L’idée de dialoguer avec les groupes armés djihadistes continue de diviser les Maliens. Tandis qu’une partie de la population plaide pour une approche militaire afin d’éradiquer ces groupes, d’autres appellent à des négociations directes pour mettre fin aux violences qui sévissent dans le pays. Nombreux sont ceux qui estiment que l’ouverture de pourparlers pourrait permettre d’enrayer les attaques contre les villages, les déplacements forcés des populations, les enlèvements et l’insécurité sur les routes. Cependant, l’on voit mal ce processus réussir sans l’implication des leaders religieux surtout que le médiateur choisi par Kouffa et Iyad qui est l’imam Mahmoud Dicko ne vit plus dans le pays à cause de son différend avec les autorités actuelles.
Les négociations avec les groupes armés djihadistes sont une option avancée par plusieurs citoyens à travers le pays. Le signal a été donné au niveau local dans plusieurs villages du centre qui ont signé des accords de cessez-le-feu avec les groupes djihadistes qui leur empêchaient de cultiver pendant des années. Tout récemment à Boni vers Douentza, ce sont également des accords du genre pilotés par les communautés elles- mêmes qui ont annoncé la fin du blocus sur les axes. Même si ces accords locaux sont perçus comme une défaite des communautés chez certains à l’image de Youssouf Toloba, le chef d’Etat-major de Da Nan Ambassagou, plusieurs villages se réjouissent au moins du retour d’une certaine accalmie dans leur localité. Pour le dialogue de façon générale avec les chefs djihadistes maliens, les voix continuent de se lever dans ce sens. Pr Ali Nouhoum Diallo, ancien président de l’Assemblée Nationale, continue d’insister sur la nécessité d’adopter un dialogue inclusif pour sortir le Mali de cette crise endémique qui perdure depuis 2012. Il appelle à une discussion doctrinale élargie aux experts religieux et autres intellectuels capables de tisser des ponts entre les parties en conflit. Pour Pr Diallo, aucun effort ne doit être négligé pour mettre fin à la guerre, appelant particulièrement à la magnanimité et à la sagesse des dirigeants actuels. Selon lui, le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, détient un rôle clé dans cette démarche de réconciliation nationale, qui doit inclure tous les citoyens sans distinction. « Le Mali est en guerre, un seul mort est déjà trop. Il faut arrêter l’effusion de sang. La paix passe par le dialogue avec Iyad Ag Ali et Mobbo Hammadoun Koufa », insiste-t-il. Selon certaines sources, Iyad Ag Ghali et Amadou Kouffa avaient pointé du doigt l’imam Mahmoud Dicko pour être médiateur dans les négociations. Il faut préciser que Mahmoud Dicko a déjà échangé avec Iyad Ag Ghaly lors de l’occupation des Régions du Nord en 2012. À cette époque, le Haut Conseil Islamique que Mahmoud Dicko dirigeait avait initié une mission à Tombouctou alors entre les mains d’Ançar-dine, du Mujao. Il nous revient que la mission avait même pu obtenir la libération de quelques personnes détenues par les groupes armés.
Par ailleurs, les leaders religieux ont toujours offert leur service pour conduire des négociations.
Il y a quelques 3 années déjà, un expert chargé de la stratégie de lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme au Ministère des Affaires Religieuses, du Culte et des Coutumes avait indiqué à l’Agence Anadolu avoir été dépêché par le ministre des Affaires Religieuses pour aller rencontrer le Haut Conseil Islamique pour voir les voies et moyens en vue d’entamer »la négociation bel et bien avec nos frères détenteurs d’armes Amadou Kouffa et Iyad Ag Ghaly ». Plus tard, les autorités avaient démenti cette information en soulignant que « lorsque le Gouvernement jugera opportun d’ouvrir des négociations avec des groupes armés de quelque nature que ce soit, le peuple malien sera informé par les canaux appropriés ».
Le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a rencontré des représentants des principales confessions religieuses du pays, le Haut Conseil Islamique, l’Église Catholique et l’Église Protestante. Ces leaders religieux ont exprimé leur disponibilité à contribuer aux efforts visant à ramener la paix et préserver l’unité nationale.
En réponse, le Premier ministre a partagé les grandes priorités nationales lors de cette rencontre tenue début octobre 2025. Bien que divergentes, toutes ces actions témoignent d’un espoir commun : parvenir à une paix durable dans un pays meurtri par plus d’une décennie de troubles. Toutefois, l’équilibre entre dialogue et fermeté reste délicat et continue de soulever des débats et des incertitudes parmi les Maliennes et Maliens.
Dans un passé récent, le patron des patrons du Mali, M. Mossadeck Bally s’était également exprimé sur la nécessité de dialoguer avec les djihadistes maliens et pas d’autres nationalités. « Je dis les maliens, pas les autres. Les autres, il faut les chasser de notre territoire. La Force Armée n’est qu’un moyen pour arriver à la table de négociation et mettre fin à une guerre. On peut gagner une bataille, on peut même gagner une guerre avec les armes, mais on ne peut jamais gagner la paix avec les armes, jamais. Donc, il faudrait qu’à un moment donné, que les maliens arrêtent de s’affronter entre eux, que ce soit côté Gouvernement, côté groupe armé terroriste, côté mouvement de rébellion et tout cela, le Dialogue National Inclusif, la Conférence d’Entente Nationale, les ANR et tout cela. Tous ces fora organisés depuis une décennie maintenant ont recommandé aux autorités en place de dialoguer pour mettre fin à cette crise qui n’a que trop durée. Donc, je pense qu’aujourd’hui, il y a certainement des fenêtres d’opportunités, puisque nous avons quand même un appareil sécuritaire qui n’a rien à voir avec ce qui existait il y a 4 ans. Et ça permet de venir à la table de négociation en position de force », a fait savoir le président du CNPM.
Tougouna A. TRAORE
Source : La Rédaction du Mali
Last Updated on 17/10/2025 by Ousmane BALLO


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