Crise politique-démission d’IBK : que veut ADO ?

Le président de la République de Côte d’Ivoire est dans tous ses états depuis l’annonce de l’arrestation de son cadet de président du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta. Aux plans humain et politique, cela peut se comprendre. Compatir au malheur d’un “frère, ami et pair” est légitime. Mais Alassane Dramane Ouattara outrepasse les limites que lui impose le respect dû à une autre nation, qui plus est très proche de celle du président Félix Houphouët Boigny. Croit-il vraiment manœuvrer pour imposer aux Maliens une volonté qu’ils n’accepteront jamais, quitte à être tous massacrés ?

Il ne faut pas être pourtant trop surpris de la fébrilité dont fait montre présentement ADO contre le Mali, ce cher président que les Maliens ne cessent d’admirer et de louer pour les performances qu’il a réussies à la tête de la République de Côte d’Ivoire. On a encore en mémoire qu’Ibrahim Boubacar Keïta fustigeait, pendant sa campagne présidentielle de 2013, les ingérences intolérables dans les affaires intérieures maliennes dont ne se privait pas l’aîné du pays de cola. Après sa victoire, IBK se rendra d’ailleurs à Abidjan pour battre sa coulpe d’avoir égratigné le grand-frère Ouattara, une façon élégante de lui “payer la cola”. Mais ceci est une autre histoire, somme toute révélatrice…

Quand des officiers patriotes ont déposé IBK le mardi, 18 août, le sang d’ADO n’a fait qu’un tour. Il est le premier à rendre public un communiqué condamnant le changement de régime à Bamako, le premier à fermer ses frontières avec le Mali, le premier à faire l’appel et le rappel de toute la communauté internationale pour sévir contre son voisin. Il y a quelque chose qui ne va pas. On comprend que le pauvre Ouattara fait aussi face chez lui à des mouvements de contestation de plus en plus virulents qui lui font redouter le même sort que vient de subir Ibrahim Boubacar Keïta. On comprend aussi que le président Ouattara ait une certaine amertume de l’échec de la CEDEAO à maintenir IBK à son poste. Mais on ne comprendra jamais qu’il veuille réveiller contre le Mali les démons de la rébellion comme celle qu’il a eu à financer en Côte d’Ivoire pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir. Au soir de sa vie, il doit pourtant éviter d’avoir de telles velléités. Vouloir susciter des sanctions contre le Mali ne sera pas une sinécure. Vouloir organiser des forces pour venir envahir le Mali et remettre IBK au palais de Koulouba est une vue de l’esprit, en tout cas une option hasardeuse, il faut le savoir.

On serait heureux qu’ADO revienne sur les leçons de la rébellion qui a endeuillé la Côte d’Ivoire. Cette horreur ne l’avait-il pas obligé d’évacuer au Mali sa mère, certains de ses frères et autres proches, où ces derniers ont trouvé refuge et protection ?

Amadou N’Fa Diallo

Source : L’Aube