Produits stupéfiants: Ça circule par tonnes au Mali

La direction générale des douanes du Mali a annoncé la saisie d’une importante quantité de drogues et d’explosifs en plus d’une dizaine de Kg d’or à Bamako, Kadiana et Kati. Composée de 377 briques de cannabis, 59 plaquettes d’or, des cordeaux détonants et 4868 baguettes d’explosifs, la valeur marchande de cette moisson a été estimée à près de 1 000 000 000 F CFA soit 600 000 000 F CFA pour les produits stupéfiants et 200 000 000 F CFA pour le métal jaune.

A en croire les sources douanières, cette saisie en un temps record de 754 kg de drogue qui serait réalisée seulement entre le 10 et le 14 avril est la plus grande depuis la prise de fonction du nouveau directeur général Amadou Konaté en août 2021. Mais elle reste très loin de la vingtaine de tonnes de cannabis et les 38Kg de cocaïne interceptés par l’Officie Central des Stupéfiants (OCS) l’an passé pour une valeur marchande de plusieurs milliards de F CFA.

Des belles prouesses qui portent indéniablement un sérieux coup à un business très lucratif des trafiquants et autres bandits avec des chiffres faramineux par an. Par exemple, en décembre 2013, on estimait la valeur annuelle de la cocaïne transitant par l’Afrique de l’Ouest à 1,25 milliard de dollars US.   Un montant largement supérieur au budget annuel de plusieurs États de la région.

Toutefois, malgré une lutte acharnée, il convient d’admettre que la pratique illicite et prohibée continue de gagner du terrain et les contrevenants les plus ingénieux voire fortunés parviennent toujours à se faufiler entre les mailles du filet malgré les mesures préventives et de répression. Cela semble d’autant plus facile que la région est en proie à de nombreuses difficultés telles que le chômage, la corruption la pauvreté, qui facilitent la tâche aux réseaux criminels transnationaux.

Sans être un véritable point de consommation, le Mali, un peu comme toute la région ouest-africaine, semble constituer une plaque tournante du trafic international. En témoigne d’ailleurs la destination sénégalaise que prenaient les 754 kg de drogue récemment interceptés par les gabelous.  Pour lutter contre le fléau, les propositions de solutions ne manquent pas. Mais leur efficacité ne produit souvent pas le résultat escompté.

Se référant à un rapport indépendant de la Commission Ouest-Africaine sur les Drogues (en anglais : West Africa Commission on Drugs), l’usage de drogues doit être considéré avant tout comme un problème de santé publique. Plutôt que des sanctions, les usagers de drogues ont besoin d’aide, soutient ledit rapport de la WACD. « Nous exhortons les dirigeants politiques d’Afrique de l’Ouest à unir leurs efforts pour changer les lois et les politiques qui se sont révélées inefficaces, en collaboration avec la société civile, qui doit être pleinement impliquée dans ce processus. C’est seulement ainsi que nous pourrons protéger nos populations, mais aussi nos institutions politiques et judiciaires, des dommages causés par les drogues illicites », peut-on lire dans ce rapport.

Outre le rapport de la WACD, celui de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime, publié en 2020, dresse un tableau alarmant. En effet, selon les données officielles, les saisies globales de tramadol en Afrique de l’Ouest équivalaient à 88 % de toutes les saisies de tramadol effectuées en Afrique et à 77 % de toutes les saisies de tramadol au niveau mondial en 2017. Le tramadol représentait également 82 % de toutes les quantités d’opioïdes pharmaceutiques saisies en Afrique de l’Ouest en 2016 et 91 % en 2017.

De leur côté et face à ces chiffres inquiétants, les leaders africains notamment ceux de l’Ouest ont lancé l’appel à ce que la région ne soit pas  la nouvelle ligne de front de la « guerre contre la drogue », laquelle, à leur point de vue,  n’a d’ailleurs permis ni de réduire la consommation de drogues ni d’évincer les trafiquants : « Nous enjoignons la communauté internationale à partager le fardeau crée par l’essor du trafic en Afrique de l’Ouest, qui ne produit ni ne consomme la plupart des drogues qui transitent par la région. Les nations dont les citoyens consomment de grandes quantités de drogues illicites se doivent d’apporter leur contribution et de proposer des solutions humaines afin de faire reculer la demande. »

Comme conséquences, il a été établi par le rapport de la WACD que le trafic de drogues illicites a joué un rôle direct ou indirect dans les troubles politiques qui ont secoué des pays comme la Guinée-Bissau et le Mali, et dans la montée de l’extrémisme dans certaines des zones les plus pauvres et les plus marginalisées d’Afrique de l’Ouest.

Alassane Cissouma

Source: Mali Tribune