviométrique dans certaines zones et faire face, ailleurs, à des excès d’eau susceptibles d’endommager les cultures.
Dans plusieurs régions agricoles, les producteurs restent particulièrement attentifs à l’évolution de la saison. Une mauvaise pluviométrie pourrait entraîner une baisse des rendements, réduire les stocks vivriers et augmenter la dépendance des ménages aux marchés. Or, lorsque les productions locales diminuent, la pression sur les prix des denrées alimentaires peut s’accentuer, fragilisant davantage les populations les plus vulnérables.
Des pluies au-delà du mois de septembre
Les dernières prévisions de Mali-Météo indiquent que les pluies pourraient se poursuivre au-delà du mois de septembre dans plusieurs régions du pays, notamment dans le sud, le sud-ouest et l’ouest. Certaines zones pourraient encore enregistrer des précipitations résiduelles dépassant 400 millimètres.
À première vue, cette perspective peut apparaître comme une bonne nouvelle pour les producteurs confrontés à un démarrage difficile ou à une mauvaise répartition des pluies. Pour certaines cultures, un prolongement de la saison pourrait tout de même permettre de compenser une partie du déficit hydrique enregistré au cours des premières phases de la campagne.
Mais une saison plus longue ne signifie pas automatiquement une meilleure récolte. Pour certaines productions, notamment le maïs et, dans une moindre mesure, le coton, un excès d’humidité peut perturber la maturation, compliquer les travaux agricoles et accroître les risques de pertes. L’enjeu consiste donc à disposer non seulement de pluie, mais surtout d’une pluviométrie adaptée aux besoins des cultures et aux différentes étapes de leur développement.
Pour le Mali, la campagne agricole 2026 représente ainsi bien plus qu’un simple rendez-vous économique. Elle constitue un test majeur pour la sécurité alimentaire nationale. Atteindre l’objectif de près de 12 millions de tonnes de céréales permettrait de consolider l’approvisionnement alimentaire et de renforcer les stocks disponibles.
À l’inverse, une mauvaise campagne, aggravée par une pluviométrie défavorable, pourrait accroître la vulnérabilité de populations déjà confrontées à l’insécurité alimentaire, aux déplacements et à la malnutrition.
La réponse au risque ne repose donc pas uniquement sur l’assistance humanitaire. Elle dépend également de la capacité du pays à protéger la production agricole, à accompagner les exploitants et à transformer les informations climatiques en décisions concrètes sur le terrain.
Au Mali, la pluie reste l’un des principaux moteurs de la production agricole. Mais en 2026, son irrégularité rappelle une réalité essentielle : lorsque le climat fragilise les champs, c’est toute la chaîne de la sécurité alimentaire qui peut être menacée, du producteur jusqu’au consommateur.
Ousmane BALLO
Source : Ziré
