L’Institut National de Santé Publique (INSP) a organisé, ce jeudi 05 novembre 2026, un point de presse portant sur la prévention et la prise en charge des intoxications liées aux produits chimiques. Au Mali, deux cents personnes décèdent chaque année à cause de ces produits, et près de quatre-vingt-huit pour cent des jeunes de moins de vingt ans présentent un taux de plomb alarmant, selon les spécialistes.
Il s’agit d’un risque sanitaire majeur, longtemps silencieux. Face à la presse nationale, l’Institut National de Santé Publique (INSP) a tiré la sonnette d’alarme sur les intoxications liées aux produits chimiques au Mali, lors de la présentation du Plan Stratégique National 2027-2031, axé sur l’enfant. À ce titre, l’Institut a mobilisé des spécialistes afin de mieux répondre aux questions des journalistes.
En ouverture, le Directeur Général de l’INSP, Dr Brehima Guindo, a souhaité la bienvenue aux participants avant de situer le contexte : « Nous savons tous que les cas d’intoxication sont des réalités que nous vivons au quotidien. Il est essentiel que nous prenions ces questions comme des urgences nationales. Voilà pourquoi l’INSP a voulu organiser cet espace d’échange ».
Selon les données du Ministère de la Santé et du Développement Social, le Mali enregistre environ deux cents décès par an liés à l’exposition aux produits chimiques. Ce chiffre masque une réalité bien plus large : entre 2010 et 2024, quatre mille trois cent soixante-quatre cas d’intoxication ont été recensés dans les structures sanitaires du pays.
Bamako et Kayes, les zones les plus touchées !
Les chiffres présentés par le Pr Tidiane Diallo, expert toxicologue de l’INSP, révèlent une concentration géographique inquiétante. Bamako, à elle seule, concentre un millier huit cent trente-neuf cas, soit quarante-deux virgule un pour cent du total national. Elle est suivie de Kayes avec un millier douze cas (vingt-trois virgule deux), puis de Keniéba avec quatre cent vingt cas (neuf virgule six), Sikasso et Ségou. Des villes minières comme Sadiola, Keniéba ou Bougouni, où l’orpaillage est intense, figurent également. Les experts lient cette corrélation directement à l’utilisation du cyanure, du mercure et du plomb dans l’extraction artisanale de l’or.
Au niveau mondial, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que six cents millions de cas d’intoxication surviennent chaque année, dont quatre cent vingt mille décès. « Tout le monde est vulnérable, bien au-delà du Mali », a averti le Pr Sanou Khô Coulibaly, médecin PhD en Toxicologie, lors de la présentation du Plan stratégique sur la santé environnementale, axé sur l’enfant.
Les plus exposés, d’après le Pr Sanou Khô Coulibaly, restent les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. Près de quatre-vingt-huit pour cent des jeunes de moins de vingt ans présentent des taux de plombémie alarmants, supérieurs à cinq microgrammes par décilitre, selon les données de l’INSP.
L’expert a énuméré les principales sources d’intoxication : la dégradation de l’environnement par l’orpaillage, l’usage abusif des pesticides en agriculture, ainsi que la mauvaise manipulation des produits ménagers tels que la soude caustique.
« Nous avons les substances jusque dans nos assiettes », a-t-il martelé, dénonçant la présence de résidus chimiques dans les produits consommés chaque jour.
Vers un Centre Antipoison opérationnel 24 h/24
Face à ce défi, le Ministère de la Santé, appuyé par l’UNICEF, a conçu le Plan Stratégique National 2027-2031. Il s’articule autour de l’Axe 1 : Prévention et Sensibilisation. La principale annonce de ce point de presse est le projet de création d’un Centre Antipoison national, opérationnel vingt-quatre heures sept jours, pour assurer la veille sanitaire sur les polluants organiques et inorganiques et coordonner la prise en charge.
Le Pr Coulibaly a également interpellé les autorités sur le manque de suivi réel dans le contrôle des cas d’intoxication et sur la nécessité de renforcer les capacités des services de santé, ainsi que le cadre institutionnel. Il a appelé à une coordination intra et multisectorielle, conformément à l’approche « Une Seule Santé », réunissant Agriculture, Environnement, Élevage et Santé.
En conclusion, les experts ont lancé un appel direct aux journalistes et communicateurs : accentuer la sensibilisation, en français et en langues nationales, notamment sur l’interdiction de réutiliser les emballages chimiques et sur le stockage sécurisé des produits.
Amadou Kodio/Afrikinfos-Mali
Last Updated on 05/11/2026 by Ousmane BALLO
