À l’occasion d’une rencontre avec les partenaires techniques et financiers organisée en marge de la COP17 sur la désertification, le Mali a appelé à un changement d’approche dans le financement de la Grande Muraille Verte. Bamako défend désormais une logique de portefeuilles de transformation capables de mobiliser simultanément les financements publics, climatiques et privés.
La lutte contre la désertification et les effets du changement climatique en Afrique passe à une nouvelle étape. En marge de la COP17 sur la désertification, l’Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte (APGMV) a réuni ses partenaires techniques et financiers autour des enjeux liés à la mise en œuvre de son Plan d’Investissements Prioritaires Décennal.
Placée sous la présidence de la Secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, cette rencontre avait pour thème : « La Grande Muraille Verte de l’Afrique : mobiliser les ressources et les partenaires pour un déploiement à l’échelle continentale ».
Au-delà du constat sur l’ampleur des défis environnementaux, les échanges ont surtout mis l’accent sur la nécessité de renforcer et de diversifier les mécanismes de financement de l’initiative. Pour les participants, l’ambition continentale de la Grande Muraille Verte exige des ressources à la hauteur des enjeux et une meilleure coordination entre les différents acteurs.
La Secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies contre la désertification a rappelé que la lutte contre la dégradation des terres ne constitue plus uniquement une priorité environnementale. Elle représente, selon elle, un enjeu directement lié à la survie et aux conditions de vie des populations africaines.
Elle a ainsi appelé les États membres à assumer pleinement leurs responsabilités dans la mise en œuvre des engagements pris, tout en exhortant les partenaires techniques et financiers à accroître leur mobilisation en faveur de la Grande Muraille Verte.
Cette mobilisation apparaît d’autant plus nécessaire que les besoins de financement dépassent largement la seule restauration des terres. L’initiative touche également à la sécurité alimentaire, à la résilience des communautés rurales, à la préservation des écosystèmes et à la création de nouvelles opportunités économiques.
La Banque africaine de développement (BAD) s’est, pour sa part, montrée disposée à renforcer son accompagnement. Son représentant a indiqué que l’institution entendrait, à partir de 2027, réunir les conditions nécessaires pour soutenir davantage l’APGMV.
Le Mali défend une nouvelle approche
Présidente en exercice du Conseil des ministres de l’APGMV, la ministre malienne chargée de l’Environnement, DOUMBIA Mariam TANGARA, a porté la voix du Mali lors de cette rencontre.
Dans son intervention, elle a insisté sur la nécessité de dépasser le modèle classique du financement projet par projet. « Nous devons passer du financement de projets au financement de portefeuilles de transformation », a-t-elle défendu.
Cette approche vise à regrouper plusieurs interventions complémentaires autour d’objectifs communs et mesurables. Elle doit également permettre d’attirer différents types de capitaux, notamment les ressources publiques, les financements climatiques, l’appui des partenaires techniques et financiers ainsi que les investissements privés.
Pour la ministre malienne, cette évolution est indispensable pour donner à la Grande Muraille Verte une véritable dimension économique et sociale.
La Grande Muraille Verte ne doit plus être considérée comme un simple programme de lutte contre la désertification. Elle se situe, selon la ministre, à la croisée de plusieurs priorités stratégiques pour le continent : adaptation au changement climatique, restauration de la biodiversité, sécurité alimentaire et création d’emplois verts.
Cette vision élargie pourrait contribuer à renforcer l’attractivité de l’initiative auprès des bailleurs de fonds et des investisseurs privés. Elle permettrait également de mieux valoriser les retombées économiques et sociales des investissements réalisés dans les zones concernées.
Dans cette perspective, Mariam Tangara a appelé à la constitution d’un véritable pipeline continental de projets transformateurs et bancables, reposant sur des objectifs précis et des résultats évaluables.
L’enjeu est désormais de faire de chaque financement mobilisé un levier de transformation durable. « Chaque dollar, chaque euro ou chaque franc investi dans la Grande Muraille Verte » doit pouvoir générer « le maximum d’impact pour les populations africaines », a-t-elle souligné.
La rencontre de la COP17 intervient ainsi dans un contexte où l’APGMV cherche à accélérer la mise en œuvre de son Plan d’Investissements Prioritaires Décennal. La mobilisation des ressources constitue l’une des conditions essentielles à la concrétisation de cette ambition.
Pour le Mali, l’heure n’est donc plus seulement à la recherche de financements ponctuels, mais à la construction d’une stratégie financière intégrée, capable de soutenir des projets structurants sur le long terme.
Le défi consiste désormais à transformer les engagements en investissements, puis les investissements en résultats concrets pour les communautés. C’est à cette condition que la Grande Muraille Verte pourra pleinement jouer son rôle de réponse africaine à la désertification, au changement climatique et aux vulnérabilités socio-économiques qui affectent les populations du continent.
OB / Afrikinfos-Mali
Last Updated on 25/08/2026 by Ousmane BALLO
