Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a défendu jeudi une diplomatie recentrée sur l’Afrique, appelant les dirigeants du continent à rompre avec les réflexes hérités de la colonisation.
Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a plaidé jeudi pour une redéfinition des priorités diplomatiques des pays africains, en mettant l’accent sur les relations intra-continentales et en dénonçant les « complexes issus de la colonisation » qui, selon lui, continuent d’influencer les choix stratégiques des dirigeants.
Lors d’une conférence de presse conjointe tenue à Dakar avec son homologue congolais, Anatole Collinet Makosso, M. Sonko a affirmé que le Sénégal adopte désormais une diplomatie « centrée prioritairement sur l’Afrique et le voisinage », conformément à une orientation « longuement mûrie » depuis ses débuts en politique.
« Nous l’avons décliné depuis plus de dix ans à travers nos discours, nos écrits et nos programmes. Pour nous, la diplomatie commence par le voisinage immédiat », a-t-il indiqué, soulignant la continuité entre cette approche et ses engagements antérieurs.
Une critique des logiques héritées
Le chef du gouvernement sénégalais a par ailleurs exprimé des réserves sur les pratiques diplomatiques actuelles dans plusieurs pays du continent, qu’il estime encore influencées par des réflexes postcoloniaux.
« L’une des erreurs fondamentales de l’Afrique, c’est ce regard tourné vers l’extérieur. C’est peut-être une forme d’aliénation issue de la colonisation qui fait que nous pensons extravertis », a-t-il affirmé.
Il a regretté que les visites officielles entre pays africains ne soient pas valorisées de la même manière que celles effectuées dans les grandes capitales occidentales, asiatiques ou américaines.
M. Sonko a appelé les dirigeants africains à « sortir de ce complexe » et à renforcer les échanges économiques sur le continent, estimant que le potentiel de coopération régionale demeure largement sous-exploité.
« Le niveau d’échange entre Africains est d’une faiblesse inquiétante. La principale conséquence, c’est le renchérissement de ce que nous consommons », a-t-il observé.
Des flux commerciaux à rééquilibrer
Prenant l’exemple du commerce du bois, M. Sonko a souligné que l’Afrique de l’Ouest importe pour plus de 513 millions de dollars dans ce secteur, en grande partie depuis l’Afrique centrale, mais après transformation à l’extérieur du continent.
« Le Sénégal est le deuxième importateur de bois en Afrique de l’Ouest après le Nigéria. C’est plus de 110 milliards de francs CFA », a-t-il précisé, évoquant l’opportunité de développer des circuits directs avec des pays comme le Congo.
Le Premier ministre a salué la décision du Congo d’interdire l’exportation du bois brut, y voyant un exemple de politique industrielle nationale.
« Il faut que les matières premières issues du sol africain soient transformées sur place, de manière primaire ou définitive », a-t-il déclaré, appelant à des efforts coordonnés en ce sens sur le continent.
M. Sonko a réaffirmé l’attachement du Sénégal au panafricanisme, insistant sur la nécessité de construire des partenariats équitables.
« Nous ne sommes pas dans une logique où l’un pompe sur l’autre, mais dans celle d’une coopération mutuellement gagnante », a-t-il conclu, en souhaitant que chaque pays y trouve un bénéfice supérieur à celui des relations extraverties.
Source : apanews.net
Last Updated on 13/06/2025 by Ousmane BALLO
