Faits divers, Darsalam : Du « balani show » au drame

Pour une raison mystérieuse, deux groupes d’adolescents se sont battus en pleine rue avec des armes blanches. Les dommages physiques ont été considérables pour un des combattants

À Bamako, aucune situation ne paraît mineure pour que des jeunes délinquants en profitent pour étaler leurs sales caractères au grand jour. Ce fut le cas lorsqu’au au cours d’une rixe, un adolescent d’une quinzaine d’années a failli perdre la vie. La vive dispute qui a engendré une bagarre aurait pu passer inaperçue, si l’adolescent victime n’avait pas laissé l’usage de trois de ses doigts dans la rixe. Pis, cette situation s’est aggravée par le fait qu’elle s’est passée lors d‘une soirée communément appelée par ses organisateurs « Balani show » (une soirée de balafon, Ndlr). Une soirée qui à l’origine doit permettre aux jeunes et adolescents de se réjouir. Mais qui, par la force des choses, s’est transformée en véritable enfer pour la victime.

La terrible histoire s’est passée à Darsalam, un quartier populaire au centre de la capitale, en Commune III du District de Bamako.  C’est la période des grandes vacances depuis quelques semaines déjà. Donc, logiquement  celle de repos pour les scolaires. Ainsi, certains d’entre eux mettent ce temps à profit pour découvrir d’autres villes ou villages à l’occasion des colonies de vacances. Tandis que d’autres préfèrent s’inscrire à des cours préparatoires. Sinon, ils se reposent tout simplement. C’est le côté face. Côté pile, dans la cité des Trois caïmans, les grandes vacances sont souvent loin d’être des moments de repos pour les jeunes scolaires. Ainsi, le vide crée par cette période est comblé par des activités ludiques que les jeunes organisent pour ne pas voir le temps passer.

Cela n’est un secret pour personne que, depuis un bon moment, les animations musicales communément appelés « Balani show » caracolent en tête des activités de ce qui peut être considéré comme des musiques de rue à Bamako et ses environs.  Et lorsqu’elle a lieu quelque part dans le quartier, le plus souvent, c’est le son des sonos qui font drainer un grand nombre d’enfants et d’ados des deux sexes.  Dans cette foule de fêtards, chacun rallie les lieux pour l’intérêt qu’il porte à la chose. Et pour cause ? A l’origine, le but de cette réjouissance populaire était purement récréatif. D’où son nom de « Balani show ». Si certains y vont à cause de l’animation musicale des DJ, d’autres s’y rendent en espérant faire des rencontres intéressantes. C’est le lieu également pour différents groupes de jeunes de rivaliser de savoir-faire. Mais dans certains cas, cet évènement qui est censé procurer du plaisir à ses initiateurs vire au cauchemar pour certains. Moïse (pseudo du jeune homme) ne dira pas le contraire. Lui qui a échappé à une mort certaine en laissant dans la nasse trois doigts, à la suite d’un violent combat qui a opposé son groupe à celui d’un autre, lors d’une soirée récréative de ce genre.

Le malheureux mettra  longtemps à effacer de sa mémoire cette dramatique soirée qui lui a valu d’être un handicapé digitale. Rappel. Il y a quelques temps, les autorités ont pris l’initiative d’interdire l’organisation de ces soirées récréatives dans les quartiers de Bamako et ses environs. Pour le cas présent, aucune de nos sources n’a pu nous donner des précisions sur les initiateurs. Mais, il est quand même indéniable qu’il a fallu que les sonos déversent des tonnes de décibels dans la rue, pour que l’endroit soit pris d’assaut par les jeunes et adolescents, des deux sexes, venant des coins et recoins du secteur.

Moïse est connu par tous ceux qui l’ont côtoyé  pour être un garçon très studieux à l’école. Il a tout dans ses habitudes, sauf le fait de vadrouiller dans la rue sans l’autorisation parentale. Selon certaines indiscrétions, ses géniteurs badinent avec tout sauf les études de leurs progénitures. En somme, Moïse fait partie de cette catégorie d’adolescents sur qui les parents veillent comme du lait sur le feu.

Cependant, il était écrit quelque part que cette nuit de dimanche-là, le malheur lui tombera dessus sans que lui, encore moins, ses propres parents ne soient à mesure de faire quelque chose pour le contrer. Cette nuit-là donc, le garçon a quitté le domicile familiale, certainement à l’insu de ses parents, pour rejoindre ses amis dans la rue où ils se regroupent régulièrement dans leur secteur. Il semble même que sa mère lui avait demandé de prendre le dîner et de rester à la maison, car il avait sérieusement plu des cordes ce jour-là. La ville de Bamako et sa banlieue  étaient donc sous une grande fraîcheur.  Mais, apparemment, cet avertissement parental a semblé être tombé dans les oreilles d’un sourd. Le garçon a fait fi des inquiétudes sa mère pour sortir vers les environs de 22 heures et rejoindre son groupe d’amis assis dans un coin de rue. Nous ne saurons jamais s’ils (lui et ses amis) avaient prévu de se rendre à la soirée de Balani show, qui se passait à environ 200 m de leur lieu de regroupement.

Un malheur arrive généralement au moment où on s’y attend le moins, dit-on. Cette nuit-là, le jeune homme savait tout sauf qu’en mettant les pieds dehors, il va être victime d’un malheur qui allait lui coûter trois doigts. Après avoir échappé au contrôle parental, Moïse a rejoint ses amis et, en groupe, ensemble, ils ont rallié le lieu où le fameux Balani show se tenait. Sur place, ils y étaient déjà précédés par un autre groupe d’adolescents. Il semble que, selon nos sources qui n’ont pas donné de précisions sur les causes réelles, les deux groupes rivalisaient depuis un bon moment dans le quartier. Dans ces genres de situations, généralement, il suffi d’un rien, pour qu’une étincelle se transforme en véritable feu de forêt. Ce fut le cas lorsqu’une banale discussion a éclaté entre les membres des deux groupes rivaux.

Là, non plus, nos sources ne précisent pas l’origine. Mais certaines se sont aventurées à expliquer que tout est parti d’une histoire de provocation verbale, venant d’un des éléments du camp adverse. Ce dernier aurait laissé entendre des propos offensants vis-à-vis du camp de Moïse et sa clique.  Comme il fallait s’y attendre, la réplique a été instantanée. Du tac au tac, comme on le dit. C’était suffisant pour que l’étincelle donne la flamme qui a commencé à s’embraser entre les deux groupes d’adolescents. L’histoire qui a commencé par de simples empoignades verbales, s’est très vite transformée en véritables coups de poings de part et d’autres. Et naturellement, chaque élément défend aveuglement son camp. Souvent, sans savoir le pourquoi. Surtout que c’est dans le monde des adolescents. Plus le temps passait, moins la tension baissait entre les deux groupes de combattants. La tension a atteint son paroxysme, lorsqu’un des bagarreurs s’est saisi d’une arme blanche. La scène était digne d’un véritable champ de guerre en pleine rue.

Face à la supériorité numérique de l’adversaire, Moïse et sa clique  ont préféré battre en retrait. C’était le sauve-qui-peut dans la rue, chacun cherchant à se mettre à l’abri. Dans le brouhaha ambiant, il semble que l’étau s’est resserré au tour de Moïse dans un coin de rue. Le malheureux a été coincé et sérieusement battu par ses rivaux, à coups de machettes sans qu’il ne puisse faire quoi que ce soit. . En fin de compte, arriva ce qui devait arriver. Le jeune homme a pris un coup violent à la tête avant de s’affaler de tout son corps devant ses agresseurs. Pis, pendant qu’il se trouvait encore à terre, ces derniers n’ont pas hésité à lui assener trois coups violents de suite. Il tentera de protéger sa tête avec son bras, c’est au cours de cette tentative de protection qu’il a perdu trois doigts dans la rixe. Lorsqu’ils ont compris qu’il était gravement blessé, les adversaires du malheureux l’ont laissé, sanguinolent, dans un état piteux. Aux dernières nouvelles, Moïse se trouverait toujours en soins intensifs aux urgences du CHU Gabriel Touré. Un homme averti en vaut deux.

Abdramane DIOMA

Source : L’Essor