Réunis le 29 septembre 2026 à Bamako, les acteurs de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement ont examiné les opportunités offertes par l’Initiative des Chefs d’État (HOSI). Portée par Sanitation and Water for All (SWA), cette démarche vise à renforcer l’engagement politique, les financements et la redevabilité en faveur de l’accès universel aux services WASH.
L’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement reste un défi majeur au Mali. Le pays fait face à une pression croissante sur ses ressources en eau, accentuée par les effets du changement climatique, notamment les sécheresses et les inondations. La croissance démographique contribue également à accroître les besoins des populations.
Selon les données présentées lors de la rencontre, le taux d’accès à l’eau potable s’établissait à 75,4 % en 2024, tandis que celui de l’assainissement était estimé à 45 %, sur la base des données JMP 2022. Cette situation signifie qu’une part importante de la population, particulièrement en milieu rural, demeure privée de services d’assainissement adéquats.
Les insuffisances en matière d’infrastructures et de gestion des ressources hydriques sont aggravées par les dérèglements climatiques. Pour les acteurs du secteur, le renforcement de la résilience des systèmes et des services WASH constitue désormais une nécessité.
Cette approche suppose de mieux intégrer les enjeux climatiques dans les politiques publiques consacrées à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement, tout en accordant une attention particulière aux populations les plus vulnérables.
Face à ces défis, le Mali a engagé plusieurs réformes et adopté différents cadres de référence visant à progresser vers l’accès universel aux services WASH. Parmi ceux-ci figurent la politique nationale de l’eau, la politique nationale d’assainissement et les programmes qui leur sont associés.
HOSI pour renforcer le leadership politique
C’est dans ce contexte que l’initiative HOSI apparaît comme une nouvelle opportunité. Initiée en 2021 et lancée en 2023, cette démarche de Sanitation and Water for All vise à mobiliser les plus hauts responsables politiques afin de faire de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène une priorité nationale.
L’un des mécanismes centraux de l’initiative repose sur la signature d’un Pacte présidentiel WASH/EHA. Celui-ci doit notamment contribuer à accroître la part consacrée au secteur dans les budgets nationaux, à mobiliser davantage de financements et à renforcer la coordination entre les différents acteurs.
HOSI poursuit quatre objectifs majeurs : inscrire le WASH parmi les priorités des politiques nationales de développement, faciliter la mobilisation des ressources, renforcer la redevabilité et la coordination, et contribuer à l’atteinte de l’ODD 6, consacré à l’accès universel à l’eau et à l’assainissement à l’horizon 2030.
Plusieurs pays ont déjà franchi le pas en signant des pactes présidentiels, notamment le Liberia, l’Inde, l’Indonésie, le Ghana, le Soudan du Sud et la Gambie. Pour les acteurs maliens, l’adhésion à cette dynamique pourrait également favoriser la mobilisation de financements climatiques et renforcer les partenariats autour du secteur.
La rencontre de Bamako avait notamment pour ambition de mieux faire connaître l’initiative aux décideurs nationaux, de susciter leur engagement et de parvenir à une feuille de route permettant l’adhésion du Chef de l’État à HOSI.
Pour Boureïma Tabalaba, Directeur exécutif de la CN-CIEPA, l’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement constitue un levier de croissance économique, de réduction de la pauvreté et de développement humain durable. Il souligne toutefois la persistance de plusieurs contraintes, notamment l’insuffisance des financements, les effets du changement climatique ainsi que les difficultés de gouvernance et de coordination.
De son côté, Bassem Saadallaoui de l’UNICEF Mali met l’accent sur trois conditions pour accélérer les progrès : un leadership politique fort, des investissements durables et une redevabilité fondée sur des résultats mesurables. Selon lui, HOSI offre un cadre permettant de transformer les engagements politiques en changements concrets pour les populations.
Des politiques nationales à consolider
Le Gouvernement malien a également renforcé son cadre institutionnel. Au nom du Ministère de l’Environnement de l’Assainissement et du Développement Durable, Cheick Oumar Traoré a rappelé que la Constitution de juillet 2023 reconnaît l’eau et l’assainissement comme des droits humains fondamentaux. Cette orientation est reprise dans la Vision « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma » et la SNEDD 2024-2033.
En 2026, ajoute-t-il, le pays a par ailleurs adopté la Politique nationale de l’Eau (PNE), la Politique nationale de l’Assainissement (PNA), leurs plans d’action ainsi que le pacte de durabilité 2026-2035 des services d’eau, d’hygiène et d’assainissement. Malgré ces avancées, le financement demeure l’un des principaux défis, notamment dans les zones rurales et auprès des populations les plus vulnérables.
Parallèlement, le programme ASWA III, mis en œuvre de janvier 2024 à décembre 2028 dans six régions du Mali, entend renforcer des systèmes et services EHA résilients au changement climatique. Il accorde également une place importante à l’équité, à la durabilité, au genre, à l’inclusion sociale et à l’initiative HOSI.
Pour les acteurs réunis à Bamako, l’enjeu est désormais de passer d’une logique centrée uniquement sur l’accès aux infrastructures à une approche privilégiant la qualité, la durabilité et la résilience des services. L’adhésion du Mali à HOSI pourrait ainsi constituer un levier supplémentaire pour accélérer l’accès universel à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement.
Ousmane BALLO
Source : Ziré
Last Updated on 08/10/2026 by Ousmane BALLO
