Sanctions contre le Mali : la CEDEAO persiste et signe

Les chefs d’Etat de la CEDEAO ont, le vendredi dernier, décidé de maintenir les sanctions « injustes et inhumaines » contre le Mali. Ils ont, en outre, exigé un délai de 12 à 16 mois pour la transition.

En effet, dans le communiqué final, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) engage les Autorités de la Transition à s’inscrire dans une période complémentaire de 12 à 16 mois arrêtée par l’équipe technique de la CEDEAO/UA/NU pour l’extension de la Transition tenant compte des activités nécessaires à l’organisations de l’élection présidentielle. « Ce délai complémentaire court à partir du 15 mars 2022. La Conférence décide de l’envoi du Médiateur pour poursuivre et finaliser les discussions avec les Autorités de la Transition sur le chronogramme. La Conférence décide en outre de : maintenir les sanctions prises le 9 janvier 2022 ; poursuivre le dialogue en vue d’arriver à un accord qui permettrait la levée progressive des sanctions ; inviter les partenaires à accroître le soutien humanitaire au Mali », précise le communiqué.

Cependant, depuis les événements du 24 mai 2021 ayant consacré la rectification de l’orientation initiale de la Transition politique, le Peuple et le Gouvernement du Mali se sont résolument inscrits dans la recherche de solutions durables aux crises à répétition qui ont fortement ébranlé de nombreux pans de la démocratie et du vivre-ensemble de notre Nation.

Ainsi, la mission assignée aux Autorités de la Transition est d’entreprendre des réformes politiques, institutionnelles, électorales et socioéconomiques en vue de créer les conditions irréversibles d’un retour à l’ordre constitutionnel normal et d’une gouvernance vertueuse. C’est pourtant ce à quoi les Autorités maliennes sont activement attelées à travers notamment le réarmement moral et matériel de nos Forces de défense et de sécurité et l’organisation des Assises nationales de la refondation sur l’ensemble du territoire au cours desquelles le Peuple malien a largement exprimé son choix souverain d’entreprendre des réformes globales pour une refondation du Pays et une prolongation de la Transition.

Les conclusions et recommandations issues des Assises nationales de refondation ont mis en exergue l’ampleur de la tâche à accomplir pour faire sortir le pays cette crise qu’il traverse depuis 2012. Elle aura également permis aux peuples maliens de mesurer la responsabilité qui est la leur de ramener le Mali sur les rives de la démocratie par des élections libres, crédibles, inclusives et transparentes qui concluront la période de Transition.

C’est ce sens de la responsabilité et du devoir qui, face au constat de ne pas pouvoir tenir les élections dans les conditions d’insécurité que le Peuple malien a sollicité l’accompagnement de la CEDEAO afin de convenir de nouvelles échéances qui prennent en compte les exigences de notre organisation commune et les aspirations légitimes du peuple malien.

Les discussions entre l’Etat du Mali et la CEDEAO nous ont permis d’enregistrer une évolution substantielle dans une dynamique de compréhension mutuelle. Il est de la responsabilité de chacun des acteurs de parachever le processus entamé ensemble sur le chronogramme de la Transition.

Au sortir des derniers échanges avec le Médiateur de la CEDEAO, l’ancien Président nigérian Goodluck Jonathan qui a campé sur une durée de prorogation de 12 mois, le Gouvernement du Mali, pour sa part, s’engage à préparer et à organiser les élections dans un délai de 24 mois à compter du 1er avril 2022. 

Il convient, à ce niveau, de rappeler que la première phase de la Transition de 18 mois s’achève à  ce mois mars a permis de jeter les bases de la réussite des étapes subséquentes : la réajustement de la stratégie de défense et de sécurité, l’équipement et la formation des Forces armées et de sécurité ; le retour progressif de l’Administration, des populations déplacées et réfugiées en lien avec l’amélioration de la situation sécuritaire sur le territoire national ; l’élaboration du projet de Loi électorale créant l’Autorité Indépendante de Gestion des Elections, actuellement en examen au niveau l’Organe législatif, le Conseil National de Transition ; la raffermissement du consensus socio-politique autour des réformes politiques et institutionnelles à travers la tenue des Assises Nationales de la Refondation ; l’identification des points de réformes et d’élaboration du projet de nouvelle constitution ainsi que des autres textes connexes liées à la préparation et à la tenue des élections générales.

En effet, il est impérieux de souligner que cette période de 24 mois permettra à notre Pays de satisfaire les conditions sine qua non de préparation, d’organisation et de réussite d’élections générales et référendaires sécurisées, libres, transparentes, crédibles et acceptées par tous, à travers les actions suivantes : l’amélioration de la situation sécuritaire ; l’effectivité du processus de DDR (Démobilisation, Désarmement, Réinsertion) à travers une application intelligente et pertinente de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger et ; le redéploiement de l’Administration et des services sociaux de base ; le retour du maximum de réfugiés et de déplacés internes ; le parachèvement de la réorganisation territoriale pour la détermination des circonscriptions électorales ;  la réalisation effective des réformes politiques et institutionnelles et électorales ; l’opérationnalisation de l’Autorité indépendante de gestion des élections ; l’audit et la consolidation du fichier électoral actualisé et intègre dans l’ensemble des circonscriptions électorales, y compris dans les juridictions des missions diplomatiques et consulaires.

Par ailleurs la Cour de justice de l’Union économique et monétaire ouest-africaine a accédé à, le jeudi dernier, la demande de sursis à exécution des sanctions économiques et financières prises le 9 janvier dernier.

Le Sommet extraordinaire de la CEDEAO se devait donc d’entériner la durée de 24 mois, et de lever toutes les mesures de rétorsion contre notre Peuple qui ne mérite pas de sanctions dans le contexte déjà difficile auquel il fait face, mais plutôt l’expression de la solidarité et l’accompagnement de nos organisations communes : la CEDEAO et l’UEMOA.

Mohamed Sylla

Source : L’Aube