UMOA : Banques solides, microfinance sous pression

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Le secteur bancaire et financier de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) a confirmé sa dynamique de croissance en 2025. Porté par une progression économique régionale soutenue, le système bancaire affiche des indicateurs solides en matière d’activité, de rentabilité et de solvabilité. Toutefois, le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’UMOA, publié le 27 août 2026, met également en évidence plusieurs zones de vigilance, notamment dans le secteur de la microfinance.

L’année 2025 s’est déroulée dans un environnement macroéconomique globalement favorable au sein de l’UMOA. Le produit intérieur brut réel de l’Union a progressé de 6,6 %, contre 6,1 % en 2024, tandis que le taux d’inflation est ressorti à un niveau nul, après avoir atteint 3,5 % l’année précédente.

Cette amélioration de l’environnement économique a contribué à soutenir l’activité des établissements financiers. À fin décembre 2025, le total du bilan des établissements de crédit s’élevait à 82 298,8 milliards de FCFA, en progression de 14,1 % sur un an.

Les ressources bancaires ont, quant à elles, atteint 67 459,9 milliards de FCFA, enregistrant une hausse de 16,5 %. Elles restent largement dominées par les dépôts, qui représentent 83,3 % des ressources totales et ont progressé de 16 % sur la période. Cette évolution traduit un renforcement de la capacité du système bancaire à mobiliser l’épargne et à financer l’économie régionale.

Les emplois des établissements de crédit se sont établis à 70 115,9 milliards de FCFA, en hausse de 10,4 %. Les crédits accordés à la clientèle ont atteint 38 731,6 milliards de FCFA, soit une progression annuelle de 5,5 %. Si cette évolution confirme la poursuite du financement de l’économie, elle apparaît néanmoins moins dynamique que celle des ressources collectées. L’écart entre la croissance des dépôts et celle des crédits constitue ainsi un élément important dans l’analyse du secteur.

La qualité du portefeuille de crédit s’est légèrement améliorée. Le taux brut de dégradation est passé de 9,3 % en 2024 à 9,1 % en 2025. Cette amélioration reste toutefois modeste et rappelle que la maîtrise du risque de crédit demeure un enjeu majeur pour les établissements financiers de l’Union.

Une rentabilité bancaire en nette progression

L’un des principaux enseignements du rapport concerne la solidité des résultats du secteur bancaire. Le Produit net bancaire (PNB) a progressé de 8 %, pour atteindre 3 860,2 milliards de FCFA. Au même moment, le résultat net du secteur a bondi de 25,5 %, pour s’établir à 1 252,1 milliards de FCFA.

La solvabilité des établissements de crédit s’est également améliorée. Le ratio moyen est ressorti à 15,6 %, contre 14,7 % en 2024, soit un niveau largement supérieur à la norme réglementaire minimale fixée à 11,5 %.

À fin 2025, l’écosystème supervisé par la Commission bancaire de l’UMOA comptait 493 entités. Il regroupait notamment 161 établissements de crédit, 21 compagnies financières, 293 institutions de microfinance de grande taille et 18 établissements de monnaie électronique.

Parmi les acteurs bancaires, l’Union comptait 39 établissements bancaires d’importance systémique (EBIS), dont 33 à caractère national et 7 à caractère régional, un établissement cumulant les deux statuts.

Les 33 EBIS nationaux concentrent à eux seuls 46,7 % des actifs du système bancaire de l’UMOA, illustrant le poids considérable de ces institutions dans la stabilité financière régionale. Leur portefeuille de crédit affiche un taux brut de dégradation de 7,1 %, inférieur à la moyenne du secteur bancaire, tandis que leur ratio de solvabilité s’établit à 15,4 %.

La Commission bancaire a adopté, au cours de l’année, huit plans préventifs de redressement concernant des EBIS, tandis que le Collège de Résolution a validé quatre plans de résolution. Ces mécanismes visent à anticiper d’éventuelles difficultés et à limiter les risques de contagion au sein du système financier.

Le rapport met également en évidence l’intensification des activités de contrôle. Au total, 82 missions de vérification sur place ont été réalisées en 2025. Elles ont concerné 38 établissements de crédit, cinq compagnies financières, trois établissements de monnaie électronique et 36 institutions de microfinance de grande taille.

Sur le plan disciplinaire, l’Autorité de contrôle a prononcé 30 blâmes et six avertissements, accompagnés, à une exception près, de sanctions pécuniaires. Par ailleurs, quarante injonctions et une mise en garde ont été adressées à des établissements supervisés. Quatre établissements de crédit et deux institutions de microfinance ont notamment été placés sous surveillance rapprochée.

Ces chiffres traduisent une volonté de la Commission bancaire de renforcer la discipline prudentielle dans un secteur en pleine expansion.

La microfinance entre croissance et fragilité financière

Le secteur de la microfinance présente un tableau plus contrasté. Son total de bilan a progressé de 11,5 %, pour atteindre 4 661,5 milliards de FCFA. Les ressources ont augmenté de 15,7 %, tandis que les emplois nets ont progressé de 5,1 %.

La qualité du portefeuille s’est améliorée, avec un taux brut de dégradation ramené de 6 % à 5,5 %. Le résultat net des institutions de microfinance de grande taille a également connu une amélioration spectaculaire, passant d’une perte de 1,9 milliard de FCFA en 2024 à un bénéfice de 35,6 milliards en 2025.

Cependant, le principal point d’inquiétude concerne la capitalisation du secteur. Le ratio moyen de capitalisation a chuté de 13 % à 9,4 %, un niveau nettement inférieur au seuil réglementaire de 15 %.

Cette situation constitue un signal d’alerte. Malgré l’amélioration de la rentabilité et de la qualité du portefeuille, le renforcement des fonds propres apparaît désormais comme une priorité pour garantir la solidité durable des institutions de microfinance.

La monnaie électronique poursuit son expansion

L’autre transformation majeure du paysage financier régional concerne l’essor continu de la monnaie électronique. À fin 2025, les établissements de monnaie électronique comptaient 172,9 millions de comptes ouverts, dont 35,1 % étaient actifs.

Les transactions effectuées par téléphonie mobile ont progressé de 31,4 % en valeur, pour atteindre le montant considérable de 164 169,1 milliards de FCFA. L’encours de monnaie électronique émise a, quant à lui, augmenté de 35,2 %, pour atteindre 1 923,2 milliards de FCFA.

La rentabilité du secteur s’est également améliorée. Le résultat net provisoire des établissements de monnaie électronique est passé de 6,1 milliards à 16,9 milliards de FCFA.

Avec un ratio moyen de couverture de l’encours par les capitaux propres de 6,5 %, contre un minimum réglementaire de 3 %, le secteur affiche une marge de sécurité relativement confortable.

Au-delà des performances chiffrées, le rapport 2025 illustre la montée en puissance de la supervision financière dans l’UMOA. La création, en juillet 2025, d’un Pôle de conformité spécialisé dans la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) au sein du Secrétariat général de la Commission bancaire s’inscrit dans cette dynamique.

L’intensification des contrôles, le suivi des établissements systémiques, l’adoption de plans de redressement et de résolution ainsi que la coopération avec les superviseurs étrangers témoignent d’une évolution vers un dispositif de surveillance plus intégré.

En définitive, l’année 2025 confirme la bonne santé globale du système bancaire de l’UMOA, marqué par une croissance soutenue des actifs, des dépôts et des bénéfices. Mais les défis restent nombreux. Le niveau encore élevé des créances dégradées, la concentration du système autour de grands établissements et surtout la faiblesse de la capitalisation dans la microfinance constituent autant de points de vigilance.

Dans une région où l’inclusion financière, la digitalisation des paiements et le financement des économies restent des priorités majeures, la capacité des autorités de supervision à accompagner cette croissance tout en préservant la stabilité financière sera déterminante pour les prochaines années.

Ismaël Traoré

Source : Le Capital

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