Après trois semaines d’épreuves intenses, le Mali a réussi le Test de Robustesse en format grandeur nature de sa souveraineté, érigée en doctrine face à l’adversité. Si le mois de novembre a sonné le glas de la crise du carburant par une victoire logistique, cette période a surtout servi à révéler les vulnérabilités stratégiques que le gouvernement du Général de Division Abdoulaye Maïga s’engage désormais à éliminer. La crise multidimensionnelle que traverse le Mali, intensifiée par les manœuvres de déstabilisation externes, exige désormais une transition immédiate de la simple gestion d’urgence à la construction d’une doctrine de souveraineté logistique et sécuritaire définitive.
L’objectif stratégique des groupes terroristes est clairement économique et logistique : asphyxier le pays, isoler les régions et saper la confiance dans l’État en s’attaquant aux citernes et aux infrastructures vitales. Face à cette stratégie asymétrique, la réponse doit être spécifique et coordonnée. L’impératif de sécurisation des flux par la stratégie militaire est désormais prioritaire, car la protection des convois doit être reconnue comme une mission militaire permanente pour tous les types de marchandises. C’est l’enseignement fondamental de la « Guerre du Carburant ». En conséquence, il est vital que l’Armée soit dotée de nouvelles Unités de Sécurisation Routière (USR), formées spécifiquement à l’escorte de convois sensibles (carburant, vivres, matériaux stratégiques). Ces USR devront être équipées de moyens adéquats pour une surveillance et des interventions rapides. Parallèlement, l’efficacité de l’opération Fuga KÉNÉ est avérée et doit être maintenue et étendue sans délai aux régions de Ségou et Kayes. Cette stratégie de présence et d’engagement est la seule à même de détruire toutes les bases et repères des terroristes dans ces zones clés, tout en renforçant la sécurité autour de Bamako pour y démanteler toute complicité interne.
Le défi de l’enclavement
L’autonomie logistique et énergétique n’est pas en reste. Le statut de pays enclavé du Mali, conjugué à l’insécurité, exige une stratégie de résilience nationale par l’anticipation. La nation doit se doter des moyens physiques de son autonomie, ce qui commence par la Constitution de Réserves de Souveraineté. Pour cela, le Mali doit lancer un programme massif de réserves stratégiques visant à doter chaque région d’infrastructures capables de stocker du carburant, des denrées de première nécessité, des médicaments et des pièces de rechange essentielles, le tout visant une autonomie d’au moins trois à six mois en cas de blocus prolongé. L’État doit prendre en charge le financement et la construction de ces infrastructures, ce qui constitue une urgence absolue. De plus, la Maîtrise et la Diversification des sources s’imposent. L’État doit prendre en main, ou du moins superviser étroitement, l’importation d’hydrocarbures. La nécessité de diversification des partenariats s’impose comme une leçon cruciale pour réduire les risques liés à notre dépendance à un seul corridor logistique ou fournisseur. À plus long terme, la Souveraineté Énergétique devient vitale : développer les alternatives énergétiques locales, telles que le solaire ou la bio-énergie, est indispensable pour réduire notre dépendance aux pays côtiers et au pétrole importé.
L’Union Sacrée et la Gouvernance de Crise : pérenniser l’Élan patriotique
La crise a démontré l’échec de la déstabilisation psychologique grâce à la maturité citoyenne et à l’engagement patriotique du secteur privé. L’Union Sacrée des transporteurs et le geste de « mise en droiture » des citernes doivent être pérennisés par des mécanismes institutionnels. Concernant le Financement et le Partenariat Public-Privé (PPP), l’engagement des opérateurs économiques doit être transformé en un mécanisme de financement durable pour la souveraineté. Cela passe par une Coresponsabilité accrue : le Patronat, les Chambres de Commerce et les grands épargnants maliens sont interpellés sur leur volonté d’investir dans la souveraineté. L’État doit proposer des Partenariats Public-Privé (PPP) pour la construction et la gestion des infrastructures de stockage régionales. La création d’un Fonds d’Autonomie Stratégique (FAS), alimenté par des contributions volontaires du secteur privé et assorti de garanties publiques sur les stocks, permettrait en outre de garantir une rétribution sur l’investissement, faisant de la sécurité logistique une continuité des affaires. Enfin, la crise a souligné les domaines de vulnérabilité et de fragilité de l’économie face à la spéculation et à la désinformation, exigeant un meilleur contrôle et un cvisme renforcé. La mise en place d’une Cellule de Contrôle permanente pour le suivi de la vente des produits pétroliers est une première leçon pour lutter contre la spéculation et les stockages clandestins. De plus, la sécurité repose également sur le civisme, rendant impératif de sensibiliser les populations sur l’utilité du Renseignement Citoyen à fournir aux FAMa concernant les déplacements et les activités des terroristes.
La victoire contre la « Guerre du Carburant » sera totale lorsque l’ennemi saura que le Mali est logistiquement, économiquement et moralement imprenable. L’heure n’est plus à la peur, mais à l’action stratégique. Le Mali, loin de plier, s’organise, résiste et avance vers l’autonomie et la consolidation définitive de sa souveraineté. Tout est là !
Khaly-Moustapha LEYE
Source : L’Aube
