Depuis le 3 juin dernier, un arrêté interministériel interdit la circulation des motocyclettes (motos à deux ou trois roues, dotés d’un moteur de cylindre 125 cm³ ou plus). Cette interdiction concerne au-delà des grandes agglomérations sur toute l’étendue du territoire national. Le même arrêté interdit l’importation, la commercialisation de ces motocyclettes. Une décision qui a ses avantages, mais aussi ses conséquences.
Couper le mal à la source
Les motocyclettes constituent une innovation magnifique de l’industrie des motos. Ceux qui ont eu l’idée ingénieuse de les créer méritent une reconnaissance éternelle. Ces motocyclettes pensées pour faciliter la vie des populations du Sahel sont parfaitement adaptées à l’environnement sahélien. Elles sont très puissantes, très résistantes, très rapides et constituent l’un des moyens de déplacement incroyables pour la population. Malheureusement, il existe des personnes maléfiques avec des idées maléfiques qui utilisent toujours des technologies les plus positives à des fins nuisibles. C’est le cas de l’utilisation des motocyclettes par les terroristes. A cause de ces gens, les motocyclettes sont aujourd’hui synonymes de la terreur, de la barbarie et de la mort. Les terroristes utilisent la robustesse et la mobilité de ces engins pour semer la terreur et le chaos dans l’espace sahélien.
Grâce à ces engins de 125 m3 et plus, les marchands du mal se déplace facilement et rapidement d’un bout à l’autre du pays. ils surgissent de nulle part, frappent et disparaissent dans la nature en s’enfonçant dans des forêts sous couvert végétal.
Face à cette situation, le gouvernement du Mali a pris un arrêté interministériel pour interdire l’importation, la commercialisation, la vente, la distribution à titre gratuit, la circulation des motocyclettes hors des grandes agglomérations du pays. Une mesure, si elle est bien respectée, va sans doute priver les groupes armés de leurs forces. Malheureusement, force est de constater que la mesure va aussi impacter sur les activités socioéconomiques de la population civile.
Une pénalisation du monde rural
Les motocyclettes sont les moyens de déplacement les plus prisés dans les zones rurales. Elles sont utilisées pour des événements sociaux. Elles sont utilisées comme ambulance, notamment les tricycles. Elles sont utilisées pour approvisionner les localités les plus reculées au fond fin de la forêt et du désert. Cette mesure va priver les ruraux de ces moyens de déplacement essentiels et risque de les retourner à un âge archaïque. Les conséquences risquent d’être plus graves pour l’évacuation des malades, des femmes enceintes et pour l’approvisionnement des localités qui n’ont que pour moyens ces motocyclettes.
«Je suis aujourd’hui dans le dilemme. Je suis boutiquier. J’ai acheté un tricycle il y a quelques années. Je m’en sers pour transporter des personnes à la foire hebdomadaire de Ségou. Je m’en sers aussi pour approvisionner ma boutique lors de différentes foires hebdomadaires. S’il faut que j’arrête tout cela d’un coup, franchement, je ne sais plus quoi faire. Avant, les gens utilisaient les charrettes et il fallait 24h pour faire le trajet de notre village à Ségou. On n’utilise plus les charrettes pour ces voyages depuis plus d’une décennie », déclare B. Ousmane d’un village situé dans le cercle de Ségou.
Une mesure à effets limités sur les groupes armés
Comme toute autre mesure, celle-ci a des limites pour plusieurs raisons. D’abord la porosité des frontières. Sans la coopération des pays voisins qui disposent de littoral, la mesure risque d’être moins impactant sur les groupes armés. Notre pays partage des milliers de kilomètres de frontières avec les pays voisins. Certains sont des pays amis. Mais, nous sommes à couteaux tirés avec d’autres qui sont d’ailleurs accusés de servir de base arrière pour les groupes armés.
Il n’y a pas longtemps, les forces armées et de sécurité ont intercepté un gros camion rempli de motocyclettes dans la région de Tombouctou. D’aucuns disent qu’ils ont transité par un pays voisin frontalier de cette région. Ceci n’est qu’un cas parmi tant d’autres. Combien de camions sont-ils parvenus à échapper à la vigilance des forces armées et de sécurité ?
Ensuite, la malhonnêteté des commerçants véreux. Les groupes armés ne disposent ni la compétence, ni les ressources pour fabriquer les motocyclettes. Ce sont les commerçants qui les fournissent. Ces fournisseurs doivent être démasqués au risque qu’ils continuent de fournir les marchands de la terreur. Même la direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC) est à pied d’œuvre pour identifier les stocks et les commandes en cours, il y aura toujours des non déclarés et certains vont tenter de commencer avec les groupes via des réseaux sombres.
Après l’interdiction d’accéder à certaines forêts, la suspension des motocyclettes est une pénalité nécessaire dans la lutte contre les groupes armés. Après tout, ne dit-on pas qu’aucun sacrifice n’est de trop pour vivre en paix. Espérons que ces mesures produisent des effets escomptés.
Par Y. Traoré
Source : La Référence du Mali
Last Updated on 09/06/2026 by Ousmane BALLO
