Dans son rapport publié le 7 août 2026, le Bureau du Vérificateur général (BVG) pointe plusieurs insuffisances dans la gestion de l’Hôpital du Mali. La vérification, couvrant les exercices 2022 à 2024 et les neuf premiers mois de 2025, fait ressortir 100,76 millions de FCFA d’irrégularités financières, dont seulement 3,75 millions ont été régularisés. Le reliquat s’élève à plus de 97 millions de FCFA.
La gestion de l’Hôpital du Mali fait l’objet de nouvelles observations du Bureau du Vérificateur général. Réalisée dans le cadre du programme annuel de vérification, la mission avait pour objectif d’examiner la régularité des opérations financières et la conformité des procédures administratives de l’établissement.
Les travaux ont porté sur plusieurs aspects de la gestion de l’hôpital, notamment le fonctionnement des organes de gouvernance, la mobilisation de la subvention de l’État, les recettes propres, l’exécution des dépenses, les marchés publics ainsi que la gestion des biens et des stocks.
Au terme de la vérification, le BVG fait état de 100 758 832 FCFA d’irrégularités financières. À l’issue de la phase contradictoire, 3 754 120 FCFA ont été régularisés. Le montant restant à régulariser atteint ainsi 97 004 712 FCFA.
Les principales irrégularités financières relevées concernent notamment l’attribution irrégulière de marchés et la non-justification de réactifs réceptionnés par le service du laboratoire.
Ces constats mettent en évidence des faiblesses dans les mécanismes de contrôle et de traçabilité des opérations. Dans un établissement hospitalier, la maîtrise de ces procédures revêt une importance particulière, tant pour la bonne utilisation des ressources publiques que pour la disponibilité et le suivi des produits nécessaires aux activités médicales.
Le rapport invite ainsi les responsables à renforcer les dispositifs de contrôle interne et à veiller au strict respect des règles applicables aux marchés publics et à la gestion des approvisionnements.
Des failles relevées dans la gouvernance
Au-delà des irrégularités financières, le BVG relève plusieurs insuffisances dans la gouvernance administrative de l’Hôpital du Mali. Le Conseil d’administration aurait notamment adopté des comptes de gestion sans que ceux-ci aient été préalablement soumis à la certification d’un commissaire aux comptes.
La gestion de la pharmacie hospitalière constitue également un point de vigilance. Le rapport indique que la Direction générale n’élaborait pas de budget spécifique pour cette activité, contrairement aux dispositions réglementaires applicables.
D’autres observations portent sur la passation et l’exécution des marchés. Le rapport fait notamment état de la signature irrégulière d’attestations de service fait et de l’approbation de certains marchés en dehors des procédures prévues.
Le BVG relève également des insuffisances dans les procédures d’approvisionnement. L’Hôpital du Mali aurait effectué certains achats auprès d’établissements privés sans disposer des attestations établissant la non-disponibilité des produits concernés auprès de la Pharmacie populaire du Mali.
La réception des dons, legs et matières transférées n’aurait pas non plus été effectuée conformément aux procédures prévues. Sur le plan fiscal, les vérificateurs ont constaté l’insuffisance du contrôle relatif à la conformité des taux de TVA appliqués aux marchés avec la législation en vigueur.
La gestion du patrimoine n’est pas épargnée. Le comptable-matières n’aurait pas procédé à la codification et à l’immatriculation des biens de l’établissement. Le fonctionnement de la régie de recettes a également fait l’objet d’observations, notamment concernant le respect du plafond d’encaisse autorisé.
Le BVG formule une série de recommandations
Face à ces constats, le Bureau du Vérificateur général a formulé plusieurs recommandations destinées aux responsables de l’établissement. Le président du Conseil d’administration est notamment appelé à veiller à la certification préalable des comptes de gestion par un commissaire aux comptes avant leur adoption.
La Direction générale devra, pour sa part, élaborer le budget de la pharmacie hospitalière, renforcer les procédures de réception, respecter les règles d’approbation des marchés et améliorer le suivi des opérations d’approvisionnement et de fiscalité.
Le comptable-matières devra procéder à la codification et à l’immatriculation des biens meubles et immeubles, tout en améliorant la tenue des documents relatifs aux dons et legs.
Le régisseur de recettes est également invité à respecter strictement le plafond d’encaisse fixé par la réglementation. Les éléments concernés doivent ainsi être transmis au président de la Section des comptes de la Cour suprême et dénoncés au Procureur de la République financier.
La régularisation du reliquat de plus de 97 millions de FCFA et la mise en œuvre effective des recommandations constitueront ainsi des indicateurs importants de l’amélioration de la gouvernance financière de l’établissement.
Ismaël Traoré
Source : Le Capital
