Au Mali, les citoyens ne semblent pas accueillir avec enthousiasme le projet de loi du gouvernement relatif aux prélèvements de tarifs sur les unités de communications et les transferts d’argent via le mobile money. Depuis l’annonce lors du Conseil des ministres du mercredi, 05 février 2025, ça bourdonne dans tous les sens. Une grande partie de la population de Bamako rejette en bloc cette décision qu’elle juge trop cynique.
Le mercredi 05 Février 2025, les Maliens ont été surpris par une décision unilatérale du gouvernement du Mali. En effet, les autorités ont décidé, à travers le Conseil des ministres, du prélèvement spécifique sur la consommation des services commerciaux des communications téléphoniques et les opérations de retrait dans le cadre des transferts d’argent via le mobile money. Une décision étrange aux yeux des citoyens qui frôlent l’agonie sur le plan économique.
Pour l’État malien, c’est enfin un nouveau moyen pour renflouer davantage ses caisses. Le plus étonnant est l’explication du ministre de l’Économie et des Finances, M. Alousséni Sanou, qui estime que cela est motivé par la volonté du peuple malien de vouloir soutenir l’État dans une période exceptionnelle. « C’est pourquoi, le gouvernement a décidé de mettre en place un Fonds de Soutien aux projets d’infrastructures de base et de développement social destiné à soutenir le financièrement des initiatives publiques visant à améliorer les conditions de vie des populations en facilitant l’accès aux infrastructures essentielles dans divers secteurs, notamment le secteur énergétique », peut-on lire dans le communiqué du Conseil des ministres.
Sauf que ce fonds, sera alimenté par les citoyens de façon indirecte, mais obligatoire à tous les consommateurs de communication. Car désormais, il y aura des prélèvements de tarifs sur les unités de communications et les transferts d’argent via le Mobile money. Cela sans compter les startups dont le taux de taxation va passer de 7% à 10%.
Mais le hic dans cette décision, c’est bien le prélèvement qui touche directement les citoyens sur les unités et les transferts d’argent via le mobile money. Selon un agent de Orange Money, qui a requis l’anonymat, cette décision va toucher les recharges téléphoniques et les opérations financières via Orange Money et Moov Money. Notre interlocuteur précise que sur chaque recharge de 1 000 F, le bénéficiaire n’aura que 900 F sur son compte. « L’État va prélever 100 F CFA. En terme clair, cela concerne les recharges crédits selon mes compréhensions des discussions qu’on a eu à travers les groupes des vendeurs d’unité de crédit », ajoute-t-il.
Quant aux transactions Orange Money et Moov Money, sur chaque transaction le consommateur paiera désormais le double : 1 % pour l’opérateur et 1 % pour l’État. Ainsi, les frais de retrait de 5000f passeront de 50 à 100 ; le retrait de 10 000 F de 100 F à 200 F. L’Etat prélèvera 100f sur les 10200f sur le grain de transaction.
Depuis les réseaux sociaux sont inondés de commentaires sur cette décision. Si certains se montrent assez froid face à la décision, d’autres sont catégoriques et rejettent en bloc ce projet encore non mis en vigueur. Plusieurs acteurs de la société civile et d’autres couches sociales se sont également exprimés pour dénoncer ce projet.
Dans une vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux, le président du Forum des associations de la société civile, Alou Badra Sacko, estime que cette décision imposée n’est pas la bienvenue. « Nous nous sommes concertés au sein du Forum et les membres de notre organisation rejettent cette décision au nom des citoyens que nous sommes », souligne-t-il. Selon lui, les citoyens ont suffisamment souffert pour en rajouter un autre problème. « Les gens souffrent économiquement et le problème du courant n’est pas en reste de cette souffrance. Économiquement, les Maliens se battent chaque jour pour pouvoir subvenir à leurs besoins et cela n’est pas comparable à la situation d’un autre pays. Donc, que les autorités reviennent sur leur décision », déclare-t-il.
Moussa Zan Diarra, jeune engagé et président du Réseau des Jeunes Actifs dit ne pas partager cette décision du gouvernement. « Ce n’est ni le moment, ni la bonne formule », nous confie-t-il.
Chez les acteurs politiques, l’on juge cette décision absurde et insensée, à l’image de Moussa Mara qui invite le gouvernement à trouver d’autres moyens pour convaincre les partenaires dans le cadre de la relance économique. Selon lui, si le gouvernement réduisait son train de vie, baissait les avantages des ministres, vendait les véhicules de luxe, voyageait ou utilisait moins les moyens luxueux pour voyager, il pourrait convaincre les partenaires que la situation est difficile.
Les citoyens sont aussi nombreux sur les réseaux sociaux à interpeller le gouvernement du Mali à montrer l’exemple en réduisant sincèrement son train de vie. En attendant l’application de cette loi, les populations sont sur leur garde.
Amadou Kodio
Source : Ziré

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