La Coalition Malienne Publiez Ce Que Vous Payez (PCQVP-Mali) a organisé le deuxième dialogue politique pour illustrer comment les mineurs artisanaux peuvent être formellement intégrés dans les chaînes de valeur, le mercredi 12 novembre 2025, à l’Hôtel Colombus.
Selon les données, l’exploitation minière artisanale de l’or est une activité multiséculaire au Mali. Elle fait partie intégrante de l’identité historique et culturelle du Mali. En effet, pendant des siècles, de grandes quantités d’or ont été extraites du Bourré et du Bambouk, faisant la fierté des anciens empires du Mali.
Cette activité a atteint son apogée au 13ème siècle avec le pèlerinage à la Mecque de l’empereur Kankou Moussa qui y a transporté presque 8 tonnes d’or. Au Mali, cette forme d’exploitation est principalement pratiquée dans les Régions de Koulikoro, Sikasso, Bougouni et Kayes sur plus 350 sites d’orpaillage. Elle implique une population d’environ 512 605 personnes travaillant essentiellement dans l’orpaillage et les activités connexes.
Elle constitue ainsi une source de revenus dans les zones rurales où les alternatives économiques sont rares. De ses origines lointaines à nos jours, et malgré de multiples réformes minières, cette activité a presque évolué en « marge du Droit », toute chose qui a conduit à des pratiques minières avec d’énormes conséquences sur l’environnement, la santé et les moyens de subsistance des communautés.
L’évolution en marge du Droit du secteur artisanal pose son problème de transparence. À présent, les données fournies sur ce secteur sont peu fiables. L’illustration de cette affirmation est qu’elles sont variables d’une source à une autre et sont des estimations. En ce qui concerne la production de l’EMAPE, la banque centrale parle de 6 tonnes tandis que le rapport du Comité de Pilotage de l’ITIE 2023 parle de 777 kg. Certains responsables des orpailleurs traditionnels disent 20 tonnes.
Les études réalisées lors de l’élaboration du plan d’action national de mise en œuvre de la convention de Minamata portent désormais cette production à 26 tonnes, dont 23 provenant de minerais traités au mercure. L’analyse de l’extraction minière artisanale et à petite échelle (ASM) révèle des controverses. En effet, elle contribue à la réduction de la pauvreté, à la création d’emplois et à la dynamisation de l’économie locale.
Cependant, ce secteur reste largement informel, exposant les mineurs à des risques sociaux, économiques et environnementaux. Dans un contexte de demande croissante de minerais responsables et traçables sur les marchés internationaux, la formalisation des mineurs artisanaux devient une priorité stratégique. Elle permettrait non seulement d’améliorer les conditions de travail et de vie des mineurs, mais aussi de renforcer la gouvernance du secteur et d’attirer des investissements durables.
La nécessité de créer un cadre inclusif pour le dialogue entre les acteurs publics, privés et communautaires devient alors une priorité pour les organisations de la société civile en général et spécifiquement le consortium composé par la Coalition Malienne Publiez Ce Que Vous Payez (PCQVP-Mali), la Fondation pour le Développement au Sahel (FDS) et l’Institut International pour l’Environnement et le Développement (IIED).
Ledit consortium met en œuvre depuis mars 2023 le projet intitulé : « Greater Value for Gold (une plus grande valeur pour l’or) », dans la Commune Rurale de Gouandiaka. Le projet « Greater Value for Gold (une plus grande valeur pour l’or) » a été élaboré avec l’appui technique et financier par d’European Partnership for Responsible Minerals (EPRM).
C’est pourquoi, PCQVP-Mali a organisé le deuxième dialogue politique pour illustrer comment les mineurs artisanaux peuvent être formellement intégrés dans les chaînes de valeur. Il rentre dans le cadre de la mise en œuvre du projet « Greater Value for Gold » du consortium. Le président de la Coalition Publiez Ce que Vous Payez (PCQVP-Mali), M. Abdoul Wahab Diakité a fait comprendre qu’il s’agit de poursuivre la réflexion autour d’un thème central, c’est-à-dire l’intégration formelle des orpailleurs dans la chaîne de valeur.
« Nous pensons qu’avec la contribution des vrais acteurs, notamment des organisations professionnelles de l’orpaillage, des voies concrètes seront identifiées et soumises aux autorités », a-t-il souligné. M. Diakité a salué leur partenaire technique et financier le Partenariat Européen pour les Minéraux Responsables, le Haut Conseil des Collectivités Territoriales et les organisations professionnelles pour leur accompagnement constant. Il a rendu un hommage particulier au Département des Mines qui reste à leur écoute.
M. Abdoul Wahab Diakité a mis l’accent sur la bonne collaboration entre la Coalition Publiez Ce que Vous Payez (PCQVP-Mali) et le Département des Mines. Le représentant de la Direction Nationale de l’Assainissement du Contrôle des Pollutions et des Nuisances (DNACPN), M. Jidou Ag Alhassane a félicité chaleureusement la Coalition Malienne Publiez Ce Que Vous Payez (PCQVP-Mali), initiatrice de cette rencontre, pour la pertinence de cette initiative et pour son engagement constant en faveur d’une gouvernance plus inclusive et plus responsable du secteur minier.
Selon lui, l’exploitation artisanale constitue aujourd’hui une réalité socio-économique incontournable dans notre pays. Elle fait vivre directement ou indirectement plus de deux millions de Maliens, notamment en milieu rural, et contribue de manière significative à la création de revenus, à la réduction de la pauvreté. Cependant, elle soulève également des défis majeurs : dégradation de l’environnement, risques sanitaires, insécurité, et faibles retombées économiques pour l’État, les Collectivités Territoriales et les communautés.
« C’est pourquoi, depuis plusieurs années, le Gouvernement du Mali, à travers le Ministère des Mines, œuvre à la formalisation progressive du secteur de l’orpaillage traditionnel. Cette formalisation vise à transformer l’activité artisanale en véritable moteur de développement local, dans le respect des normes sociales, environnementales et économiques.
L’intégration des mineurs artisanaux dans les chaînes de valeur formelles représente une étape décisive dans ce processus. Elle permet de garantir la traçabilité des produits extraits, d’améliorer les revenus des producteurs, de faciliter l’accès au financement, à la technologie et à la formation, et de renforcer la gouvernance locale autour des ressources minières », a-t-il ajouté.
M. Jidou Ag Alhassane a fait comprendre que les réformes en cours, l’adoption de la Loi N°2023-040 du 29 août 2023 portant Code minier en République du Mali et de ses décrets d’application illustrent bien la ferme volonté du Gouvernement de formaliser ce secteur.
« Ce deuxième dialogue politique est l’occasion d’approfondir les réflexions, de partager les expériences réussies, et surtout de concevoir la meilleure manière d’accompagner cette formalisation. C’est ensemble, dans un esprit de concertation, de transparence et de responsabilité partagée, que nous pourrons bâtir un secteur minier plus inclusif, durable et bénéfique à tous et à toutes.
Je voudrais réaffirmer ici la disponibilité totale du Ministère des Mines à travailler avec la Coalition PCQVP-Mali et ses partenaires pour renforcer la sensibilisation, promouvoir les bonnes pratiques, et faire de ce secteur le levier du développement économique. Je vous assure que les conclusions et recommandations qui en sortiront seront examinées avec la plus grande attention par le département », a-t-il assuré.
Tougouna A. TRAORE
Source : La Rédaction du Mali
Last Updated on 22/11/2025 by Ousmane BALLO

