Le Conseil national de Transition (CNT) a franchi une nouvelle étape dans le processus de refondation de l’État malien. Réuni en séance plénière au Centre international de conférences de Bamako (CICB), sous la présidence de l’Honorable Malick Diaw, l’organe législatif de la Transition a adopté onze projets de loi portant sur la réforme administrative, la souveraineté énergétique et minière, la sécurité nationale ainsi que la gouvernance territoriale.
À travers cette série de textes, les autorités de la Transition entendent consolider les réformes structurelles engagées depuis plusieurs mois afin de renforcer les capacités de l’État et soutenir le développement du pays.
Parmi les textes phares adoptés figure la ratification de l’ordonnance portant Statut général des fonctionnaires. Le projet a été approuvé à l’unanimité par 124 voix pour, sans opposition ni abstention.
Présentant cette réforme, le ministre du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, Fassoun Coulibaly, a salué un texte « moderne et innovant » intégrant 24 nouvelles mesures destinées à améliorer la gestion des ressources humaines de l’administration publique.
Le nouveau statut introduit notamment une indemnité de départ à la retraite, une revendication attendue depuis 1961, ainsi qu’un congé de paternité de sept jours. Il prévoit également l’instauration d’un système d’évaluation fondé sur la performance et la Gestion Axée sur les Résultats (GAR).
Le président de la Commission des Lois du CNT, l’Honorable Souleymane Dé, a pour sa part salué la régularité du processus parlementaire ayant conduit à l’adoption du texte.
Énergie : un projet stratégique pour Bamako
Le CNT a également validé l’accord de financement conclu avec la Banque islamique de développement (BID) pour le projet de la Boucle Nord 225 Kv autour de Bamako.
Selon le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Tiémoko Traoré, ce chantier stratégique est déjà exécuté à 73 % et permettra de sécuriser l’approvisionnement électrique de la capitale, qui concentre près de 70 % de la consommation nationale.
Connectée aux infrastructures solaires et hydroélectriques de Safo, Sanankoroba et Kénié, cette ligne haute tension devrait réduire la dépendance du Mali aux centrales thermiques tout en facilitant l’accès à l’électricité à plus de 310 000 ménages.
Les autorités misent également sur des retombées économiques importantes grâce à une meilleure alimentation énergétique du tissu industriel national.
Souveraineté minière et contrôle des ressources stratégiques
Dans le secteur minier, les membres du CNT ont ratifié la création de la Société de Patrimoine minier du Mali (SOPAMIM-SA), chargée de superviser les participations de l’État dans les sociétés minières.
Le ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, a indiqué que cette structure vise à renforcer la transparence et à garantir une meilleure maîtrise des ressources nationales, avec des participations étatiques pouvant atteindre 35 % dans les nouvelles sociétés minières.
Autre mesure stratégique : la création de FARATCHI-CO-S.A., une société détenue à 51 % par l’État malien en partenariat avec un groupe chinois, spécialisée dans la production locale d’explosifs civils.
Au-delà des enjeux économiques, les autorités mettent en avant l’importance sécuritaire de cette initiative, destinée à assurer une meilleure traçabilité et un contrôle renforcé de ces substances sensibles.
Une économie résiliente malgré les crises
Le CNT a par ailleurs adopté la loi de Règlement du Budget 2023. Selon Alousséni Sanou, l’économie malienne a démontré une résilience notable malgré un contexte international difficile.
Le gouvernement affiche une croissance de 4,3 % en 2023, avec des projections estimées à 6,5 % en 2025, tandis que l’inflation demeure maîtrisée sous les seuils communautaires.
Réformes sanitaires, territoriales et contrôle des ONG
Dans le domaine rural, une nouvelle législation sur la police sanitaire des animaux terrestres a été adoptée afin de remplacer un dispositif vieux de 25 ans.
Défendue par le ministre de l’Élevage et de la Pêche, Youba Ba, cette réforme vise à renforcer les contrôles vétérinaires et à prévenir les zoonoses en harmonisant les textes avec le Code pénal.
Le CNT a également approuvé une réforme de l’Agence nationale d’Investissement des Collectivités territoriales (ANICT). Le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le Général de Brigade Issa Ousmane Coulibaly, a expliqué que l’ANICT absorbera désormais les Agences de développement régional (ADR).
La nouvelle structure sera aussi chargée de contrôler les flux financiers et les activités des ONG et associations opérant au Mali, dans un souci de transparence et de sécurité.
Renforcement de la sécurité publique
Enfin, le CNT a ratifié les ordonnances portant création des Directions générales de la Police nationale et de la Protection civile.
Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général de Division Daoud Aly Mohammedine, a affirmé que ces réformes permettront de renforcer les capacités opérationnelles des forces de sécurité.
Le président de la Commission Défense du CNT, l’Honorable Minkoro Kane, a rappelé que ces mesures s’inscrivent dans le processus de militarisation de la sécurité publique engagé depuis 2022.
À travers ce vaste chantier législatif, le Conseil national de Transition réaffirme sa volonté d’accompagner le gouvernement dans la mise en place d’un cadre institutionnel et juridique « souverain, moderne et résilient » pour le Mali.
OB / Afrikinfos-Mali
Last Updated on 25/05/2026 by Ousmane BALLO
