Mali : quand le dérèglement climatique liquide « l’assurance-vie » des éleveurs

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Qu’il s’agisse de sécheresses extrêmes ou d’inondations dévastatrices, le monde pastoral malien traverse une crise humanitaire sans précédent. Frappés par les caprices d’une météo devenue folle et par l’insécurité, les éleveurs perdent en masse leur bétail, véritable pilier économique des familles. Face à l’urgence, une révolution s’organise.

Au Sahel, posséder un troupeau dépasse de loin la simple fierté culturelle. C’est un compte épargne sur pattes, une assurance-vie pour affronter l’avenir. Malheureusement cette sécurité est en train de s’effondrer, sous les coups du dérèglement climatique mondial, laissant les communautés pastorales dans le dénuement le plus total.

Entre pénurie et excès d’eau

Le changement climatique a totalement déréglé les cycles de la nature, plongeant le pays dans deux extrêmes tout aussi destructeurs pour le cheptel.

D’un côté, le retard et la rareté des pluies transforment les zones de pâturage en déserts de sable. Les bergers sont contraints à des transhumances désespérées, marchant parfois des kilomètres à la recherche d’un maigre tapis de verdure, pour finalement voir leurs bêtes mourir de soif.

De l’autre côté, des pluies torrentielles d’une violence souvent extrême provoquent des crues records. Paradoxalement, ce trop-plein d’eau s’avère mortel. Il submerge les plaines, asphyxie la végétation et fait pourrir l’herbe sous la boue. Certains éleveurs assistent impuissants à la noyade ou à la famine de leurs animaux.

Un effet domino sur l’alimentation et l’agriculture

Quand les animaux souffrent, c’est toute la chaîne alimentaire humaine qui bascule. Privées de nourriture, les bêtes subissent un stress biologique extrême et cessent immédiatement de produire du lait. C’est une catastrophe nutritionnelle pour les enfants et un manque à gagner immense pour les femmes qui en dépendent pour faire vivre le foyer.

Le choc se propage ensuite au secteur agricole. Dans le monde rural, l’élevage et l’agriculture marchent main dans la main : les vaches et les chevaux constituent la force de travail indispensable pour labourer la terre. La mortalité massive de ces animaux de trait paralyse les travaux champêtres. Privées de leurs bêtes, les familles les plus pauvres n’ont plus de quoi cultiver leurs champs, ce qui installe une menace directe de famine.

La double peine

Pour les éleveurs ruinés, tenter de reconstituer un troupeau est devenu un parcours du combattant. En plus des barrières climatiques, l’insécurité sur les axes routiers paralyse le commerce. L’accès aux grands marchés à bétail traditionnels est devenu trop dangereux à cause de la présence de groupes armés. Coincés, les éleveurs se replient sur de rares marchés saturés où les prix s’effondrent. Le métier n’est plus rentable, les gains s’effacent et les éleveurs peinent à nourrir le peu de bêtes qu’il leur reste.

Source : Studio Tamani

Last Updated on 17/09/2026 by Ousmane BALLO

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