Entrée en vigueur dimanche 27 juillet, la nouvelle loi algérienne sur la mobilisation générale marque un tournant inquiétant vers une doctrine sécuritaire assumée, entérinant la militarisation de l’État au mépris de la stabilité régionale.
Dans un climat régional déjà sous haute tension, le régime algérien a franchi une nouvelle étape dans sa logique d’escalade militaire. Publiée au Journal officiel et entrée en vigueur le dimanche 27 juillet, la loi sur la mobilisation générale entérine formellement le « processus de passage de l’état de paix à l’état de guerre ». Un texte qui officialise la doctrine d’un État en alerte permanente, prêt à basculer vers une économie et une gouvernance de guerre.
Derrière des formulations technocratiques, le texte institue une logique de mobilisation totale des institutions publiques, des forces armées, de l’économie nationale et des moyens humains et financiers en cas de menace — réelle ou supposée — contre « les institutions constitutionnelles », « l’indépendance » ou « l’intégrité territoriale » du pays. Il autorise ainsi, par simple décret présidentiel, une mutation complète de l’appareil d’État vers un régime de guerre, dans un flou juridique inquiétant.
Ce projet, désormais loi, confirme les mises en garde formulées depuis plusieurs années par de nombreux observateurs internationaux et chancelleries. Comme quoi, l’Algérie, loin d’être un facteur de stabilité, s’enfonce dans une stratégie d’affrontement permanent. En érigeant la menace et la guerre en doctrine de gouvernance, le régime de Tebboune accrédite l’image d’un État belliqueux, enfermé dans une paranoïa géopolitique et obsédé par la logique du péril.
Le moment choisi pour promulguer cette loi n’est pas anodin. Il coïncide avec une dégradation accélérée de la situation au Sahel, un repli des puissances occidentales, la militarisation de l’AES et surtout, une intensification des tensions avec le Maroc. En se dotant d’un outil légal permettant de déclencher la mobilisation militaire et économique nationale, l’Algérie se donne les moyens d’instrumentaliser juridiquement toute montée de tension diplomatique.
Ce virage sécuritaire s’inscrit dans une trajectoire plus large : celle d’un régime qui, à défaut de solutions économiques et sociales crédibles, mobilise l’arsenal du nationalisme et de la guerre pour conserver sa légitimité. La rhétorique de « l’agression imminente » et des « périls institutionnels » ne sert pas seulement à renforcer l’armée, elle vise aussi à souder une population désabusée autour d’un ennemi extérieur désigné.
Mais ce jeu est dangereux. Dans une région aussi volatile que le Maghreb-Sahel, l’escalade juridique vers la guerre n’est jamais une formalité administrative anodine. Elle envoie un signal négatif aux partenaires internationaux, elle inquiète les voisins, elle déstabilise les équilibres fragiles et elle accroît les risques de conflit.
Source : apanews.net
Last Updated on 29/07/2025 by Ousmane BALLO

