Les échanges engagés par le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation avec l’Association des Contrôleurs, Inspecteurs et Auditeurs du Mali (ACIAM) et la Fondation Maarif de Türkiye traduisent une même préoccupation : renforcer les capacités de l’administration pour améliorer son efficacité. Derrière ces deux pistes de partenariat se dessinent deux enjeux stratégiques pour le Mali : mieux contrôler la gestion publique et investir davantage dans les compétences.
La modernisation de l’administration malienne ne repose pas uniquement sur la réforme des textes ou la réorganisation des structures. Elle dépend aussi de la capacité de l’État à disposer de mécanismes de contrôle efficaces et de ressources humaines suffisamment qualifiées.
Les deux rencontres tenues vendredi 2 octobre 2026 par le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, porte-parole du Gouvernement, le Général de Brigade Issa Ousmane Coulibaly, illustrent cette double exigence.
En recevant successivement une délégation de l’ACIAM et le représentant pays de la Fondation Maarif de Türkiye, le ministre a ouvert des discussions autour de deux domaines complémentaires : la gouvernance publique et le développement du capital humain.
La rencontre avec l’ACIAM intervient dans un contexte où la question de la transparence dans la gestion publique demeure centrale. L’association, conduite par sa présidente Traoré Hawaly Koné, a proposé de mettre son expertise au service du renforcement des mécanismes de contrôle du ministère.
La proposition relative à la mise en place de dispositifs de traçabilité des ressources publiques, notamment celles issues du secteur minier, revêt une importance particulière.
Le secteur extractif représente une source majeure de revenus pour l’État malien. La question n’est donc pas seulement celle de la mobilisation de ces ressources, mais également celle de leur suivi, de leur utilisation et de leur impact sur le développement des territoires.
Une meilleure traçabilité peut contribuer à réduire les risques de mauvaise gestion et à renforcer la confiance entre les citoyens et les institutions. Elle suppose cependant des systèmes d’information fiables, des procédures clairement définies et des mécanismes de contrôle capables de fonctionner à tous les niveaux de l’administration.
Le défi du contrôle interne
L’ACIAM a également évoqué la création de cellules de contrôle interne au sein des services publics. Cette proposition mérite une attention particulière dans le contexte de la décentralisation. Plus les responsabilités sont transférées vers les collectivités, plus les mécanismes permettant de prévenir les irrégularités et d’améliorer la gestion doivent être renforcés au niveau local.
Le contrôle interne ne doit toutefois pas être conçu uniquement comme un instrument de sanction. Il peut également devenir un outil d’anticipation, permettant d’identifier les dysfonctionnements avant qu’ils ne produisent des conséquences financières ou administratives importantes.
La formation des agents apparaît, dans ce schéma, comme un élément déterminant. Des procédures modernes ne peuvent produire les résultats attendus sans des personnels capables de les appliquer et de les contrôler.
La commune, premier niveau de l’efficacité publique
En rappelant que « le développement du pays prend sa source dans les communes », le ministre a placé la gouvernance locale au cœur de cette réflexion.
Cette orientation renvoie à un enjeu majeur de la décentralisation malienne : rapprocher davantage l’administration des citoyens tout en garantissant une gestion efficace des ressources et des compétences transférées.
La commune constitue en effet le niveau où les politiques publiques deviennent concrètes pour les populations : état civil, services sociaux, développement local, infrastructures, marchés publics ou encore gestion des ressources locales.
L’amélioration de la gouvernance locale passe donc nécessairement par le renforcement des capacités des agents et des élus, mais aussi par la modernisation des outils de gestion.
Dans cette perspective, la digitalisation des procédures évoquée par le ministre apparaît comme un autre levier important. La dématérialisation peut améliorer la traçabilité des opérations, réduire certaines possibilités d’intervention discrétionnaire et faciliter le suivi des procédures administratives.
Mais la technologie ne constitue pas, à elle seule, une solution aux problèmes de gouvernance. Son efficacité dépendra de la qualité des systèmes mis en place, de leur interconnexion, de la formation des utilisateurs et surtout de l’existence de mécanismes de contrôle adaptés.
La gestion des marchés publics, également évoquée lors des échanges, illustre bien cet enjeu. La modernisation des procédures doit aller de pair avec un renforcement des compétences et des dispositifs de contrôle.
Former aujourd’hui les compétences dont le Mali aura besoin demain
La seconde audience, avec Erdem Kumsar, représentant pays de la Fondation Maarif de Türkiye, ouvre un autre volet de cette stratégie : celui du développement du capital humain.
Les discussions ont notamment porté sur la formation professionnelle et sur la possibilité de renforcer les passerelles entre le Mali et la Türkiye dans le domaine éducatif.
La proposition d’un système d’orientation permettant aux étudiants maliens souhaitant poursuivre leurs études en Türkiye d’être mieux accompagnés répond à une problématique plus large : celle de l’adéquation entre les formations et les besoins du pays.
Le ministre a également insisté sur la nécessité d’encourager les jeunes à privilégier davantage les filières scientifiques.
Cette orientation est stratégique. Les besoins du Mali en ingénieurs, techniciens, spécialistes du numérique, experts en énergie, agronomes ou professionnels des nouvelles technologies vont croître avec les ambitions de transformation économique du pays.
Deux partenariats, un même enjeu
À première vue, les deux rencontres concernent des domaines différents. La première porte sur le contrôle, la gouvernance et la transparence ; la seconde sur l’éducation et la formation.
Elles répondent pourtant à une même nécessité : disposer d’une administration mieux organisée, mieux contrôlée et surtout mieux dotée en compétences.
Une administration performante ne peut être durablement construite sans mécanismes de redevabilité. De la même manière, les meilleurs dispositifs de contrôle resteront limités si les agents chargés de les appliquer ne disposent pas des compétences nécessaires.
Le véritable enjeu pour le MATD sera donc de transformer ces pistes de coopération en dispositifs opérationnels, assortis d’objectifs mesurables et d’un suivi régulier.
Les deux rencontres constituent ainsi davantage qu’une série de prises de contact institutionnelles. Elles esquissent deux axes susceptibles d’accompagner la modernisation de l’administration territoriale : renforcer la chaîne de contrôle et investir dans le capital humain.
Pour produire un impact durable, ces partenariats devront cependant dépasser le stade des intentions. Ils devront déboucher sur des programmes précis de formation, des outils de contrôle effectivement déployés, des procédures digitalisées et des mécanismes d’évaluation permettant de mesurer les progrès réalisés.
À terme, la réussite de cette démarche se mesurera moins au nombre de partenariats conclus qu’à leur capacité à améliorer concrètement la qualité des services publics, la transparence de la gestion et les compétences disponibles au service du développement local.
Ousmane BALLO
Source : Ziré
Last Updated on 08/10/2026 by Ousmane BALLO
