Bamako: la détresse des victimes de la démolition de la zone aéroportuaire

C’est une vaste opération de démolition des habitations qui est en cours dans la zone aéroportuaire de Bamako. Depuis bientôt une semaine, des bulldozers sont investis pour démolir toutes les constructions qualifiées illicites et des éléments des forces de sécurité sont aussi déployés pour sécuriser l’opération. Au même moment, les populations se trouvent dans la plus grande détresse, notamment celles situées dans la zone de Faladjé dernière le parc de vente des animaux où nous nous sommes rendus ce lundi, 18 janvier 2021.

C’est une opération de grande envergure qui va concerner plus de 1660 hectares repartis entre quatre zones à savoir : Faladjé, Sirakoro, Sénou et l’axe Gouana-Niamankoro-Coura. Ainsi, les autorités de la transition ont mobilisé des gros moyens pour la réussite de cette opération de démolition des occupations dites ‘’illicites’’ dans la zone aéroportuaire. Plusieurs engins bulldozers et un important dispositif sécuritaire sont présents sur les sites depuis quelques jours afin de sécuriser l’opération.

« Nous subissons une injustice »

Chez les populations, c’étaient les cris de détresse et de désespoir qui animaient les visages. Ce lundi matin, 18 janvier 2020, ce sont les habitants de la zone de Faladjé derrière le Parc de vente d’animaux qui ont subi la loi de l’autorité publique. Sur place, les pertes sont conséquentes. Les constructions d’une valeur de plusieurs millions de francs CFA, ainsi que des clôtures rasées par les bulldozers ; des familles récalcitrantes sommées de mettre leurs effets personnels au dehors dans la poussière avant le passage des bulldozers. Voilà ce que l’on pouvait constater lors de notre passage sur les lieux.

Si, les autorités nationales, à travers le Ministère en charge des Affaires foncières, justifient l’utilité de cette opération par le fait que les occupations ont atteint une telle ampleur que l’aéroport international Président Modibo Keita est menacé de retrait de sa licence par les autorités de l’aviation civile internationale, les populations quant à elles, évoquent l’irresponsabilité de l’État qui est à la fois ‘’Coupable et Juge’’.

C’est du moins ce qui ressort du témoignage de Rafael Keita, l’un des conseillers du chef de village de Faladjé. «Vous ne pouvez peut-être pas comprendre ce qui se passe ici, mais une chose est claire, tous ces gens ne se sont pas installés ici par simple plaisir. Il y a beaucoup d’espaces vides à Bamako comme ailleurs, ils ne sont pas allés construire là-bas parce que ça ne leur appartient pas. Mais quand une autorité vous délivre un permis d’occupation pour un espace, elle vous fait payer des quittances dont l’argent est versé au trésor public. Certes, les terres appartiennent à l’État, mais pour les récupérer, il faudrait quand même tenir compte des investissements que les gens ont faits.  Sincèrement, nous subissons une injustice et nous réclamons des réparations »souligne-t-il.

Une victime en sanglot !

Madame Koné Adam Sidibé était une habitante bien respectable de Faladjé, zone aéroportuaire. Elle avait en son compte, six bâtiments dans cette zone. Mais, elle est désormais une SDF (sans domicile fixe) avec sa famille. Les bulldozers de l’État sont passés par les six bâtiments ce lundi matin et n’a laissé que de la poussière derrière eux. Face au fait, la victime peine à retenir ses larmes. «Que vais-je devenir avec mes enfants ? Où irais-je ? C’est l’investissement de toute une vie qui vient d’être transformé en poussière. Mais, je m’en remets à Dieu »dit-elle en larmes.

Plus de cinq milles maisons dans le viseur !

La démolition de la zone s’est bien débutée jeudi dernier et nul ne sait encore jusqu’où elle va s’arrêter. Selon le constat des quatre chefs de village de différentes zones concernées, plus de cinq milles constructions sont dans le viseur de l’opération. Chez les populations, si les pertes sont conséquentes, il n’est pas question de sortir les mains vides. Elles attentent certainement des dédommagements. Mais du côté des autorités, cette question n’est pas en encore à l’ordre du jour.

Amadou Kodio / Afrikinfos-Mali