Des leaders spirituels qui font dans le clash et le bling-bling : Symptômes d’une société malade

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Jadis terre de saints où connaissance et spiritualité étaient la mère de toutes les vertus, aujourd’hui ce grand Mali semble être une réalité que dans les livres d’histoire. Aux querelles mesquines entre différents courants d’une même religion s’ajoutent désormais des manifestations ostentatoires de luxes et de biens de toutes natures. Alors que le propre de toute démarche spirituelle est de se détacher des délices d’un monde éphémère pour se tourner vers le divin, aujourd’hui la norme serait plutôt l’inverse. La perte de repères a rarement été si saisissable au Mali. A quel Saint peut-on se vouer désormais ?

Plus que l’éloquence verbale, celle du comportement est exigée de la part de tout leader spirituel. Elle impose une rigueur morale à toute épreuve, une exemplarité sans faille, et une vie de sacrifices tournée vers le Seigneur au service des fidèles afin de guider un plus grand nombre sur le droit chemin. En réalité, très peu d’entre nous peut tenir un tel flambeau, celui de la flamme de la foi, tel un phare dans une nuit assombrie guidant des navires égarés. Sauf que de nos jours, il semblerait que le religieux est devenu une sorte de fonds de commerce, un moyen rapide afin de grimper au sommet de l’échelle sociale et d’engranger au passage gloire et espèces sonnantes et trébuchantes.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que le plateau est bien garni. Des leaders qui fêtent leurs anniversaires en grandes pompes à ceux qui manient leurs micros de prêche pour s’adonner au clash en passant par ceux qui s’emparent des histoires de réseaux sociaux pour en faire un sujet religieux, l’on ne peut avoir que l’embarras du choix. Comme le dit le proverbe, l’ostentation gâte la prière, et ces leaders que d’aucuns qualifieraient de ceux de la fin du Monde, ne sont pas à plaindre. Il leur est reproché, entre autres, leur penchant certain vers le matériel, leur manque de pédagogie en ce qui concerne leur appel à adorer le seigneur sans exclusive, et aussi leur gout déplacé pour la diatribe ; alors que dans le même temps, nombre de fidèles cherchent guide et rédemption.

L’instrumentalisation ne serait pas l’arme de la seule classe politique, et le phénomène des moutons de panurge aurait encore de beaux jours en République du Mali. A l’heure où des leaders sont hissés quasiment, si ce n’est déjà le cas, au rang de prophète, il est judicieux de méditer la citation suivante : la religion est l’opium du peuple. L’on dit assez souvent que chaque peuple mérite le souverain qui le dirige. Eh bien, cette même maxime pourrait s’appliquer dans les cas de ces guides qui s’emparent du tout bénéfice lorsque les fidèles se contentent de la portion congrue. Inutile de les raisonner. Le tenter reviendrait à prêcher dans le désert.

Spiritualité, où es-tu ?

Il est donc impérieux de s’interroger sur le poids réel de la spiritualité dans une société où les jeunes, de manière singulière, manquent de repères. Le constat est que les valeurs morales que l’on chante à tout-va, sont de moins en moins vraies dans notre société. Et qu’il arrive même que l’on trouve normal de pratiquer quasi religieusement des concepts aux antipodes de toute noblesse. Beaucoup d’entre nous ont entendu ce fameux refrain : ‘’Si tu ne voles pas, eh bien, quelqu’un d’autre le volera à ta place. Autant donc se servir à volonté’’.

Il y a lieu de s’inquiéter pour une société où la bénédiction de tel ou tel individu se mesure à sa propension à flirter avec les failles du système afin d’afficher fastes et richesses.

Les moralisateurs que sont ceux-là qui endossent l’habit des Saints sont invités incessamment à changer de fusil d’épaule. Car le maitre de tout regroupement est aussi et surtout son serviteur.

Ahmed M. Thiam 

Source: L’Alternance

Last Updated on 23/05/2023 by Ousmane BALLO