Le Conseil Islamique du Mali, l’Eglise catholique et évangélique, la Confédération des chasseurs du Mali et la société civile condamnent la recrudescence du discours de haine véhiculés sous couvert du religieux et se mobilisent pour redresser la situation. Depuis plusieurs années, des messages d’intolérance amplifiés par les réseaux sociaux exacerbent les conflits et ravivent les tensions inter-religieuses et inter-confessionnelles. De quoi mettre en péril le tissu social dans un pays pourtant connu de par le passé pour sa tolérance inter-religieuse.
En tête d’affiche, des structures dressées contre le discours de haine : le Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM). Selon son Vice-président, Mohamed Macki Bah, pour la cohésion sociale, il faut tenir le bon langage religieux. Il interpelle les guides religieux à faire preuve de retenue et de tolérance. « Notre rôle principal est de faire la promotion de la paix, de prêcher les bonnes paroles afin que la paix puisse régner entre les citoyens, entre les communautés religieuses, mais aussi entre les citoyens et les dirigeants. C’est pourquoi, au Haut Conseil Islamique, il y a beaucoup de structures mises en place pour la bonne conduite lors des prêches », souligne-t-il.
Pour lui, la situation fragile du pays interpelle tout le monde et impose à chacun de peser chaque mot et chaque interprétation religieuse. « Nous sommes dans une situation instable, on doit tout faire pour ne pas envenimer la situation. Voilà pourquoi les leaders religieux ont une grande responsabilité. Il faut savoir tenir le bon langage. Il faut passer le message de Dieu sans attaquer l’autre. C’est pourquoi, au niveau du Haut Conseil Islamique, nous avons élaboré un code de conduite pour les Imams. Ce code, qui contient 19 articles, a été remis aux autorités afin qu’elles nous aident à mieux gérer le secteur. Mais, il faut reconnaître que sa mise en œuvre traîne. Sinon, nous avons joué notre rôle », ajoute-t-il.
Ensemble contre l’extrémisme violent
Daniel Coulibaly, ancien inspecteur des douanes et chrétien catholique estime que la doctrine de son église est claire : « Aimer son prochain, autant que soi-même ». D’où, dit-il, chez les catholiques, le premier principe est de ne pas attaquer les autres confessions, mais surtout de ne répondre à aucune provocation. « Comment peut-on aimer Dieu que tu ne vois pas et ne pas aimer ton prochain que tu vois ? Ça c’est notre philosophie. Donc, si tu aimes Dieu, tu dois aimer ton prochain. C’est pourquoi, Jésus prône le pardon », précise-t-il. Selon Daniel Coulibaly, les réalités peuvent varier d’un pays à l’autre, sauf pour des cas exceptionnels. « L’enseignement catholique existe à travers une doctrine théologique qui fixe notamment les principes moraux. Mais, cela est fait juste pour mieux connaître sa religion et la vivre. Quant à l’encadrement, il est très exigeant par rapport aux principes », explique-t-il
Entre le Haut Conseil Islamique, l’église catholique et évangélique, le dialogue inter-religieux est une réalité. « C’est une initiative que l’église essaie de pérenniser afin que la paix et la concorde puissent régner entre les différentes communautés religieuses. L’église accompagne tout le monde dans la mesure du possible. Ce n’est pas seulement ceux et celles victimes de violences religieuses. C’est pourquoi, nous avons mis en place un dispensaire afin d’accompagner les gens ayant besoin d’être assistés », ajoute Daniel Coulibaly.
Retourner à l’animisme ?
Bien avant l’islam et le christianisme, le Mali a connu des pratiques religieuses traditionnelles. Ces dernières, certes actuellement moins dominantes existent encore. D’après Sidiki Coulibaly, président de la fédération des chasseurs (considérés comme des gardiens des traditions et des protecteurs de la communauté) de la Commune I et II du district de Bamako, elles ne sont pas suffisamment respectées et valorisées. C’est pourquoi, il suggère d’accorder une place à l’animisme qui reste une réalité culturelle au Mali.
Pour lui, l’entente entre les différentes confessions religieuses est plus que nécessaire. « Le Mali, un pays de diatiguiya (accueil chaleureux, généreux) et de cousinage, ne connaissait que la tolérance. Même la fédération des chasseurs est basée sur la tolérance. Car, nous tenons beaucoup à la discipline », dit-il. Sidiki Coulibaly déplore cependant les attaques dont les chasseurs sont victimes depuis un moment, suite à la pratique d’un culte ancestral. « J’ai le coran traduit en Bamanankan avec moi. Je vous le dis, ce sont les mauvaises interprétations qui nous éloignent les uns des autres. Sinon, les livres saints ne sont pas le problème. Il faut revenir à nos valeurs de tolérance qui ont toujours incarné le Mali », propose-t-il.
D’après M. Coulibaly, l’animisme, bien que combattu reste une réalité sociétale qu’il faut accepter et respecter. Il prône ainsi le respect mutuel entre les religions sans lequel même Dieu ne pourra être trouvé. « Nos cultes traditionnels existent bien avant les deux religions révélées (Islam et Christianisme). Ce pays était un pays d’entente et de cohésion. Faisons tout pour préserver cela », plaide-t-il.
La société civile, en première ligne
Pour la société civile malienne, la religion peut être un puissant facteur de cohésion sociale, pour autant qu’elle reste dans les limites de la tolérance réciproque entre les différentes croyances. C’est ce que pense Modibo Kampo, coordinateur national du forum national des organisations de la société civile du Mali. « Lorsqu’il existe la tolérance religieuse et le dialogue entre les leaders des différentes confessions religieuses et de culte, la religion se pose comme un véritable rempart contre l’extrémisme violent et à la violence inter-communautaire », souligne-t-il. Cependant, il estime que les véritables freins culturels et politiques sont essentiellement l’extrémisme violent et l’intolérance religieuse. « On note aussi dans ce cadre la montée inquiétante du repli identitaire et la recrudescence des organisations culturelles d’obédience régionale ou ethnique », ajoute-t-il.
Toutefois, pour Modibo Kampo, la société civile peut jouer un important rôle de médiateur et de facilitateur pour l’apaisement des différents courants religieux et de culte en situation de belligérance. « La société civile, en étant équidistante de toutes les parties en conflit ou en situation de désaccord profond sur un sujet d’intérêt collectif, peut jouer le rôle d’interface et de facilitateur de dialogue. Elle peut jouer un rôle de canalisateur et de rapprochement des positions lorsque ces dernières sont profondément opposées en s’appuyant sur sa stratégie de diplomatie non-gouvernementale. L’objectif étant l’obtention de la tolérance réciproque des différentes croyances », explique-t-il.
Avec ce regard croisé sur les discours de haine, l’on constate que la religion reste un couteau à double tranchants pour un pays. Elle peut à la fois être une source de conflit, mais aussi un moyen de cultiver la paix et la tolérance entre les citoyens. Les leaders ont une grande responsabilité sociale, pour la stabilité et la société civile peut être le socle de l’entente entre les confessions religieuses. Si elle joue bien son rôle !
Amadou Kodio / Afrikinfos-Mali, membre de l’Union des Journalistes Reporters du Mali (UJRM)
NB : Cet article s’inscrit dans le cadre du projet « Sous l’arbre à palabre de l’Union des Journalistes Reporters du Mali (UJRM) », avec le soutien technique et financier de l’ONG ORFED, dans le cadre du Programme Promouvoir une Paix Durable au Mali (PPDM), financé par la coopération allemande, à travers le Service Civil pour la Paix (SCP) d’EIRENE.
Last Updated on 30/08/2025 by Ousmane BALLO

