Réunis pour la première fois à Bamako, les ministres de la Justice du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont jeté les bases d’une coopération judiciaire au sein de l’AES. Objectif : bâtir un socle juridique commun pour faire face aux défis transnationaux et renforcer la convergence des systèmes judiciaires dans un contexte d’insécurité et de fragilité institutionnelle.
Le jeudi 29 mai 2025 à Bamako, les ministres de la Justice du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis pour la première fois dans le cadre de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES). Présidée par le Premier ministre malien, le général Abdoulaye Maïga, cette réunion marque une étape dans l’ancrage institutionnel du pilier « Développement » de la Confédération, avec pour ambition de renforcer la convergence juridique et judiciaire entre les trois États.
Cette rencontre s’inscrit dans un contexte régional confronté à des menaces communes telles que l’insécurité chronique, la prolifération des armes, le blanchiment de capitaux, la criminalité transnationale, etc. L’objectif affirmé est de bâtir une réponse judiciaire harmonisée, complémentaire des dispositifs sécuritaires et capable de mieux articuler souveraineté, stabilité et cohésion sociale.
« Le droit est au service de la marche radieuse du peuple de l’AES », a déclaré le ministre burkinabè de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala. Il a insisté sur l’urgence de transformer les recommandations en mécanismes concrets. Son homologue nigérien, Alio Daouda, a souligné la nécessité d’un système commun capable d’inverser durablement les dynamiques d’insécurité.
Sur le terrain, les trois pays font face à des réalités judiciaires contrastées. Au Mali, 53 % des citoyens considèrent la justice comme l’institution la plus corrompue, selon Mali-Mètre 2022. Seules 3,6 % des communes rurales disposent d’un tribunal, d’après la Minusma. Le World Justice Project classe le Mali 124e sur 142 pays en 2024 pour la qualité de l’État de droit. Le Burkina Faso se situe au 98e rang. Au Niger, 61 % des habitants ont été confrontés à un litige au cours des quatre dernières années (HiiL, 2024), avec un fort taux de non-recours, notamment dans les zones rurales et frontalières.
Face à ces constats, les autorités de l’AES veulent poser les fondements d’un socle juridique partagé, inspiré par leurs histoires croisées, leurs traditions juridiques convergentes et les attentes croissantes des populations. Il ne s’agit pas d’unifier les lois, mais de rendre les systèmes compatibles et interopérables. Les questions abordées vont de la lutte contre l’impunité à la reconnaissance mutuelle des décisions de justice, en passant par la formation conjointe des magistrats et le partage d’outils numériques.
Le Premier ministre malien a rappelé que la réponse judiciaire devait s’adosser aux faits concrets et à l’évolution des réalités sociales, en vue de garantir l’équité, l’efficacité des procédures et la protection des droits fondamentaux. Pour les trois pays, la justice est appelée à devenir un levier de développement autant qu’un instrument de sécurité intérieure.
Les résolutions adoptées seront transmises au président en exercice de la Confédération, le général de corps d’armée Assimi Goïta. Elles devront faire l’objet d’un suivi institutionnel à travers les ministères sectoriels concernés.
Source : apanews.net
Last Updated on 30/05/2025 by Ousmane BALLO


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