Certaines vies ne s’effacent pas avec le temps. Elles restent gravées dans la mémoire des familles, des villages, des voyageurs et de tous ceux qui ont croisé le chemin de l’homme. Feu El Hadji Hamadoun Boubacar Daou, connu sous les noms de « Kola Bakar » ou « El Hadji Ba Kola », fait partie de ces figures dont le parcours demeure intimement lié à l’histoire sociale et économique du Bélédougou.
Pétrolier, entrepreneur, éleveur, père de famille et homme de foi, Ba Kola a consacré une grande partie de sa vie au travail, à la solidarité et au service des autres. Dans les premières années de l’indépendance du Mali, alors que les infrastructures et les moyens de transport connaissaient encore un développement progressif, Ba Kola s’est illustré dans le secteur des produits pétroliers.
Son activité professionnelle l’a amené à parcourir plusieurs localités du Bélédougou et des zones environnantes. Il connaissait les routes, les villages et les réalités quotidiennes des populations qu’il rencontrait au cours de ses déplacements.
Implantée au cœur de Kolokani, sa station occupait une position stratégique sur un important axe de circulation. La ville constituait alors un point de passage pour de nombreux voyageurs et transporteurs en direction notamment de Nioro, Kayes et Nara. La distribution d’essence, de gasoil et de pétrole répondait à des besoins essentiels pour les populations, les transporteurs, les commerçants et les voyageurs.
Mais pour Ba Kola, cette activité commerciale dépassait la simple vente de produits pétroliers. Elle lui permettait également de tisser des relations humaines solides avec les communautés et les acteurs économiques des différentes localités.
À une époque où les infrastructures routières et les moyens de communication étaient limités, l’approvisionnement en produits pétroliers nécessitait organisation, courage, disponibilité et une bonne connaissance du terrain. Ba Kola faisait partie de ces entrepreneurs qui contribuaient au fonctionnement quotidien des localités. Le transport, les activités commerciales, l’éclairage et de nombreux déplacements dépendaient largement de ces produits. Son nom s’est ainsi inscrit dans la mémoire de plusieurs générations de chauffeurs, commerçants, éleveurs, agriculteurs et habitants rencontrés sur les routes du Bélédougou.
Koulikoroni, une autre dimension de son parcours !
Au-delà de son activité de pétrolier, Ba Kola était également attaché au monde rural. Il possédait du bétail à Koulikoroni, dans le Bélédougou. Cet attachement à l’élevage témoigne d’une autre dimension de sa personnalité : celle d’un homme profondément enraciné dans son terroir, proche des communautés et des réalités du monde rural.
Pour lui, la réussite matérielle ne semblait pas constituer une fin en soi. Ses ressources, ses relations et son activité pouvaient également servir à aider ceux qui traversaient des difficultés. Ceux qui l’ont connu gardent notamment le souvenir d’un homme accessible, bienveillant et généreux.
Ba Kola savait accueillir, écouter et soutenir. Sa générosité, racontent ses proches et ceux qui l’ont côtoyé, se manifestait souvent avec simplicité, sans ostentation. Aider une personne en difficulté, soutenir une famille, accueillir un visiteur ou apporter un conseil faisaient partie de sa manière de vivre.
Son identité de Diawanbé s’inscrivait dans un ensemble de valeurs fondées notamment sur la dignité, l’hospitalité, le respect de la parole donnée, la solidarité et la considération envers autrui. Pour ceux qui l’ont connu, cette noblesse ne se mesurait pas aux biens possédés, mais plutôt à la manière dont il traitait les autres.
Parmi les souvenirs qui restent de Ba Kola figure également son attachement à la religion. Il était souvent aperçu avec son chapelet, symbole de sa foi et de son attachement au rappel de Dieu. Ce geste discret rappelait une conviction profonde : les biens matériels sont passagers, tandis que les bonnes œuvres et les actes de bienfaisance peuvent continuer à vivre dans la mémoire des hommes.
Jusqu’à ses dernières années, ceux qui l’ont approché retiennent également son sourire. Même face aux difficultés et au poids de l’âge, il continuait à accueillir les autres avec sérénité. Ce sourire est aujourd’hui devenu l’un des souvenirs les plus marquants laissés par Ba Kola à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l’ont connu.
Ba Kola appartenait à une génération pour laquelle la paix constituait avant tout une règle de vie. Le respect du voisin, l’écoute des anciens, la solidarité, la réconciliation et la cohésion familiale occupaient une place importante dans les relations sociales. Son parcours rappelle ainsi l’importance de ces valeurs dans le Bélédougou, où différentes communautés, professions et activités ont toujours partagé le même espace.
Aly Badra Keita
Source : Le Capital
