L’arrivée continue de populations déplacées en provenance de Zouéra exerce une pression croissante sur les capacités d’accueil de Goundam. Selon les données disponibles, 876 ménages, soit 5 173 personnes, ont déjà été recensés. Une première assistance en vivres et en produits essentiels a été distribuée, mais les besoins restent considérables.
La ville de Goundam fait face à une nouvelle épreuve humanitaire. Depuis plusieurs jours, des familles en provenance de Zouéra, localité située dans la commune rurale d’Essakane, à environ 65 kilomètres de Goundam, arrivent par vagues successives dans la ville.
Pick-up, camions et charrettes assurent les rotations entre les deux localités. À leur bord, des familles ayant quitté dans l’urgence leurs habitations et leurs moyens d’existence. Quelques sacs, des ustensiles de cuisine, des effets personnels et, pour certains ménages, quelques animaux constituent l’essentiel des biens emportés.
Le mouvement se poursuit encore, laissant craindre une nouvelle augmentation des effectifs dans les prochains jours. L’ampleur de ce déplacement se mesure désormais à travers les chiffres. Un premier recensement faisait état de 412 ménages. Selon Hamidou Abdoulaye Maïga, chef du Service local du Développement social et de l’Économie solidaire, 876 ménages sont déjà enregistrés dans le cercle de Goundam. Ces ménages représentent 5 173 personnes, dont 1 354 hommes, 1 540 femmes et 2 279 enfants. Ces données restent provisoires, compte tenu de la poursuite des arrivées.
Les populations sont actuellement réparties entre des familles d’accueil et des sites d’hébergement temporaire, notamment le groupe scolaire de Haribanda et le lycée de Goundam. Pour cette ville qui accueille depuis plusieurs années des populations affectées par la crise sécuritaire, cette nouvelle arrivée constitue un défi supplémentaire.
Une pression humanitaire qui s’accentue
Goundam n’en est pas à sa première expérience d’accueil. Depuis le déclenchement de la crise sécuritaire en 2012, la ville a régulièrement reçu des populations contraintes de quitter leurs localités.
En 2025, des populations déplacées de Fatakara y avaient trouvé refuge. En 2026, celles issues des camps de pêcheurs de Djindé I et II et du lac Fati sont venues grossir les rangs des personnes déjà accueillies.
L’arrivée des populations de Zouéra intervient donc dans un contexte où les capacités d’accueil et les ressources locales sont déjà fortement sollicitées. Les besoins prioritaires concernent notamment l’eau potable, l’alimentation, les abris, les articles ménagers essentiels, les moustiquaires, les couvertures, l’hygiène et l’assainissement. La construction de latrines d’urgence et l’accès aux soins constituent également des préoccupations majeures. La situation des enfants, des femmes et des autres personnes vulnérables appelle par ailleurs une attention particulière en matière de protection et de prise en charge sanitaire.
Une première assistance mobilisée
Face à cette situation, les autorités régionales et locales ont engagé une première réponse d’urgence. Sur instruction du Gouverneur de la région de Tombouctou, une assistance en vivres et en produits de première nécessité a été remise aux familles déplacées.
La cérémonie, présidée par le préfet du cercle de Goundam, Amadou Oumar Kida, a permis de distribuer 35 sacs de riz de 50 kilogrammes et 7 sacs de sucre de 50 kilogrammes. À cette dotation alimentaire s’est ajouté un important lot de produits non alimentaires comprenant notamment 508 couvertures, 175 moustiquaires, 161 nattes, 508 cartons de savon, 490 seaux de 20 litres et 663 bidons de 10 litres. L’aide comprend également 199 marmites de 7 kilogrammes, 158 marmites de 5 kilogrammes, 504 tasses en aluminium, 542 bouilloires et 544 kits destinés à l’hygiène et à l’assainissement.
Cette première intervention constitue un soutien immédiat pour les ménages nouvellement arrivés, mais les autorités reconnaissent que les besoins dépassent largement cette dotation.
Au cours de la cérémonie, le préfet de Goundam a transmis aux populations déplacées un message de solidarité au nom du Gouverneur de Tombouctou. « Vous étiez là-bas chez vous, mais ici aussi, vous êtes chez vous », a déclaré Amadou Oumar Kida, soulignant la nécessité de préserver l’esprit de solidarité entre les populations déplacées et les communautés d’accueil.
L’autorité administrative a également annoncé la poursuite des démarches en vue de mobiliser davantage de partenaires. « Nous allons vraiment nous employer à mobiliser l’ensemble des partenaires pour que tous ceux qui peuvent faire quelque chose viennent », a-t-il assuré.
L’enjeu est désormais d’élargir la réponse humanitaire et de l’adapter à l’évolution des effectifs.
Pour les autorités locales, la fiabilité des données constitue un autre enjeu majeur. Le recensement permet en effet d’évaluer les besoins, d’éviter les doublons et de mieux orienter les interventions des partenaires.
Le préfet a ainsi invité les familles déplacées à communiquer des informations exactes aux agents chargés du recensement afin de disposer d’une base de données fiable.
Une visite au lycée de Goundam, qui accueille une partie des déplacés, a également permis aux autorités d’échanger directement avec les familles et d’apprécier leurs conditions d’accueil.
Une réponse appelée à s’inscrire dans la durée
À Goundam, la première assistance marque le début d’une réponse qui devra nécessairement se renforcer. Avec 5 173 personnes déjà recensées et des arrivées qui se poursuivent, la pression sur les ressources locales pourrait rapidement s’accentuer.
Au-delà de l’aide alimentaire immédiate, les populations auront besoin d’un accès régulier à l’eau, aux soins, à l’assainissement, à l’hébergement et aux produits essentiels.
Pour les familles venues de Zouéra, le déplacement a permis de trouver un refuge, mais il ouvre une nouvelle période d’incertitude. Pour Goundam, il pose une nouvelle fois la question de la capacité des communautés d’accueil et des acteurs humanitaires à répondre, dans la durée, aux conséquences des déplacements forcés.
La priorité est désormais claire : renforcer rapidement la mobilisation des autorités, des partenaires humanitaires et des communautés afin que l’arrivée de ces milliers de personnes ne se transforme pas en une crise humanitaire plus profonde.
Ousmane BALLO
Source : Ziré
Last Updated on 20/08/2026 by Ousmane BALLO
