Situé au centre de la capitale malienne, faisant face au fleuve Djoliba, le Centre International de Conférences de Bamako (CICB) incarne depuis trente ans l’ambition d’un État soucieux de sa souveraineté, de son rayonnement diplomatique et de sa cohésion citoyenne.
Créé en septembre 1995 dans le cadre d’une coopération sino-malienne, le CICB est aujourd’hui un établissement public à caractère administratif sous tutelle du ministère de la Culture, qui préside son Conseil d’admission. Véritable infrastructure stratégique dans l’architecture institutionnelle du pays, ce haut lieu des rencontres officielles au Mali fait face à des difficultés qui datent d’avant la pandémie de Covid-19. Modernisé en 2019, le site dispose de pavillons modulables, d’une salle principale de 1000 places nommée « Djéli Baba Sissoko », d’un centre de presse, de salons VIP et d’une salle de banquet. Avec des toilettes régulièrement bien entretenues, sous haute surveillance du directeur lui-même et par l’entremise des femmes de ménage, le CICB a une capacité d’accueil globale de plus de 4000 personnes. Ce qui en fait le site hébergeur numéro d’événements. Un lieu bien situé et qui est rendu incontournable lors des grandes manifestations nationales et internationales, des rencontres politiques aux cérémonies culturelles, en passant par les colloques, mariages et forums citoyens. Avec ce slogan – « tu viens, tu vois, tu es content, tu repars, tu reviens » – son Directeur a tout résumé. En 2019, avec le 1er salon de l’habitat qu’il a eu l’heureuse chance d’abriter, et la prestation de l’artiste Youssou Ndour sur l’esplanade, M. Sékou Dissa qui en est le directeur nommé par Conseil des Ministres du 18 décembre 2018, puis par décret présidentiel le 19 décembre 2018, assure la gouvernance du site depuis le 28 janvier 2019.
Un pilier de résilience et de gouvernance
Depuis 2023, sous sa direction éclairée (M. Dissa est diplômé en tourisme d’affaires de l’Université de Clermont-Ferrand en France), le CICB a connu une phase de redressement remarquable. Après une période difficile marquée par onze mois d’arriérés de salaires et une dette de 83 millions FCFA envers l’INPS, le centre est parvenu à restaurer sa viabilité budgétaire et son efficacité opérationnelle en engrangeant tous les six mois des recettes estimées entre 15 à 17 millions Cfa. Pour l’exercice 2025, son budget prévisionnel dépasse 1,5 milliard FCFA, dont 900 millions sont générés par ses propres activités commerciales. Derrière ces chiffres, c’est une dynamique humaine que le directeur a su restaurer, grâce à la mobilisation d’une centaine d’agents polyvalents qui lui donnent satisfaction en se mettant à l’œuvre comme lui – qui n’a presque plus de vie de famille, tellement qu’il est sur le terrain à longueur de journée, étant des premiers arrivés et le dernier à partir. Qu’ils soient techniciens, réceptionnistes, logisticiens, agents de protocole et d’entretien, tous ses agents sont encadrés dans une politique de revalorisation et de formation continue.
À part la location de salle, à travers le département réservation et la comptabilité, c’est le service restauration que l’établissement a su greffer à ses activités qui assurent le fonds de roulement de la structure. Dans cette dynamique, la salle des banquets, pouvant accueillir jusqu’à 200 convives, joue elle aussi un rôle symbolique fort, valorisant la gastronomie malienne lors des réceptions officielles, mariages ou déjeuners diplomatiques. Comme l’affirme le Chef Balla, cuisinier principal, «quand les diplomates goûtent au fonio au CICB, ils repartent avec une part du Mali dans le cœur».
Depuis l’installation du Conseil National de Transition dans ses locaux en 2020, le CICB bénéficie d’un protocole de sécurité renforcé. L’État étant devenu ainsi son premier client, 37 caméras de surveillance entourent le site où l’accès est désormais filtré avec un contrôle assidu et continu, une équipe d’intendance chargée des plans de gestion de flux et des mesures de procédures d’urgence sont désormais intégrés au fonctionnement quotidien, garantissant aux usagers un niveau élevé de sécurisation. Cette présence politique a imposé des ajustements en matière de gestion, mais elle a aussi confirmé le CICB comme un espace stratégique du dialogue républicain.
Le 22 juillet 2025 : l’apogée d’un sanctuaire
Le CICB qui fonctionne par le vécu quotidien des événements qu’il abrite, n’a pas vocation marchande en tant qu’EPA. Le bon travail des employés et la rigueur de gestion de la direction ont définitivement changé le visage du CICB. Cette dimension est rendue manifeste ce mardi 22 juillet 2025. Ce jour-là, la salle Djéli Baba Sissoko a accueilli la cérémonie de remise officielle de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation. Devant une foule rassemblée et sous le regard de la nation, le Président de la Transition, Assimi Goïta, a prononcé ces mots devenus emblématiques : «Le Mali s’assume. Le Mali décide. Le Mali se relève». Cette déclaration, désormais gravée dans la mémoire collective, a transformé le CICB en un sanctuaire républicain, le lieu même où le Mali a choisi d’affirmer sa souveraineté et de redéfinir sa trajectoire. Une satisfaction supplémentaires pour M. Dissa qui se contente bien de ça en dehors des jours de confession et de permission qu’il ne s’est jamais autorisé à prendre. Une dame, Kadidiatou, enseignante venue de Ségou, témoigne aussi avec émotion à sa façon : «J’étais là. Et j’ai pleuré. Pour une fois, le Mali parlait avec sa propre voix. Et c’est le CICB qui l’a portée».
Et ce jour-là, Ousmane Issoufi Maïga, président de la Commission de rédaction de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale a rendu un vibrant hommage au directeur du CICB et à son personnel en ces termes : « Je ne me lasserai jamais de louer la qualité du service à la clientèle et le professionnalisme du personnel du Centre International de Conférence de Bamako, en particulier de son Directeur. Un jeune homme dynamique, chevronné, assidu, rigoureux, courtois et attentif au moindre détail. Leur détermination à garder leur territoire propre et sain a séduit tout un chacun et devrait servir de leçon par le bas ».
Regard tourné vers l’avenir
Depuis ce moment historique, le CICB ne se résume plus à son architecture ou à ses fonctions. Il se projette comme un incubateur d’idées, un levier diplomatique et un centre de rayonnement intellectuel. La numérisation intégrale des services, la création de partenariats thématiques autour des enjeux de climat, culture et sécurité, ainsi que la mise en réseau avec les centres de conférences africains font partie des perspectives stratégiques de son développement. Son directeur le résume avec conviction : «Notre ambition est claire : que Bamako devienne une capitale du dialogue africain, et que le CICB en soit le pilier».
Ainsi, entre mémoire et modernité, entre diplomatie et débat citoyen, le CICB s’impose comme le temple malien des paroles retrouvées – celles qui rassemblent, bâtissent et projettent une souveraineté assumée.
Source : L’Aube

