Lettre au général Abdoulaye Maïga : Ali Nouhoum Diallo arrose…

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Dans une lettre adressée au Premier ministre, Abdoulaye Maïga, l’ancien président de l’Assemblée nationale du Mali et du Parlement de la CEDEAO, Ali Nouhoum Diallo, exprime ses préoccupations sur la gouvernance du pays et prodigue des conseils aux autorités. Au-delà des conseils, Dr Diallo fait également des mises en garde…

 « Nul n’a le monopole de la violence s’il ne respecte pas la loi fondamentale….; Il faut éviter de faire des frustrés qui vont grossir le rang des critiques du régime…; il faut qu’ils se persuadent , qu’ils se convainquent que les pierres non usées, non avariés d’antan pourraient leur servir pour continuer à bâtir le Mali…..; Il ne faut jamais insulter le passé, le vilipender au risque de compromettre l’avenir ….». Voilà des passages qui retiennent l’attention dans cette longue lettre adressée au Premier ministre, ministre de l’Administration, le général Abdoulaye Maïga. 

Animé par un esprit de débat contradictoire, qui le passionne bien, l’ancien président de l’Assemblée nationale du Mali, s’est bien lâché dans cette lettre.  En s’appuyant sur des exemples historiques, Diallo souligne les dangers des régimes militaires et des coups d’État, rappelant des cas où les militaires ont pris le pouvoir et créé des partis politiques avec des conséquences souvent néfastes. « Petit-fils (le général Abdoulaye Maïga), merci de nous apprendre que l’Armée est une Institution et qu’à ce titre les militaires ou des militaires (c’est cela mon propos) ne peuvent pas créer un parti politique. C’est juridiquement impossible dis-tu mon petit-fils ! Les cinq colonels, aujourd’hui généraux à titre exceptionnel qui t’ont coopté, ont-ils pris juridiquement le pouvoir le 18 août 2020 au Mali ? », s’adresse-t-il au Premier ministre.

Il poursuit toujours en demandant au Premier ministre, si c’est par voix juridique que les autorités ont annoncé, le 25 septembre 2023, le léger report de la date des élections initialement prévues en février 2024 ? « Léger report dont beaucoup de Maliennes et de Maliens ne savent toujours pas la durée », ajoute-t-il. Il demandera dans la même lettre au Premier ministre, s’il connaît lui-même la durée de ce léger report qu’il a eu la charge d’annoncer en tant que ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, porte-parole du gouvernement.

Pour Ali Nouhoum Diallo, plus rien n’étonnerait les Maliens venant de ces autorités qui se sont déjà contredits à plusieurs reprises. « Même la création d’un parti politique par les militaires au pouvoir sans pourtant respecter toutes les procédures », souligne-t-il. A ce niveau, il a fait référence à la création de l’UDPM (Union Démocratique du Peuple Malien) qui a été porté sur les fonts baptismaux le 31 mars 1979, soit onze ans après la prise du pouvoir par les armes, le mardi 19 novembre 1968.

Mise en garde contre les prolongations à répétition de la transition !

L’ancien président de l’Assemblée nationale du Mali et du Parlement de la CEDEAO, craint une prolongation de trop et de trop longue durée de la transition en cours. Ainsi, il met en garde contre la prolongation du pouvoir par les militaires et l’absence de clarté sur les dates des élections. Il craint que les militaires ne créent un parti politique, ce qui serait illégal et pourrait désacraliser l’armée. Là encore, Ali Nouhoum Diallo s’est appuyé sur des faits historiques d’ici et d’ailleurs pour soutenir son hypothèse.

Sur la nouvelle doctrine, notamment celle relative à l’effacement de la classe politique au profit de nouveaux profils, Diallo lance un appel : « Je ne conseille pas à ceux et à celles qui nous gouvernent aujourd’hui de s’engouffrer dans la voie d’éradication de la classe politique qui les a précédés. Ils échoueront ; c’est évident ! Il faut qu’ils se persuadent, se convainquent que les pierres non usées, non avariées d’antan pourraient leur servir pour continuer à bâtir le Mali. Il ne faut jamais insulter le passé, le vilipender au risque de compromettre l’Avenir ».

Il appelle la jeunesse à travailler et se cultiver car, selon lui, la jeunesse malienne gagnerait beaucoup à se cultiver pour se rendre compte que le monde n’est pas né hier et que le Mali ne vient pas de naître. Selon lui, le passé est l’œuvre des aînés. « Ils ont frayé le chemin pour leurs cadets qui doivent l’améliorer chaque jour davantage au lieu d’être rivés sur les imperfections de ce chemin afin de justifier l’insuffisance d’imagination pour créer, pour inventer. Il ne faut jamais oublier que l’Histoire est la meilleure juge des Humains sur cette terre », souligne-t-il.

Concernant le Premier ministre de façon spécifique, Ali Nouhoum Diallo l’encourage à se concentrer sur des actions concrètes plutôt que sur la communication. Il insiste sur l’importance de travailler en étroite collaboration avec les autres ministres et de respecter les Institutions. Dr. Diallo exprime surtout ses inquiétudes concernant la santé publique, l’état des infrastructures hospitalières et le manque de disponibilité des médicaments. Il met en garde contre les effets d’annonces et encourage la réalisation effective des projets initiés.

Ali Nouhoum Diallo appellera la suite à une réflexion sérieuse sur la situation actuelle et à des actions concrètes pour améliorer la gouvernance. Il insiste sur l’importance de respecter les droits fondamentaux et de garantir la liberté d’expression et d’opinion. « Il faut éviter de faire des frustrés qui vont grossir le rang des critiques du régime… ; il faut qu’ils se persuadent, qu’ils se convainquent que les pierres non usées, non avariés d’antan pourraient leur servir pour continuer à bâtir le Mali… », lance-t-il.

Ali Nouhoum Diallo a terminé sa lettre en rappelant l’importance de la discussion et de la coopération, même avec les anciens adversaires, pour le bien de la nation. Il met en garde contre l’usage excessif de la force et le mépris des autres, qui pourraient mener à la violence : « Nul n’a le monopole de la violence s’il ne respecte pas la loi fondamentale… », alerte l’octogénaire Diallo.

Amadou Kodio

Source : Ziré

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