Intoxication alimentaire au Mali : Des enfants victimes des aliments de rue à Bamako

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La vente de l’aliment sur les voies publiques et dans certains restaurants communément appelés « Gargotes » est une pratique très courante et ancrée dans les habitudes pour mener les activités génératrices de revenus dans les grandes villes. Pourtant, cette pratique n’est pas sans danger en passant par des intoxications alimentaires (microbienne et chimique) et des décès. Parmi leur clientèle exposée aux dangers des aliments mal propres, les enfants sont plus victimes en raison de l’accès facile. Surtout ceux en âge préscolaire des familles pauvres sont probablement les plus exposés aux toxi-infections à cause de leur accès quasi-permanent à ces aliments. Parmi les villes du Mali, c’est Bamako la capitale qui regorge le plus de population (13%)  soit 2,6 millions d’habitants en 2022 selon le recensement général de la population et de l’habitat (RGPH). Avec un indice de la pauvreté qui est de 7,4 à Bamako contre 36,9 dans les autres villes du pays.

Pour cerner le contour de ce phénomène dans les grandes villes, une enquête avait été réalisée en 1995 à Bamako démontrant les raisons de recours à l’alimentation de rue chez les personnes appartenant à trois catégories de famille  socioéconomique différentes, à savoir les riches, les intermédiaires et les pauvres, quels que soit leur sexe et leur âge.

 Selon les résultats de cette enquête, intitulée « Alimentation de rue, mutations urbaines et différenciations sociales à Bamako »,  les familles intermédiaires ont recours à l’alimentation de rue deux fois plus élevés que chez les pauvres et trois plus élevés que les familles aisées. Et les facteurs favorisants sont dus aux contraintes professionnelles, à l’exode  rural et au statut de célibataire isolé. Cette enquête a été menée par Dr Mohamed Bendech, pharmacien et médecin en Santé Publique, Dr Michel Chauliac, médecin nutritionniste et Denis Malvy, médecin en Santé Publique.  

Ces vendeurs et vendeuses des aliments de rue exercent leurs activités dans nos quartiers et devant les écoles et ils sont à 80 % des femmes et surtout de faible niveau d’éducation, ignorant ainsi les dangers liés à leurs comportements. En effet, ces aliments vendus sur la voie publique sont de qualité douteuse, bien qu’ils soient consommés quotidiennement par une grande catégorie de population de Bamako, voire du Mali.

De nombreuses études dévoilent les dangers liés à la pratique de l’alimentation de rue. De janvier 2022 à mars 2023, l’institut national de santé publique INSP a notifié 729 cas d’intoxication alimentaire dont 29 décès. Cet état de fait prouve à suffisance l’ampleur du danger lié à l’alimentation de rue. Ces intoxications alimentaires occasionnent très généralement des maux de ventre, la diarrhée, les vomissements et les infections parasitaires voire la mort.

 En outre, une étude sur la toxicologie tirée  Intoxication alimentaire dans les six

CsRef de Bamako de 2010-2019, réalisée dans les six centres de santé de référence de Bamako a été réalisée par les infectiologues de 2010 à 2019.  Durant cette période, 2112 patients dont 1457 enfants ont été admis dans les six

CsRef par consultation externe pour  l’intoxication. La majeure partie des cas étaient des intoxications alimentaires 66,76% suivie d’intoxication médicamenteuse 18,75%. Les victimes étaient composées des élèves 69,76%, étudiants 5,77%, ménagère 5,44% et accidentel 82%. 

Auparavant, les infectiologues avaient réalisé une étude d’intoxication alimentaire aiguë chez les enfants de moins de 15 ans en 2000 à 2010. L’objectif était d’étudier les caractéristiques épidémiologiques et cliniques des intoxications chez les enfants au Mali, afin de diminuer la morbidité et la mortalité liées à ces intoxications. Les résultats ont ressorti 1323 cas d’intoxication alimentaire. 

Cependant, l’intoxication alimentaire reste sous-documentée  avec une sous-notification des cas dans les régions.

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture FAO, en Afrique 91 millions de personnes tombent malades chaque année à cause des aliments contaminés sur la voie publique  dont 137 mille décès. Notre continent, d’après les estimations de la FAO, supporte un tiers de la charge mondiale des maladies d’origines alimentaires.

 C’est pourquoi, la FAO a décidé de tendre la main au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal afin d’apporter une réponse aux urgences de la sécurité sanitaire des aliments à travers le financement  d’un projet dans les trois pays. Les objectifs de ce projet sont «l’amélioration de la qualité sanitaire des aliments proposés sur la voie publique des principales villes du Burkina Faso, du Mali et le Sénégal ; mettre à leur disposition et opérationnaliser les plans nationaux de réponse aux urgences de sécurité sanitaire des aliments ; élaborer et rendre fonctionnelles les plateformes électroniques de collecte et de gestion des informations pour la sécurité sanitaire des aliments ».

Pour pallier ces cas d’intoxication alimentaire, il est impératif d’avoir un accès à des quantités suffisantes d’aliments sûrs pour une bonne santé de la population.

Situation épidémiologique :

 Afrique en 2022 : 91 millions  cas dont 137 mille décès

Mali de 2022 à 2023 : 729 cas dont 29 décès

De 2010 à 2019 : 2112 cas dont 1457 enfants

De  2000 à 2010 : 1323 cas chez les enfants

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Lors de la commémoration de la Journée internationale de la sécurité sanitaire des aliments en juin 2024, l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture FAO estime que le monde fait face à 600 millions de cas de maladies d’origine alimentaire par an. Ces aliments impropres à la consommation représentent une menace pour la santé humaine et les économies mondiales. La célébration de cette journée vise à attirer l’attention et à inspirer l’action pour prévenir, détecter et gérer les risques d’origine alimentaire.

 Pour remédier à cette problématique d’intoxication alimentaire, deux organisations des Nations Unies, en l’occurrence  l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture FAO et l’Organisation Mondiale de la Santé OMS ont créé une commission dénommée « Codex Alimentarius » en 1963.

Elle a pour mission d’élaborer des normes internationales sur les produits alimentaires afin de mieux protéger la santé des consommateurs et d’assurer la promotion des pratiques loyales en matière de commerce international de ces denrées. Et c’est dans le cadre du renforcement du Système national de sécurité sanitaire des aliments au Mali, qu’il a été créé auprès du Ministère de la Santé,  une commission de travail, dénommée Comité National du Codex (CNC). Son secrétariat est assuré par l’Agence nationale de la sécurité sanitaire des aliments (ANSSA) qui est désignée Service Central de Liaison avec le Codex. 

Pour ce faire, le Mali a bénéficié d’un financement de trois (03) ans (2020-2022) du Fonds Fiduciaire 2 du Codex Alimentarius pour le renforcement des capacités de son CNC à participer efficacement aux activités de la Commission du Codex Alimentarius de la FAO. 

Pour l’heure, les huit pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) dont est membre le Mali sont confrontés à des difficultés sur les plans organisationnel et technique. 

Les textes législatifs et réglementaires sont obsolètes ou d’application difficile. On note, également,  une faible capacité des laboratoires d’analyses et d’essais, un défi de communication sur les risques,  la certification et l’accréditation. Il est déploré un  faible niveau d’organisation des associations des consommateurs.

F DIAKITE pour Afrikinfos-Mali

Last Updated on 26/08/2024 by Ousmane BALLO

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