Mali : plus 380 personnes tuées entre janvier et mars 2020

Le Directeur de la Division des droits de l’homme de la MINUSMA était, ce jeudi 30 avril 2020, l’invité du point de presse hebdomadaire de la mission onusienne au Mali. Au cours de cette session qui s’est tenue par visioconférence, Guillaume NGEFA a donné un aperçu global de la situation des droits de l’homme au Mali depuis janvier 2020. Au cours la période indiquée, la MINUSMA a documenté 232 incidents sécuritaires sur l’ensemble du territoire national qui ont causé la mort 380 personnes, dont 16 enfants et 8 femmes.

Dans ses propos liminaires, Guillaume NGEFA a indiqué qu’au cours de la période du 1erjanvier au 31 mars, la MINUSMA a documenté entre le 232 incidents sécuritaires sur l’ensemble du territoire national, dont 190 ont eu un impact direct sur la situation des droits de l’homme et du droit international humanitaire et ont causé la mort de 380 personnes, dont 16 enfants et 8 femmes.

La Division a noté avec préoccupation que 82 % des personnes tuées, soit un total de soit 315 personnes, ont été recensées dans les seules régions de Mopti (262) et Ségou (53).

Au total, 598 violations et abus des droits de l’homme ont été documentés au cours de la période en revue. Ces chiffres sont en hausse de 61,21 % par rapport aux violations et abus documentés au cours du trimestre précédent (octobre à décembre 2019) où la Division a enregistré 232 violations et abus de droits de l’homme ayant causé la mort d’au moins 119 personnes.

Parmi les facteurs qui expliquent ces abus et violations, la MINUSMA souligne la multiplication des attaques des groupes armés au Nord et au Centre du pays. À cela s’ajoute le cycle de représailles de plus en plus fréquent entre les membres des communautés peul et dogon et l’implication des Forces de défense et de sécurité maliennes dans des cas d’exécutions sommaires extrajudiciaires et des disparitions forcées ou involontaires.

D’autres facteurs peuvent expliquer cette tendance à la hausse, notamment l’impunité dont jouissent les auteurs des violations et abus des droits de l’homme, notamment sur les cas emblématiques. Certains auteurs identifiés dans l’attaque d’Ogossagou 2 ont été aussi impliqués dans l’attaque de la même localité qui avait eu lieu un an auparavant. La tenue des élections législatives a aussi donné lieu à de nombreux incidents ayant un impact sur la situation des droits de l’homme.

Derrières ces attaques, la Division des droits de l’homme de la MINUSMA indexe les groupes extrémistes violents (Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), Ansar Eddine, la Katiba Macina, Jama’at nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM), Al Mourabitoune et autres groupes similaires.

De même, il y a les groupes armés signataires et non-signataires notamment la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et le Mouvement pour le Salut de l’Azawad (MSA/D), les milices et groupes d’autodéfense notamment Dan Nan Ambassagou et les chasseurs traditionnels dozos mais aussi les Forces de défense et de sécurité maliennes ainsi que le G5 Sahel et les forces internationales.

Sur les 598 violations et abus documentés au cours de la période, 103 sont imputables aux groupes extrémistes, 69 aux groupes signataires et non signataires tandis que les milices et les forces de défense et de sécurité se sont rendus respectivement responsables de 218 et 165 violations et abus. En ce qui concerne le G5 Sahel, il a été responsable de 18 violations des droits de l’homme. Les forces armées nigériennes ont commis quant à elles 34 violations.

Lors du premier tour des élections législatives, la Division a documenté de multiples cas d’atteintes sérieuses aux droits de l’homme qui ont affecté le droit de vote des populations, principalement dans la région de Gao, Kidal, Ménaka, Mopti et Tombouctou.

Au total, 14 abus des droits de l’homme ont été documentés en l’occurrence, le meurtre, des cas d’enlèvement ou de disparition forcée et involontaire, dont le cas emblématique de Soumaïla CISSE et de certains membres de son équipe.

Pour la MINUSMA, les faits documentés constituent des atteintes graves aux droits de l’homme, notamment des cas de meurtres et d’exécutions extrajudiciaires, des atteintes à l’intégrité physique, des cas de torture et de traitement inhumain ou dégradant, ainsi que des cas d’enlèvement, de menace et d’intimidation ainsi que des atteintes au droit à la propriété. Ces cas peuvent être sanctionnés par les cours et tribunaux maliens.

La MINUSMA encourage les autorités compétentes à matérialiser l’ouverture de ces enquêtes par la poursuite de tous les auteurs devant les tribunaux compétents.

Abdoulaye OUATTARA/Afrikinfos-Mali