Lancé comme l’un des principaux projets d’infrastructures routières destinés à désengorger le Grand Bamako, le bitumage de l’axe Banconi–Dialakorodji–Safo–Dabani–Nossombougou entre désormais dans une phase déterminante. Si les travaux nourrissent de fortes attentes en matière de mobilité et de développement économique, leur réussite dépendra autant du respect du calendrier d’exécution que de la gestion des indemnisations et de la libération des emprises. Un équilibre délicat entre efficacité des travaux et protection des droits des populations affectées.
Depuis plusieurs années, l’état de dégradation avancé de cet axe constitue l’une des principales difficultés de circulation entre Bamako et les localités de Dialakorodji, Safo, Dabani et Nossombougou. Embouteillages, poussière en saison sèche, impraticabilité pendant l’hivernage et coûts élevés du transport pénalisent quotidiennement les populations.
Le projet de bitumage apparaît ainsi comme une réponse structurante aux défis de mobilité dans une zone en pleine expansion démographique. Au-delà de la fluidité du trafic, cette infrastructure devrait favoriser l’accès aux services sociaux, soutenir les activités économiques locales et accompagner l’urbanisation rapide de la périphérie de la capitale.
Pour la réussite du projet, l’État malien a mobilisé 22,881 milliards de francs CFA hors taxes et hors douanes. Les travaux ont été confiés au groupement EGK/EITPB, avec un délai contractuel de 15 mois. Le contrôle et la surveillance sont assurés par le bureau d’études GEDUR-IC, pour un montant de 675 millions de francs CFA hors taxes, sur une durée de 17 mois.
Si le chantier est officiellement engagé, sa progression reste étroitement liée à la disponibilité des emprises. Ainsi, les opérations de recensement ont permis d’identifier 172 propriétaires concernés par les mesures de compensation. Toutefois, plusieurs dossiers d’indemnisation demeurent en attente de régularisation administrative, retardant la libération complète des espaces nécessaires aux travaux.
Cette étape met en évidence une réalité récurrente dans les grands projets d’infrastructures : la réussite technique dépend souvent autant de la qualité des travaux que de la capacité des autorités à conduire efficacement les procédures sociales qui les accompagnent.
Des populations favorables au projet, mais soucieuses de leurs droits
Contrairement à certaines perceptions, les riverains ne contestent pas le principe du projet. Ils reconnaissent les bénéfices attendus de cette route pour leurs localités. Pour autant, leur principale préoccupation porte plutôt sur les conditions de mise en œuvre des déguerpissements et sur la rapidité des indemnisations.
Lors d’une conférence de presse organisée à Banconi Layebougou, le Collectif des Riverains a demandé un délai supplémentaire afin de permettre aux familles concernées de préparer leur relogement dans des conditions acceptables. « Nous ne sommes nullement opposés à cette opération. Nous demandons seulement un délai supplémentaire et l’accélération des paiements », a déclaré M. Vieux Coulibaly au nom du collectif.
L’enjeu consiste désormais à maintenir un dialogue permanent entre les services techniques, les collectivités, les entreprises et les populations affectées. De toutes les façons, les autorités compétentes ont l’obligation de respecter les engagements pris en matière d’indemnisation et d’accompagnement social. Pour les riverains, la libération progressive des emprises demeure indispensable afin de permettre le déroulement normal des travaux. Quant à l’entreprise chargée de l’exécution, elle est attendue sur le respect des délais contractuels et des normes techniques.
La sécurité routière érigée en priorité
Les travaux modifient profondément les conditions de circulation sur cet axe particulièrement fréquenté. Afin de limiter les risques d’accidents, un protocole d’accord a été conclu avec les représentants des conducteurs de Sotrama, de camions-bennes, de tricycles et de motos-taxis.
Les transporteurs se sont engagés à respecter une limitation de vitesse de 30 km/h dans la zone des travaux, à sensibiliser leurs membres aux règles de prudence et à veiller au bon état technique de leurs véhicules. La Brigade de Gendarmerie de Dialakorodji a, de son côté, rappelé aux usagers l’obligation de respecter le Code de la route et de circuler avec des documents administratifs à jour.
C’est dire que le respect des délais contractuels, la transparence dans les indemnisations, la prise en compte des préoccupations sociales et la qualité du dialogue avec les populations apparaissent comme des facteurs déterminants pour la crédibilité de l’action publique.
Dans un contexte où les investissements routiers se multiplient au Mali, la réussite de ce projet pourrait servir de référence pour les futurs programmes d’aménagement urbain.
L’équation demeure cependant exigeante : accélérer l’exécution des travaux sans compromettre les droits des citoyens concernés. C’est de cette capacité à concilier efficacité opérationnelle et responsabilité sociale que dépendra le succès durable de ce projet routier.
Ousmane BALLO
Source : Ziré
Last Updated on 06/08/2026 by Ousmane BALLO
