Banques de l’UEMOA : Trop de liquidité, peu de crédit

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Les banques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) évoluent dans un environnement marqué par une forte abondance de liquidité, tandis que le financement de l’économie réelle reste confronté à des conditions de crédit toujours élevées. C’est ce que révèlent les dernières données consolidées de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), certifiées par le cabinet Deloitte Côte d’Ivoire en février 2026.

Depuis 2025, le système bancaire de l’UEMOA affiche un excédent de liquidité croissant. Les établissements de crédit empruntent de moins en moins auprès de la BCEAO et déposent davantage de ressources auprès de l’institution monétaire.

Le recours au guichet du prêt marginal, utilisé en dernier ressort en cas de tension de trésorerie, est même tombé à zéro en 2025, contre 850 milliards FCFA l’année précédente. Dans le même temps, les dépôts des banques auprès de la BCEAO ont progressé de 59 %, atteignant 6 002 milliards FCFA.

Selon la BCEAO, les réserves constituées par les banques continuent également de croître. En mars 2026, elles s’élèvent à 4 734 milliards FCFA pour des réserves obligatoires fixées à 1 094 milliards FCFA, soit un excédent de plus de 3 640 milliards FCFA. Un an plus tôt, cet excédent était de 2 135 milliards FCFA.

Face à cette situation, la BCEAO a poursuivi une politique d’assouplissement monétaire. Après une première baisse de 25 points de base en juin 2025, le taux directeur a été ramené à 3,00 % en mars 2026, tandis que le taux du guichet de prêt marginal est fixé à 5,00 %.

Sur le marché monétaire, cette orientation se traduit par une baisse progressive des taux. Le taux moyen des adjudications hebdomadaires recule à 3,58 % en mars 2026, contre 3,92 % un mois plus tôt. Le taux interbancaire à une semaine suit la même tendance, passant de 4,19 % à 3,93 %.

Un crédit en hausse, mais plus coûteux

La BCEAO est que malgré cette liquidité abondante, le financement de l’économie réelle progresse, mais à un coût plus élevé. Les crédits accordés dans la zone UEMOA ont connu une hausse significative en 2025, atteignant 1 717 milliards FCFA en novembre, contre une moyenne de 1 369 milliards FCFA en 2024.

Cependant, le coût du crédit augmente. Le taux moyen des nouveaux prêts atteint 7,00 % en mars 2026, contre 6,78 % un an plus tôt. Dans le même temps, la marge d’intermédiation bancaire s’élargit, passant de 1,41 à 1,69 point de pourcentage, traduisant une amélioration de la rentabilité des banques.

Cette dynamique, ajoute la Banque centrale,  s’accompagne d’une détérioration progressive de la qualité des portefeuilles bancaires. Le taux de créances en souffrance atteint 9,1 % en février 2026, contre 8,8 % un an auparavant. Ces créances s’élèvent désormais à 3 608 milliards FCFA, en hausse de 6,5 % sur un an.

Le niveau de couverture par les provisions recule également, passant de 62,9 % à 59,7 %, traduisant une exposition accrue des établissements financiers au risque de défaut. Les disparités entre pays restent importantes, avec un taux de créances douteuses de 6,2 % en Côte d’Ivoire contre plus de 23 % au Niger. Le Togo enregistre une dégradation marquée, passant de 7,2 % à 13,5 % sur un an.

Une liquidité abondante mais peu transformée en investissements

Selon les analystes, cette situation reflète une prudence des banques dans un contexte économique régional encore fragile. Malgré les assouplissements monétaires, la transformation de la liquidité excédentaire en financement productif reste limitée.

Le Fonds de stabilité financière de la BCEAO, destiné à soutenir les États membres en cas de choc, a par ailleurs doublé en un an, atteignant 326 milliards FCFA, illustrant la volonté de renforcer les mécanismes de résilience du système financier.

Alors que la BCEAO multiplie les mesures pour stimuler le crédit, les banques disposent de ressources abondantes mais restent prudentes dans leur politique de financement.

Les prochaines données monétaires attendues au deuxième trimestre 2026 permettront d’évaluer si les baisses successives des taux directeurs parviennent à réorienter durablement cette liquidité vers l’économie réelle dans l’ensemble des pays de l’Union.

Ousmane BALLO

Source : Le Capital

Last Updated on 11/05/2026 by Ousmane BALLO

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