Le Mali pourrait être l’un des principaux bénéficiaires du vaste programme d’investissement de 6 000 milliards de FCFA que l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) prévoit de déployer entre 2026 et 2040 pour soutenir trois filières stratégiques : le phosphate-engrais, le riz et le coton-textile. Présentée à Bamako au ministre de l’Agriculture, Dr Ibrahima Samaké, cette initiative régionale ouvre de nouvelles perspectives pour l’agriculture malienne, pilier de l’économie nationale.
En visite dans les États membres de l’Union, une délégation de la Commission de l’UEMOA conduite par le Commissaire Dr Paul Koffi Koffi est venue présenter le Livre blanc des filières prioritaires, document stratégique destiné à renforcer la production, la transformation industrielle et la compétitivité agricole dans l’espace communautaire.
Pour Bamako, cette vision s’inscrit pleinement dans les objectifs nationaux de développement. « La vision portée par les politiques sectorielles de l’UEMOA cadre parfaitement avec la Vision 2060 des plus hautes autorités du Mali, notamment en ce qui concerne le développement des filières agricoles stratégiques », a souligné le ministre de l’Agriculture, Dr Ibrahima Samaké.
Cette convergence est particulièrement importante pour un pays où l’agriculture demeure un moteur essentiel de croissance, d’emploi et de sécurité alimentaire. Parmi les trois filières ciblées, le riz apparaît comme un secteur prioritaire pour le Mali. Le pays figure parmi les principaux producteurs de la sous-région grâce notamment aux performances de l’Office du Niger et des grands périmètres irrigués.
Selon les données du secteur, la production nationale de riz paddy est estimée à 2,88 millions de tonnes en 2025, avec des prévisions atteignant près de 2,96 millions de tonnes pour la campagne 2025-2026 sur environ 850 000 hectares.
L’investissement régional pourrait permettre d’améliorer les infrastructures de production, de stockage et de transformation tout en renforçant la compétitivité du riz local face aux importations qui continuent d’alimenter une part importante de la consommation ouest-africaine.
Le second axe majeur concerne la filière coton-textile, secteur historique de l’économie malienne et principale source de revenus pour des centaines de milliers de producteurs. La campagne cotonnière 2025-2026 est attendue autour de 433 700 tonnes de coton graine, avec un objectif de 598 500 tonnes dès 2026-2027.
Au-delà de la production, l’enjeu pour le Mali est désormais de développer davantage la transformation locale. L’ambition de l’UEMOA est précisément d’encourager la création d’industries textiles régionales capables de valoriser la fibre produite localement et de générer davantage d’emplois et de richesse.
Pour les autorités maliennes, cette orientation représente une opportunité de renforcer l’industrialisation du secteur agricole et d’accroître les revenus dans les bassins cotonniers.
La troisième filière retenue, celle du phosphate et des engrais, revêt une importance particulière pour le Mali, où l’amélioration des rendements agricoles reste fortement liée à l’accès aux intrants.
Le gouvernement a déjà multiplié les initiatives dans ce domaine. En 2025, l’État a approuvé l’acquisition de 21 543 tonnes d’engrais auprès d’OCP Africa pour un montant estimé à 9,8 milliards de FCFA hors taxes.
Le pays dispose également d’un potentiel de production locale avec environ 100 000 tonnes de phosphate naturel granulaire et plus de 84 000 tonnes d’engrais organiques recensées ces dernières années. Le programme de l’UEMOA pourrait contribuer à renforcer cette base productive et à réduire la dépendance vis-à-vis des importations d’intrants agricoles.
Une occasion de moderniser l’agriculture malienne
Au-delà des chiffres, le portefeuille de 6 000 milliards de FCFA constitue une opportunité stratégique pour accélérer la modernisation du secteur agricole malien.
Les investissements attendus devraient concerner l’amélioration de l’accès aux engrais et autres intrants ; le développement des infrastructures agricoles ; la transformation industrielle des productions locales ; le financement des producteurs ; le renforcement de l’accès aux marchés régionaux.
Pour le Mali, l’enjeu sera de positionner efficacement ses projets afin de capter une part significative de ces financements régionaux et de les orienter vers des pôles stratégiques comme l’Office du Niger, les bassins cotonniers du Sud et les chaînes d’approvisionnement en intrants.
À travers ce programme, l’UEMOA ambitionne de faire de l’agriculture un moteur de transformation économique régionale. Le secteur représente déjà 21 % du PIB communautaire et près de 53 % des emplois dans l’espace UEMOA.
Pour le Mali, où l’agriculture demeure au cœur de l’activité économique, cette initiative pourrait constituer un puissant accélérateur de croissance, de création d’emplois et de souveraineté alimentaire.
Si les financements annoncés se concrétisent, le pays pourrait franchir une nouvelle étape dans la valorisation de ses filières agricoles stratégiques et renforcer sa position parmi les locomotives agricoles de l’Afrique de l’Ouest.
Ousmane BALLO
Source : Le Capital
