Lacs du Faguibine : L’économie locale étouffée sous le sable

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Longtemps considéré comme l’un des principaux bassins agricoles et pastoraux du nord du Mali, le système Faguibine  dans la localité de Bintagoungou, région de Tombouctou, traverse aujourd’hui une crise environnementale aux lourdes conséquences économiques et sociales. L’ensablement progressif des lacs, aggravé par les effets du changement climatique et la dégradation des ressources naturelles, menace directement les activités productives et les moyens de subsistance de milliers de ménages.

Autour des lacs du Faguibine, les paysages autrefois fertiles cèdent progressivement la place aux dunes de sable. Dans plusieurs localités du cercle de Bintagoungou, les terres cultivables se réduisent d’année en année, compromettant les perspectives de développement d’une zone longtemps considérée comme un moteur de l’économie rurale dans la région de Tombouctou.

Le système Faguibine occupe une place centrale dans l’économie locale grâce à ses activités agricoles, maraîchères, pastorales et halieutiques. Son équilibre dépend largement de l’alimentation en eau provenant du fleuve Niger à travers un réseau de chenaux naturels.

Mais cet écosystème est aujourd’hui confronté à une double menace : la pression humaine sur les ressources naturelles et les effets du changement climatique.

Selon Hamma Abacrine, maire de la commune rurale de Bintagoungou et président de l’Union des coopératives du système Faguibine, l’absence prolongée de surveillance environnementale et la surexploitation des ressources forestières ont accéléré le phénomène d’ensablement. « Depuis la première rébellion en 1992, les services techniques chargés de la protection de l’environnement ne sont plus présents comme auparavant. Avec l’assèchement progressif des lacs, les populations se sont tournées vers l’exploitation de la forêt, souvent sans contrôle », explique-t-il.

À cette pression s’ajoute une baisse significative des niveaux d’eau liée aux faibles crues enregistrées ces dernières années. « L’eau constitue le principal frein naturel contre l’ensablement. Lorsque les lacs sont correctement alimentés, le sable progresse beaucoup moins », souligne l’élu local.

Des pertes agricoles aux conséquences économiques majeures

L’impact économique de cette dégradation environnementale est déjà perceptible dans l’ensemble du système Faguibine. L’agriculture et le maraîchage, qui constituent les principales sources de revenus des populations locales, subissent une réduction constante des superficies exploitables. Des dunes se forment désormais à l’intérieur même des lacs, réduisant davantage les terres disponibles pour la production.

Chaque hectare perdu représente une baisse de production agricole, une diminution des revenus des exploitants et un affaiblissement de l’économie locale. « Aujourd’hui, l’ensablement est notre principal ennemi. À cause du sable, nous n’avons parfois même plus accès à nos champs alors que toute notre vie dépend de l’agriculture », témoigne Aboubacrine Abdoulahi, cultivateur à Bintagoungou.

La dégradation des chenaux d’alimentation aggrave encore la situation. Envahis par le sable, ces passages stratégiques ne permettent plus une circulation optimale de l’eau vers les zones agricoles. Au-delà des pertes économiques directes, l’ensablement du système Faguibine représente un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire dans une région déjà vulnérable. La baisse des productions agricoles limite les capacités d’autosuffisance des ménages et augmente leur dépendance à l’aide extérieure ou aux importations alimentaires.

Dans un contexte marqué par les effets du changement climatique, cette situation pourrait accentuer les risques de précarité alimentaire dans plusieurs communes riveraines des lacs. Les autorités locales estiment que l’avenir économique de la zone dépend étroitement de la restauration de cet écosystème.

Des programmes de restauration confrontés au défi du financement

Face à l’urgence, plusieurs initiatives ont été engagées pour ralentir la progression du désert et restaurer les capacités productives de la zone. L’Office pour la Mise en Valeur du système Faguibine (OMVF), avec l’appui de partenaires techniques et humanitaires tels que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), mène régulièrement des opérations de curage des chenaux, de fixation des dunes et de restauration des terres dégradées.

Cependant, les besoins demeurent considérables. « Un programme-cadre de restauration et de développement existe. Les solutions techniques sont identifiées. Mais le principal obstacle reste le financement des interventions à grande échelle », reconnaît Hamma Abacrine.

Pour les acteurs locaux, seule une mobilisation accrue des ressources permettra de restaurer durablement les capacités hydrauliques et agricoles du système Faguibine. La dégradation progressive du système Faguibine ne se limite pas aux enjeux environnementaux. Elle provoque également des mouvements de population de plus en plus visibles.

Dans plusieurs communes, notamment Essakane et Tin-Aïcha, de nombreuses familles ont quitté leurs localités en raison de la raréfaction des ressources et de la baisse des opportunités économiques.

Selon les responsables locaux, derrière les départs souvent attribués à l’insécurité se cache une réalité plus profonde : l’insécurité alimentaire et l’absence de perspectives économiques. « Les populations partent avant tout parce que les moyens de subsistance disparaissent. L’insécurité alimentaire est devenue une menace aussi importante que les autres formes d’insécurité », estime le maire de Bintagoungou.

Pour les spécialistes du développement rural, la préservation du système Faguibine dépasse largement le cadre local. Elle constitue un enjeu stratégique pour la résilience économique du nord du Mali. La restauration des chenaux, l’amélioration de l’alimentation en eau des lacs, la protection des ressources naturelles et le financement de programmes durables de lutte contre l’ensablement apparaissent aujourd’hui comme des priorités majeures.

Sans une réponse adaptée, le risque est de voir disparaître progressivement l’un des plus importants écosystèmes productifs du nord du pays, avec des conséquences directes sur l’agriculture, l’élevage, l’emploi rural et la sécurité alimentaire.

Pour les populations de Bintagoungou et des communes voisines, la bataille contre le sable est désormais aussi une bataille pour la survie économique et sociale de toute une région.

Ousmane BALLO

Source : Le Capital

Last Updated on 13/07/2026 by Ousmane BALLO

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