Budget 2027 : Le CNT veut des résultats

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À l’ouverture de la session ordinaire d’octobre, le président du Conseil national de Transition (CNT), le Général de corps d’armée Malick Diaw, a placé le projet de loi de finances 2027 au cœur des responsabilités parlementaires. Au-delà du vote des crédits, le CNT entend désormais mesurer l’efficacité de la dépense publique et vérifier la traduction concrète des priorités de la Transition.

À Bamako, le 5 octobre 2026, l’ouverture de la session ordinaire d’octobre du Conseil national de Transition a été marquée par un discours qui dépasse le simple rappel du calendrier parlementaire. En mettant l’accent sur le budget 2027, Malick Diaw a surtout posé une question centrale : comment transformer les ressources publiques mobilisées en résultats visibles pour les populations ?

Dans un contexte caractérisé par la persistance des défis sécuritaires, les difficultés d’approvisionnement, les contraintes énergétiques et les fortes attentes sociales, l’examen du budget 2027 constituera ainsi un exercice d’arbitrage. Il s’agira pour le CNT d’apprécier si les choix budgétaires proposés correspondent réellement aux priorités annoncées par les autorités.

Le changement de logique budgétaire constitue l’un des principaux enseignements du discours du président du CNT. Avec le budget-programme, le débat parlementaire ne devrait plus être réduit à l’examen des montants affectés aux différents départements ministériels.

L’enjeu est désormais de mettre en relation les crédits, les objectifs, les indicateurs et les résultats. Autrement dit, le Parlement doit pouvoir répondre à trois questions essentielles : quelles ressources sont mobilisées ? Pour quelles politiques publiques ? Et avec quels résultats pour les citoyens ?

Cette évolution renforce la responsabilité des commissions du CNT. Celles-ci devront auditionner les membres du Gouvernement, analyser les programmes relevant de leurs domaines de compétence et apprécier les indicateurs de performance avant la synthèse de la Commission des Finances et le débat en séance plénière.

La cohérence entre le débat d’orientation budgétaire de juin et le projet de loi de finances soumis en octobre sera également déterminante. Les priorités annoncées quelques mois auparavant devront pouvoir être retrouvées dans les allocations budgétaires. Le véritable test du budget 2027 sera donc moins son volume que sa capacité à financer efficacement les priorités nationales.

Sécurité : une dépense nécessaire, mais à articuler avec le social

Dans le contexte malien, l’effort de défense et de sécurité demeure incontournable. Mais il intervient alors que les besoins sociaux restent considérables.

Éducation, santé, eau, énergie, emploi et développement local continuent de représenter des attentes majeures des populations. Le défi consiste dès lors à éviter que l’impératif sécuritaire ne se traduise par une pression excessive sur les investissements sociaux.

Le discours de Malick Diaw présente ces deux exigences non pas comme des priorités contradictoires, mais comme des dimensions complémentaires de la responsabilité de l’État. La sécurité doit permettre de créer les conditions du développement, tandis que l’amélioration des conditions de vie contribue à renforcer la stabilité du pays.

C’est précisément sur cet équilibre que le budget 2027 sera attendu. L’efficacité de la dépense devra donc être appréciée non seulement en fonction des montants consacrés à la défense, mais également de la capacité de l’État à maintenir les services essentiels et à répondre aux besoins fondamentaux des citoyens.

Les récentes difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures et les perturbations de la fourniture d’électricité ont également occupé une place importante dans le discours.

Files d’attente dans les stations-service, spéculation, difficultés de transport et tensions sur l’activité économique ont rappelé la vulnérabilité du Mali, pays enclavé et dépendant de corridors extérieurs pour une partie importante de ses approvisionnements.

Malick Diaw a toutefois relevé une amélioration de la situation, avec un retour presque à la normale de l’approvisionnement et une amélioration de la fourniture d’électricité. Mais cette accalmie ne règle pas la question de fond : comment rendre les chaînes d’approvisionnement plus résilientes face aux crises ?

La mission effectuée par une délégation du CNT dans les ports de Dakar, Abidjan et Lomé apporte un éclairage à cette problématique. L’objectif était notamment d’examiner les conditions de stockage des marchandises, la gestion des approvisionnements et les obstacles susceptibles de ralentir les échanges.

Pour le président du CNT, les corridors commerciaux constituent les « voies respiratoires » de l’économie malienne. Leur sécurisation, tout comme la constitution et la gestion des stocks stratégiques, relève donc désormais d’une véritable logique de sécurité économique. Cette dimension pourrait peser dans les choix budgétaires de 2027.

Plus de trente textes et un chantier institutionnel

Le budget ne sera toutefois pas le seul dossier majeur de la session. Plus d’une trentaine de projets de loi doivent être examinés par les commissions du CNT au cours des 75 jours de travaux.

Plusieurs secondes délibérations de lois organiques relatives notamment à la Cour constitutionnelle, à la Cour suprême, à la Cour des comptes, au Conseil supérieur de la Magistrature ainsi qu’aux langues nationales figurent parmi les textes annoncés.

Ces réformes s’inscrivent dans la mise en œuvre de l’architecture institutionnelle issue de la Constitution du 22 juillet 2023. La Cour des comptes occupe, dans ce dispositif, une place particulière. Le renforcement des mécanismes de contrôle des finances publiques apparaît en effet indissociable de l’exigence de performance défendue par le président du CNT.

Car demander des résultats suppose également de disposer d’institutions capables de vérifier l’utilisation des ressources publiques, d’identifier les écarts entre les objectifs et les réalisations et, le cas échéant, d’en tirer les conséquences.

Le discours de Malick Diaw ne s’est pas limité aux questions budgétaires et institutionnelles. L’éducation et la jeunesse occupent également une place importante dans sa vision des priorités nationales.

La réouverture des écoles affectées par l’insécurité constitue une priorité afin de permettre aux enfants de retrouver les salles de classe sur l’ensemble du territoire.

Cette ambition éducative est mise en perspective avec l’inauguration, le 21 septembre 2026, du Centre d’Intelligence artificielle et de Robotique du Mali (CIAR-Mali).

Le signal est significatif. Pour les autorités, la souveraineté ne se limite plus à la défense du territoire ou à la maîtrise des ressources. Elle passe également par la capacité du pays à former sa jeunesse, à développer les compétences technologiques et à préparer son économie aux mutations numériques.

Là encore, le budget 2027 devra permettre de mesurer la traduction financière de ces ambitions.

AES : franchir le cap de la coopération vers l’intégration

Autre axe du discours : la construction de la Confédération des États du Sahel. La session inaugurale et la première session ordinaire des parlements de la Confédération, tenues à Niamey du 24 au 29 août 2026, constituent, selon Malick Diaw, une étape supplémentaire dans le processus d’intégration entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger.

La coopération ne devrait plus se limiter à la sécurité. Partage du renseignement, coopération policière, libre circulation des personnes et des biens, information et médias sont progressivement intégrés à cette dynamique.

Cette évolution pose également la question des moyens. Une intégration politique et institutionnelle plus poussée suppose des mécanismes de financement, des infrastructures communes et des politiques coordonnées. La construction de l’AES pourrait donc, à terme, avoir des implications économiques et budgétaires croissantes pour les trois États.

Au terme de son intervention, Malick Diaw a rappelé la responsabilité particulière des membres du CNT durant cette session limitée à 75 jours. Assiduité, rigueur et efficacité sont présentées comme les conditions nécessaires pour mener à bien les travaux. Mais surtout, le président du CNT a défendu une conception du contrôle parlementaire qui ne serait pas assimilée à une opposition systématique à l’action gouvernementale.

« Contrôler, c’est servir », a-t-il résumé. Cette formule donne une portée particulière à l’examen du budget 2027. Le contrôle parlementaire doit permettre de vérifier si les engagements pris se traduisent effectivement dans les politiques publiques et si les ressources mobilisées produisent les effets attendus.

Au fond, le discours du président du CNT place l’institution devant un double impératif : voter les moyens nécessaires aux priorités nationales et vérifier ensuite leur efficacité.

Sécurité, approvisionnement, énergie, éducation, santé, emploi, infrastructures et développement économique constituent autant de secteurs où les attentes sont fortes. Dans chacun de ces domaines, la question des ressources reste importante, mais celle de leur utilisation l’est tout autant.

Le budget 2027 sera donc plus qu’un exercice comptable. Il constituera un révélateur de la capacité des pouvoirs publics à transformer les orientations politiques en actions concrètes.

Pour le CNT, l’enjeu est désormais de passer d’une logique de moyens à une logique de résultats. Les milliards mobilisés devront être associés à des objectifs mesurables, des échéances claires et des résultats évaluables.

C’est à cette condition que le contrôle parlementaire pourra pleinement jouer son rôle et que le budget 2027 pourra être jugé non seulement sur ce qu’il prévoit de dépenser, mais surtout sur ce qu’il permettra effectivement de réaliser.

Ousmane BALLO

Source : Ziré

Last Updated on 08/10/2026 by Ousmane BALLO

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