Hôpitaux de Koutiala et Koulikoro : des mirages ?

Notre système sanitaire semble abonné aux « affaires ». Les éléphants blancs, les marchés fictifs et complaisants, se multiplient. Quid des hôpitaux de Koulikoro et Koutiala ?

Dans le cadre de son programme présidentiel d’urgence, le président IBK a posé les premières pierres de certains hôpitaux, Koutiala 12 milliards F CFA, Koulikoro estimé à 12 milliards F CFA, Ségou des milliards F CFA, et Markala, des milliards F CFA. En plus, il était prévu un centre de télémédecine dans le District de Bamako, contigu à la maternité de Hamdallaye dont les travaux sont à l’arrêt depuis des années.

La première pierre de l’hôpital de Koutiala a été posée en grande pompe par le Président IBK, à la veille de la campagne de l’élection présidentielle de 2018. Ces hôpitaux devraient être de deuxième et de troisième référence dont les travaux devaient s’achever dans un délai de 24 mois, suivant le communiqué du conseil des Ministres du 30 octobre 2019.

A la suite de la visite de la Ministre de la Santé et de l’Hygiène publique effectuée le 1er août 2022 sur le chantier de l’hôpital de Koulikoro, celle-ci a révélé lors de l’interview accordée à l’occasion, que les travaux ont débuté en février 2021 et que ceux-ci ont un taux de réalisation de 5 %. Après 17 mois de travaux sur un délai de 24 mois avec seulement 5 % de taux de réalisation, on peut se poser la question où sont passés les 20 % d’avance de démarrage perçue par l’entreprise ?

Aussi à la suite d’une visite inopinée effectuée  par le Gouverneur de la région de Koutiala, sur le chantier de l’hôpital de Koutiala, il a été révélé dans le reportage du JT de 20 H de l’ORTM du 31 août 2022, que les travaux ont débuté en décembre 2020 et que ceux-ci ont un taux de réalisation de 9 %. Après 21 mois de travaux sur un délai de 24 avec seulement 9 % de taux de réalisation, on peut se poser la question où sont passés les 20 % d’avance de démarrage perçue par l’entreprise ?

Au Mali, le système de santé est actuellement organisé de manière pyramidale et hiérarchisé avec, à la base les Centres de Santé communautaires (CScom) offrant un paquet minimum d’activités (PMA) et constituant le premier niveau de contact de la population.

Les services offerts par les Agents de Santé Communautaires (ASC) à travers les SEC sont ainsi considérés comme une prolongation des CScom.

Trois niveaux de référence sont définis : Le premier niveau de référence constitué par les Centres de Santé de Référence (CSref) offre les soins de référence y compris la prise en charge des urgences médico-chirurgicales. Les CSref se trouvent au niveau des districts.

Le deuxième niveau de référence communément appelé Hôpital régional est constitué à vocation générale.

Enfin, le troisième niveau de référence correspond aux établissements hospitaliers à vocation générale (CHU GT, CHU Point « G », Hôpital de Kati et l’Hôpital du Mali) et à vocation spécialisée (Odontostomatologie et IOTA). Il est le dernier recours de référence pour la population.

 Les hôpitaux de Koutiala et de Koulikoro devraient avoir déjà vu le jour.

Toutes ces infrastructures initiées au premier quinquennat peinent à sortir de terre après 7 ans du régime IBK et 2 ans de transition soit un total de 9 ans. Notons que pour ces types d’infrastructures 2 ans suffisent à les réaliser et les  terminer entièrement.

La ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, a visité le chantier de l’hôpital de Koulikoro le 27 juillet dernier. A cette occasion, le gouverneur de la région de Koulikoro a fait part de ses préoccupations « quant à l’arrêt des travaux de l’hôpital régional de Koulikoro depuis plusieurs mois ».

Que s’est-il donc passé ? Le maître d’ouvrage délégué est la Cellule d’Exécution des Programmes de Renforcement des Infrastructures sanitaires (Cepris). Créé vers les années 82 pour accélérer les travaux de construction des infrastructures sanitaires dans les régions de Koulikoro et de Tombouctou, ce qui était un projet est vite devenu une cellule. Ainsi, de la Cellule d’Exécution du Programme de Renforcement des Infrastructures sanitaires des régions de Tombouctou et Koulikoro (Cepris -TK), il devient la Cellule d’Exécution des Programmes de Renforcement des Infrastructures sanitaires (Cepris) en 1993.

La Cellule a pour missions le contrôle et le suivi des Programmes de Renforcement des Infrastructures sanitaires. De ce fait, la Cepris suit, coordonne et supervise le génie civil et l’équipement des structures sanitaires.

Selon les services de contrôle de l’hôpital de Koulikoro lors de la visite de la Ministre, il y a eu des difficultés dues au dénivelé qui n’avaient pas été prises en compte pendant les études. Il y a donc visiblement une insuffisance dans les études.

Selon également le représentant de l’entreprise en charge des travaux  de l’hôpital de Koutiala, lors de la visite inopinée du Gouverneur, celui-ci a affirmé que les plans ne sont toujours pas disponibles. Il y a donc visiblement là aussi, une insuffisance dans les études.

La question est de savoir qui a fait les études et sur quel critère les marchés ont été attribués ? Et comment la Cepris a validé des études avec des insuffisances aussi banales, cette cellule manquerait-elle de compétence en la matière?

Des cabinets d’architectures et d’ingénieurs conseils habitués à ce genre de travaux se sont tous dits étrangers à tout ce qui se passe. « Nous n’en savons rien », affirme un d’entre eux. La Cepris remonte-t-elle réellement les vraies informations à la hiérarchie ?

Au-delà des aspects techniques, un audit technico-financier s’impose pour les hôpitaux de Koutiala et de Koulikoro ! Les autorités de la Transition sont fortement interpellées. A défaut d’avoir des structures sanitaires de qualité, les Maliens ne méritent pas la dilapidation de leurs maigres ressources.

La corruption gangrène jadis plusieurs secteurs d’activités en République du Mali, mais c’est dommage de constater que depuis un certain temps, le système sanitaire bat tous les records dans ce sport qui n’honore pas le Mali et qui fragilise l’équilibre social des Maliens déjà meurtris par une crise sécuritaire qui perdure près de 10 ans.

Pas étonnant que depuis un certain temps la plupart de nos compatriotes pour les plus chanceux soient obligés d’aller dans les pays comme le Maroc, la Tunisie, la Turquie pour recourir aux services souvent de base à cause du manque criard de structures adéquates locales. Pourtant ce n’est pas les bons praticiens qui manquent au Mali. Encore rappelons que pendant les restrictions liées au Covid-19, bon nombre de Maliens n’ont pas pu être évacués, d’autres perdirent la vie par manque d’un plateau technique adéquat, quel malheur ! Et qu’en est-il des populations rurales qui côtoient la mort au quotidien,  les femmes enceintes qui meurent en longueur de journée sur le trajet.

 Alexis Kalambry

Source : Mali Tribune