Au deuxième jour du troisième Sommet Russie-Afrique, le 29 octobre 2026 à Moscou, le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a porté un message du Président du Faso, Ibrahim Traoré, appelant à transformer les engagements politiques en réalisations concrètes. Formation des jeunes, transfert de technologies, souveraineté économique et réforme de la gouvernance mondiale figurent parmi les priorités mises en avant par Ouagadougou.
Le Burkina Faso veut faire du troisième Sommet Russie-Afrique une étape décisive dans la concrétisation du partenariat entre Moscou et les pays du continent. C’est le message transmis jeudi à Moscou par le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, lors d’un panel de haut niveau consacré aux relations entre la Russie et l’Afrique.
S’exprimant au nom du Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, le chef du gouvernement a insisté sur la nécessité de dépasser les déclarations d’intention pour privilégier des engagements assortis de résultats tangibles.
« Ce 3e Sommet doit être celui de la mise en œuvre de ce partenariat stratégique », a-t-il déclaré en relayant le message présidentiel.
Pour les autorités burkinabè, les fondations posées lors des précédents sommets de Sotchi, en 2019, et de Saint-Pétersbourg, en 2023, doivent désormais déboucher sur des initiatives concrètes, à la hauteur des attentes des populations africaines.
Parmi les priorités évoquées figure le développement des compétences. Le Burkina Faso souhaite notamment renforcer les possibilités de formation des jeunes Burkinabè et Africains en Russie, particulièrement dans les technologies de pointe et les secteurs stratégiques.
L’objectif affiché est de permettre à ces jeunes d’acquérir des connaissances et un savoir-faire qu’ils pourront ensuite mettre au service du développement de leurs pays.
Au-delà de la formation, Ouagadougou défend une coopération fondée sur le transfert effectif de compétences, le partage d’expériences et la réciprocité. Une approche qui vise à faire des partenariats internationaux des instruments de renforcement des capacités locales plutôt que de simples relations commerciales.
Cette orientation rejoint une préoccupation plus large des économies africaines : mieux valoriser leurs ressources, développer leurs compétences techniques et renforcer leur capacité à concevoir et à conduire leurs propres projets de développement.
La souveraineté comme principe de coopération
Le message d’Ibrahim Traoré place également la souveraineté au centre des relations internationales du Burkina Faso.
Sous son leadership, les autorités burkinabè affirment vouloir rompre avec les formes de dépendance et les partenariats qu’elles jugent déséquilibrés. La diversification des relations extérieures s’inscrit ainsi dans une volonté de préserver la liberté de choix du pays et de défendre ses intérêts nationaux.
Dans cette perspective, la coopération avec la Russie est présentée comme une possibilité de développer des relations fondées sur le respect mutuel et les intérêts réciproques.
Le Président du Faso défend notamment une approche dans laquelle les partenaires africains doivent pouvoir déterminer leurs priorités, maîtriser leurs ressources et participer pleinement aux décisions concernant leur avenir.
Cette orientation s’inscrit également dans la dynamique de rapprochement entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger au sein de la Confédération des États du Sahel (AES).
La question sécuritaire occupe une place importante dans le message présidentiel. Ibrahim Traoré a salué le courage et l’engagement des forces mobilisées dans la lutte contre le terrorisme, mettant en avant les efforts visant à reprendre le contrôle de certaines localités et à favoriser le retour progressif des activités dans les zones affectées.
La réouverture d’écoles et la reprise de la vie quotidienne dans les territoires concernés figurent parmi les résultats mis en avant par les autorités burkinabè.
Cette dimension sécuritaire reste étroitement liée aux ambitions de développement du pays. Pour Ouagadougou, la stabilisation du territoire constitue une condition essentielle au rétablissement des services publics, à la reprise des activités économiques et à l’amélioration des conditions de vie des populations.
Le message présidentiel inscrit ainsi la coopération internationale dans une approche qui associe sécurité, développement et renforcement de la souveraineté nationale.
Pour défendre le rapprochement avec Moscou, le Président du Faso a également évoqué les liens historiques entre la Russie et l’Afrique.
Le soutien de l’Union soviétique à plusieurs jeunes États africains après leur accession à l’indépendance, la formation de cadres africains et l’accueil d’étudiants dans les universités soviétiques constituent, selon ce message, des éléments importants de cette mémoire commune.
Le Burkina Faso entend s’appuyer sur cet héritage pour promouvoir une coopération davantage orientée vers le développement des compétences, le partage de connaissances et le respect de la dignité des peuples.
Cette référence historique s’inscrit dans la vision politique défendue par les autorités burkinabè, qui souhaitent consolider des partenariats internationaux sans renoncer à leurs choix stratégiques.
L’Afrique réclame une place plus importante dans la gouvernance mondiale
Au-delà des relations bilatérales, Ibrahim Traoré a plaidé pour une évolution de la place de l’Afrique dans les instances internationales.
Face aux critiques visant l’efficacité et la représentativité de certaines institutions mondiales, son message appelle au respect du droit international et à une réforme des mécanismes de gouvernance internationale.
Le Président burkinabè a notamment dénoncé une vision du continent qui le réduirait à un espace de rivalités géopolitiques, à une source de matières premières ou à un simple réservoir de voix dans les organisations internationales.
« L’Afrique ne veut être ni un champ de bataille, ni un réservoir de matières premières, ni un vote dans une assemblée. Elle veut être une terre de dignité », a-t-il affirmé dans son message lu par le Premier ministre.
Cette déclaration résume la revendication centrale portée par Ouagadougou : permettre aux États africains de participer davantage aux décisions internationales, de défendre leurs intérêts et de peser sur les orientations qui déterminent leur avenir.
À travers son intervention au Sommet Russie-Afrique, le Burkina Faso réaffirme sa volonté de consolider ses relations avec Moscou tout en défendant une coopération fondée sur la réciprocité et le respect de la souveraineté.
Mais le message présidentiel souligne également une exigence : les partenariats doivent produire des effets concrets dans la vie des populations. La formation, le transfert de technologies, le développement économique et le renforcement des capacités nationales constituent autant de domaines dans lesquels les engagements devront être évalués.
Pour Ouagadougou, l’enjeu n’est donc pas simplement de multiplier les accords, mais de s’assurer que ceux-ci débouchent sur des projets utiles et durables.
Le cap défendu par Ibrahim Traoré est celui d’« un partenariat sincère, transparent et équilibré, qui ne demande pas à l’Afrique de choisir un camp, mais de choisir son avenir ».
Une orientation qui place la souveraineté de décision et les retombées concrètes au cœur de la vision burkinabè des relations entre l’Afrique et ses partenaires internationaux.
IB / Afrikinfos-Mali
Last Updated on 30/10/2026 by Ousmane BALLO
