Au cœur de la région de Bougouni, où les traditions ancestrales continuent d’occuper une place importante dans la vie sociale et culturelle, Bintou Bagayoko, connue sous le nom de « Djinetigui » (Maître des Djine), demeure une personnalité qui suscite curiosité, respect et intérêt au sein de nombreuses communautés.
Rencontrée le 4 juin 2026 à Bougouni, cette femme au parcours singulier a accepté de partager son histoire, son initiation et sa vision d’une pratique profondément ancrée dans certaines croyances traditionnelles maliennes.
Originaire de Bougouni, Bintou Bagayoko est la fille de Balla Bagayoko, adjudant-chef de police et ancien major à Ségou, et de Rokia Samaké. Elle fut également l’épouse de feu Adama Coulibaly, journaliste et animateur de Radio Kafokan.
Son parcours scolaire s’est interrompu à l’âge de 18 ans alors qu’elle poursuivait ses études en 11ᵉ année à Faraba, dans la commune de Bougouni. C’est à cette période qu’elle affirme avoir vécu les premières expériences qui l’ont conduite vers l’univers spirituel auquel elle se consacre aujourd’hui.
Selon son témoignage, son initiation débute en 2009 sous la conduite d’Aminata Traoré, originaire de Fadjiguila à Bamako, qu’elle présente comme sa maîtresse spirituelle.
Bintou Bagayoko explique que la première manifestation qu’elle attribue à cet univers spirituel s’est produite sous le nom de Boredjan. Elle affirme qu’au fil des années, plusieurs autres entités se seraient successivement manifestées à travers elle, parmi lesquelles Maimouna Haidara, Himma Sorry, Baowéré, Hawa, Zanké Diarra, Tiefolon de Bougouni, Massala de Zantiébougou, Nagoly Kebla, Mamy Watta et Noumoutié Forgeron.
Selon elle, cette dernière figure spirituelle apparaît principalement lors des célébrations annuelles de Sanyéléma, un rendez-vous culturel et traditionnel bien connu dans certaines localités de la région de Bougouni. Ces affirmations relèvent de croyances et traditions locales et ne reposent pas sur des éléments scientifiquement vérifiables.
Une prédiction familiale devenue vocation
Bintou Bagayoko rattache également son parcours à une histoire familiale. Elle rapporte que son grand-père, Siritiè Samaké, réputé dans son entourage comme chasseur et guérisseur traditionnel, aurait prédit avant son décès qu’un de ses descendants deviendrait un jour maître des Djine.
Selon son récit, plusieurs événements survenus au cours d’une période de maladie à l’âge de 18 ans auraient été interprétés par sa famille comme la confirmation de cette prédiction. Elle indique notamment que son oncle maternel, Baba Samaké, était revenu de Côte d’Ivoire pour assister à ces événements.
Aujourd’hui, Bintou Bagayoko affirme transmettre son savoir à plusieurs disciples établis aussi bien au Mali qu’à l’étranger, notamment aux États-Unis et en Afrique du Sud.
Elle cite parmi ses anciens élèves Moussa Traoré et Souleymane Sidibé, qu’elle considère comme désormais autonomes dans leurs pratiques. D’autres personnes poursuivent actuellement leur apprentissage sous sa direction.
Selon ses explications, son équipe est sollicitée pour accompagner des personnes confrontées à diverses difficultés, notamment des problèmes liés au mariage, à l’emploi, à l’infertilité ou à certaines affections que les croyances traditionnelles associent à l’influence des Djine.
Préserver les traditions culturelles
Chaque année, à l’occasion de la cérémonie de Sanyéléma, des rituels et pratiques traditionnelles sont organisés dans le cadre de la préservation du patrimoine culturel local.
Bintou Bagayoko explique que certaines de ces activités bénéficient du soutien de disciples résidant hors du Mali. Elle cite notamment Mariama Coulibaly, établie aux États-Unis, parmi les personnes qui contribuent à leur organisation.
Au cours de l’entretien, la Djinetigui a insisté sur les qualités morales qu’elle juge indispensables pour exercer cette fonction. Selon elle, un maître des Djine doit faire preuve d’humilité, d’honnêteté et de respect des valeurs sociales. Elle affirme que le mensonge, la haine, l’adultère et les comportements contraires à l’éthique sont incompatibles avec cette responsabilité spirituelle.
Pour Bintou Bagayoko, la crédibilité d’un praticien repose avant tout sur son intégrité et sa capacité à gagner la confiance de ceux qui sollicitent son accompagnement.
À la fin de l’entretien, Bintou Bagayoko a tenu à adresser un message de reconnaissance aux Forces de Défense et de Sécurité du Mali, saluant leur engagement pour la protection du territoire national et la préservation de la stabilité du pays.
À travers son parcours, Bintou Bagayoko incarne une facette des traditions spirituelles encore présentes dans plusieurs régions du Mali, où croyances, héritages culturels et pratiques ancestrales continuent de façonner une partie de la vie communautaire.
Aly Badra Keïta (A.B.K.)
Source : Ziré
Last Updated on 11/06/2026 by Ousmane BALLO
