Mali : ce qu’il faut retenir après les législatives

La Cour constitutionnelle du Mali a rendu publics le 30 avril 2020, les résultats définitifs du second tour des élections législatives, scrutin du 29 mars 2020. Elle a aussi procédé à la répartition des 147 sièges de député à l’Assemblée nationale au décompte des deux tours (29 mars et 19 avril). Dans letiercé gagnant, nous avons le RPM (51 sièges) ; l’ADEMA (24 sièges) ; et l’URD (19 sièges). Fait majeur lors de ces législatives, le nombre de femmes élues à l’Assemblée nationale passe de moins  de 20 lors de la 5e législature à 42 pour 6e législature.

La répartition des 147 sièges des députés à l’Assemblée nationale est connue depuis ce jeudi 30 avril 2020 après la proclamation définitive des résultats du second tour des législatives par la Cour constitutionnelle. Suite au verdict de la Cour, le Rassemblement pour le Mali (RPM), le Parti présidentiel, arrive en tête au décompte des deux tours avec 51 sièges contre 66 en 2013, suivi de l’ADEMA-PASJ avec 24 sièges contre 16 en 2013. Avec 19 sièges (contre 16 en 2013) l’Union pour la République et la Démocratie (URD), Principal parti de l’Opposition, dont le leader, Soumaïla CISSE, a été enlevé dans le nord du Mali, il y a un peu plus d’un mois, se place en troisième position.

De nouvelles figures emblématiques

Parmi les nouvelles figures à l’Assemblée nationale qui devraient marquer de leur empreinte cette 6elégislature, l’on peut citer l’ancien Premier ministre, Moussa MARA ; Assarid Ag IBARCAOUNE, un vieux routier de la politique qui retrouve son siège perdu en 2013 ; les deux députés de la commune II, Karim KEITA et Hadi NIANGADOU. De même, il y a le Président sortant de l’Assemblée nationale, Issiaka SIDIBE ; le Président d’honneur de l’ADP-Maliba, Aliou DIALLO, qui a réalisé un score honorable à l’élection du Président de la République ; l’ancien ministre Frankaly KEÏTA, membre du Bureau politique national du Rassemblement pour le Mali ; le ministre Baber GANO, secrétaire général du Parti présidentiel, etc.

Avec un taux de participation de 35,25%, sur l’étendue du territoire national, le nombre de votants s’élève à 2 358 909, dont 51 989 bulletins nuls et 2 186 077 suffrages exprimés. Selon les termes de l’Arrêt, le plus fort taux de participation a été observé à Gao soit 63,65%, suivi de Tombouctou 61,27%, et de Mopti avec 42,91%.

Au terme de l’Arrêt de la Cour, 20 partis politiques sont présents à l’Assemblée nationale en 2020 contre 19 en 2013. A l’issue des élections législatives de 2020, c’est le CNID de Me Mountaga TALL, le MIRIA, et les FARE An ka Wuli qui sont les trois formations politiques qui ont disparu des tablettes de l’Assemblée.

Ainsi, pour la 6elégislature, la situation se présente comme suit : RPM : 51 députés ; l’ADEMA : 24 députés ; URD : 19 députés ; le MPM : 10 députés ; l’ADP-Maliba : 6 députés ; la CODEM : 6 députés ; l’UDD : 4 députés ; l’ASMA-CFP : 4 députés ; YELEMA : 3 députés ; SADI : 3 députés ; le PARENA : 2 députés ; la CDS-Motiguiya : 2 députés ; le PRVM : 1 député ; l’UM-RDA : 1 député ; le PS-Yélen Koura : 1 député ; le MPR : 1 député ; l’APR : 1 député ; l’UFDP : 1 député ;  le PMK : 1 député ; le PDES : 1 député ; les Indépendants : 6 députés. Les 6 indépendants sont élus sur la liste ‘’Le Mali qui bouge, Alliance AMA-KENE et Espoir Ansongo 2020.

 Les enseignements

 Même si le RPM a conservé son fauteuil de première force de l’Assemblée, force est de constater que le Parti présidentiel a perdu du terrain en 2020 (51sièges) avec un écart de 15 députés par rapport à la 5e législature (66 sièges). Cependant, au moment d’aborder les législatives, le RPM n’était plus crédité que d’une petite trentaine de députés, en raison des migrations économiques et financières de certains éléments de son contingent. Avec 24 députés en 2020 contre 16 en 2013, l’ADEMA a piqué la deuxième place à l’URD qui a tout de même progressé en passant de 17 à 19 députés.

De même, on note que 6 partis membres de l’Alliance Ensemble pour le Mali (EPM) totalisent 83 sièges. Il s’agit du RPM : 51 députés ; l’ADEMA : 24 ; l’ASMA : 4 ; la CDS : 2 ; l’UMR-DA : 1, le PS-Yelen Koura : 1 siège.

En plus des partis de l’EPM, on constate également que 9 partis signataires de l’Accord politique de gouvernance du 2 mai 2019 totalisent à leur tour 31 sièges. À savoir : le MPM : 10 ; l’ADP-Maliba : 6 ; l’UDD : 4 ; le PRVM : 1 ; le PARENA : 2 ; la CODEM : 5 ; l’APR : 1 ; le PMK : 1 ; le PDES : 1 siège. Quant aux partis de l’opposition (FDR et CoFop compris), ils totalisent 24 sièges répartis entre l’URD : 19 ; la SADI : 3 ; le MPR : 1 ; l’UFDP : 1.

Pour leur part, les partis centristes qui n’appartenant ni à la majorité ni à l’opposition (YELEMA) totalisent 3 sièges. Au terme de ces législatives, sur la base des résultats proclamés par la Cour constitutionnelle le jeudi 30 avril 2010, 3 principaux constats se dégagent.

Sur les 20 partis politiques présents à l’Assemblée, seuls 4 formations politiques disposent du Clausius Numeris (10 députés) pour former un groupe parlementaire. Il s’agit de deux partis de l’Alliance Ensemble pour le Mali (EPM) : RPM (51 députés) et ADEMA (24) ; un parti signataire de l’Accord politique de gouvernance : MPM (10 députés) ; et d’un parti de l’opposition démocratique, celui du chef de file, l’URD (19 députés).

Par contre, les autres partis signataires de l’APG qui n’ont pas le nombre requis totalisent 21 députés peuvent former un groupe parlementaire avec d’autres partis de EPM représentés à l’Assemblée nationale (7 députés).

Avec 28 députés, ce groupe parlementaire deviendrait du coup le deuxième en termes de poids politique devant l’ADEMA et l’URD.

 Une majorité confortable pour IBK

IBK dispose, à travers son Parti, le RPM (51 députés), ses alliés traditionnels d’EPM (32 députés), les partis signataires de l’APG (31), soit au total cent quatorze (114 sièges sur 147) d’une large et confortable majorité pour conduire et mettre en œuvre son programme.

Les partis de la Majorité présidentielle regroupés au sein de l’Alliance Ensemble pour le Mali (EPM) à l’issue des législatives disposent à eux seuls, si rien n’est glissé, la majorité absolue au sein de l’Assemblée nationale avec 83 députés. Donc le Président de la République et ses partisans n’ont a priori pas besoin de courir derrière quelque force que ce soit pour gouverner.

 Soumi reste chef de file de l’Opposition

 À l’issue des législatives, l’Union pour la République et la démocratie (URD), Parti du chef de file de l’Opposition, conserve sa posture politique et légale avec 19 sièges. Ayant obtenu le plus grand nombre de sièges, l’URD est de facto le premier Parti de l’Opposition parlementaire, avec rang et privilèges, s’entend. À moins que l’ADEMA ne bascule dans l’Opposition, sinon le président de l’URD devrait rester le chef de file de l’Opposition.

Mais en attendant, des vives contestations contre l’arrêt de la Cour Constitutionnelle continuent dans certaines communes de Bamako et dans des villes à l’intérieur du pays. Ces manifestants dénoncent le vol de leur victoire et exigent le recomptage des voix.

Abdoulaye OUATTARA / Afrikinfos-Mali