La Chambre criminelle du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a rendu, jeudi 3 septembre 2026, son verdict dans l’affaire opposant l’État malien à l’ancien colonel de la Gendarmerie nationale Alpha Yaya Sangaré. Poursuivi initialement pour trahison, l’officier a finalement été condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État.
Après plusieurs audiences et un délibéré, la Chambre criminelle a tranché dans l’affaire Alpha Yaya Sangaré. L’ancien colonel de la Gendarmerie nationale a été reconnu coupable d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État et condamné à 20 ans de réclusion criminelle.
La juridiction a ainsi retenu une qualification différente de celle initialement soutenue par le ministère public. Lors de l’audience du 27 août, le parquet avait requis la peine de mort, en se fondant sur les dispositions de l’ancien Code pénal relatives à la trahison.
La défense avait, de son côté, contesté les accusations portées contre son client. Les avocats de l’ancien officier avaient notamment demandé l’annulation de la procédure et son acquittement.
Dans sa décision, la Chambre criminelle a également accordé à l’État malien, constitué partie civile, un franc CFA symbolique à titre de réparation. Elle a par ailleurs ordonné la confiscation des exemplaires du livre saisis dans le cadre de la procédure.
L’affaire trouve son origine dans la publication, en décembre 2023, du livre intitulé Mali : le défi du terrorisme en Afrique, écrit par Alpha Yaya Sangaré. L’ouvrage avait été présenté officiellement au public le 24 février 2024 à l’École de maintien de la paix Alioune Blondin Bèye, à Bamako.
Dans ce livre consacré à la lutte contre le terrorisme et aux réponses apportées à la crise sécuritaire, l’auteur abordait notamment les opérations militaires et reprenait certaines accusations contenues dans des rapports d’organisations de défense des droits humains faisant état d’abus présumés contre des civils.
La publication avait suscité une vive réaction des autorités maliennes. Le ministère de la Défense avait dénoncé, le 1er mars 2024, des « accusations infondées » visant les Forces armées maliennes ainsi que certains passages mettant en cause la hiérarchie militaire. Le département avait alors annoncé que l’auteur serait soumis aux dispositions réglementaires en vigueur. Alpha Yaya Sangaré avait été interpellé à son domicile à Bamako le lendemain de la réaction du ministère de la Défense.
Son arrestation avait d’abord été confirmée par sa famille, avant d’être reconnue par les autorités militaires. L’affaire avait rapidement suscité des réactions au-delà du Mali. Human Rights Watch avait notamment présenté l’ancien officier comme un lanceur d’alerte et appelé à sa libération. La procédure judiciaire s’est finalement prolongée pendant environ deux ans et demi avant l’ouverture du procès et le prononcé du verdict.
Une procédure administrative avait également abouti à sa radiation
Le dossier judiciaire n’était pas le seul volet concernant l’ancien officier. Une procédure administrative avait parallèlement été engagée au sein des Forces armées et de sécurité. Le décret n°2025-861/PT-RM du 12 décembre 2025 avait ainsi prononcé la radiation d’Alpha Yaya Sangaré des Forces armées et de sécurité « par mesure disciplinaire ».
Cette décision faisait suite à un Conseil d’enquête tenu le 1er décembre 2025. Le décret ne précisait toutefois pas publiquement les manquements ayant motivé cette sanction administrative. Au-delà du verdict, l’affaire Alpha Yaya Sangaré s’inscrit dans un contexte particulièrement sensible au Mali, marqué par la persistance de la menace terroriste et par un débat intense autour de la conduite des opérations militaires et de la communication sur les questions de défense et de sécurité.
La publication de l’ouvrage avait placé son auteur au centre de ce débat, avant de déboucher sur une procédure judiciaire portant finalement sur l’atteinte à la sûreté extérieure de l’État. Le changement de qualification retenu par la juridiction constitue l’un des principaux éléments du verdict, le tribunal n’ayant pas suivi la qualification de trahison défendue par le ministère public.
Avec la décision rendue le 3 septembre, le procès devant la Chambre criminelle du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité arrive à son terme. L’ancien colonel devra désormais purger une peine de 20 ans de réclusion criminelle, sous réserve des éventuelles suites judiciaires que pourrait engager la défense.
À ce stade, aucune information officielle n’était disponible sur un éventuel recours contre la décision. Le verdict clôt ainsi un dossier qui aura suscité pendant plus de deux ans de nombreuses interrogations sur les rapports entre sécurité nationale, devoir de réserve des militaires, liberté d’expression et traitement judiciaire des informations relatives aux opérations antiterroristes au Mali.
IB / Afrikinfos-Mali
Last Updated on 04/09/2026 by Ousmane BALLO
