Politique culturelle au Mali : Alioune Ifra dénonce la biennale et propose…

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La place de la Biennale artistique et culturelle dans la politique culturelle malienne revient au centre du débat. Dans une tribune au ton assumé, publié le 12 avril 2026, l’opérateur culturel et promoteur du complexe BlonBa, Alioune Ifra Ndiaye, appelle à une refonte profonde du modèle culturel national, estimant que la Biennale, héritage majeur des années postindépendance, ne répond plus aux exigences du Mali contemporain.

« Mais aujourd’hui, il faut avoir le courage de le dire clairement : la Biennale est devenue un outil dépassé », a déclaré Alioune Ifra Ndiaye. Pour l’acteur culturel, la Biennale demeure certes un symbole fort de la construction de l’identité nationale dans les années 1960, mais son maintien au cœur des politiques publiques relèverait aujourd’hui davantage d’une nostalgie collective que d’une réelle efficacité structurelle.

Dans son analyse, Alioune Ifra souligne que le Mali vit depuis plusieurs décennies une transition inachevée entre systèmes traditionnels et modernité institutionnelle. Selon lui, les mécanismes de régulation sociale, de transmission des savoirs et de coopération citoyenne ont profondément évolué, tandis que la politique culturelle n’a pas suffisamment accompagné cette mutation.

Il regrette notamment que la culture soit encore trop souvent réduite à des manifestations festives, au folklore ou au divertissement, alors qu’elle constitue, selon lui, le socle symbolique qui permet l’organisation de la vie collective, la confiance sociale et l’adhésion aux règles communes.

À ce titre, l’absence de récits modernes capables de raconter le Mali contemporain (ses collectivités, ses institutions, ses métiers, ses services publics et ses réalités sociales) représenterait l’un des principaux angles morts de la construction démocratique depuis 1991.

Une critique de l’impact réel de la Biennale

Si la Biennale conserve un prestige historique important, Alioune Ifra estime qu’elle présente aujourd’hui des limites structurelles majeures : coût élevé, faible impact durable, faible capacité de maillage territorial et déconnexion avec les attentes des nouvelles générations.

Selon lui, l’événement, organisé de manière ponctuelle, ne permet ni de construire un lien social permanent, ni de soutenir une dynamique continue de production artistique et de professionnalisation du secteur.

L’opérateur culturel pointe également des insuffisances dans l’organisation pratique de certaines éditions, notamment en matière d’hébergement, de restauration et d’encadrement des jeunes participants, en décalage avec l’ambition de modernité affichée.

Vers un réseau national de 94 espaces culturels

En alternative, Alioune Ifra propose un changement de paradigme : passer d’un grand rendez-vous biennal à une présence culturelle quotidienne et décentralisée.

Son projet repose sur la création, dans les 19 régions du Mali et le district de Bamako, d’un réseau d’environ 94 espaces culturels en moins de deux ans.

Ces infrastructures auraient pour mission d’assurer une diffusion régulière de la culture contemporaine ; de soutenir une production artistique continue ; d’offrir au public un accès permanent aux œuvres ; et e favoriser la professionnalisation des acteurs culturels.  L’objectif affiché est de faire de la culture un outil quotidien de citoyenneté, d’éducation, de débat public et de cohésion sociale.

Dans cette vision, la Biennale laisserait place à un grand rendez-vous annuel de programmation et de circulation des œuvres, réunissant pendant trois semaines les directeurs des 94 espaces dans une région différente chaque année.

Cette rencontre permettrait de présenter les meilleures créations des saisons précédentes, d’impliquer les meilleurs élèves, étudiants et apprentis venus de toutes les régions, tout en servant de plateforme d’échanges entre artistes, producteurs, programmateurs et pouvoirs publics.

Le gouvernement pourrait y tenir un Conseil des ministres symbolique, tandis qu’une nouvelle programmation nationale (théâtre, cinéma, danse, arts plastiques, conférences, édition, musique) y serait définie.

À travers cette proposition, Alioune Ifra ne remet pas en cause la valeur patrimoniale de la Biennale. Il plaide plutôt pour sa recontextualisation comme élément de mémoire nationale, à préserver dans les archives, les musées et les récits historiques.

Pour lui, le Mali a désormais besoin d’un projet culturel moderne, continu et territorialement équilibré, capable de raconter le pays tel qu’il vit aujourd’hui et d’accompagner la formation d’une citoyenneté adaptée aux réalités contemporaines.

Plus qu’une simple réforme d’événement, cette vision se veut une stratégie de transformation du secteur culturel, au service de la cohésion sociale, de l’économie créative et du récit collectif national.

Ousmane BALLO

Source : Ziré

Last Updated on 16/04/2026 by Ousmane BALLO

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