L’Office du Niger confirme sa montée en puissance dans la stratégie de transformation économique du Mali. Réuni le 7 avril 2026 à l’occasion de la 56e session de son Conseil d’administration, l’établissement public a dévoilé une ambition claire : devenir, d’ici 2063, un agropole majeur et une référence agro-industrielle à l’échelle continentale.
Portée par le Président-directeur général, Dr Samba Bocary TOUNKARA, cette vision s’inscrit dans une logique de souveraineté alimentaire, de création de valeur et d’industrialisation des filières agricoles, dans un contexte marqué par des contraintes structurelles persistantes mais aussi par de solides perspectives de croissance.
Avec un patrimoine foncier de 2 458 506 hectares, dont 1 907 406 hectares aménageables et 1 445 000 hectares irrigables par gravité, l’Office du Niger reste l’un des plus grands pôles de production agricole de la sous-région.
Pour sa direction générale, ce potentiel doit désormais être exploité dans une approche plus intégrée, orientée vers la performance économique des chaînes de valeur. Les filières prioritaires ciblées incluent le riz, la canne à sucre, l’échalote, l’oignon, l’élevage, la pisciculture, ainsi que le blé, récemment introduit pour répondre à la hausse de la demande intérieure.
« L’Office du Niger doit devenir un agropole majeur », a déclaré Dr TOUNKARA, appelant à une mobilisation renforcée des ressources humaines, financières et matérielles, tout en soulignant la nécessité d’une sécurisation durable de la zone de production.
Des résultats 2024 qui confortent le potentiel de croissance
Sur le plan opérationnel, le bilan 2024-2025 traduit une dynamique globalement favorable. La superficie exploitée a atteint 131 950,27 hectares, soit 92,74 % des objectifs, confirmant la progression des activités de mise en valeur.
La production de riz paddy s’est établie à 773 056,48 tonnes, représentant 85,21 % des prévisions, avec une progression de plus de 22 000 tonnes par rapport à l’exercice précédent.
Le rendement moyen, de 5,86 tonnes par hectare, reflète une amélioration de l’efficacité productive, soutenue par une meilleure disponibilité en eau et des conditions pluviométriques favorables.
Dans les segments du maraîchage et de la diversification agricole, les performances apparaissent plus contrastées. Le maraîchage totalise 301 340,82 tonnes sur 10 858,67 hectares, tandis que la diversification affiche 63 337,39 tonnes, avec un taux de réalisation de 55,30 %. Cette évolution est liée au recentrage des exploitants vers le riz de contre-saison, offrant une meilleure rentabilité économique.
Des contraintes financières et logistiques à lever
Malgré ces indicateurs encourageants, plusieurs freins continuent de limiter l’optimisation du potentiel économique de l’Office du Niger.
Les principales contraintes concernent le retard dans la mise à disposition des engrais subventionnés ; la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et d’équipements agricoles ; l’insuffisance d’entretien des infrastructures hydrauliques ; et les retards de décaissement des financements publics.
Sur le volet budgétaire, l’État n’a mobilisé que 45,44 % des 5,5 milliards de FCFA attendus, avec un seul décaissement partiel intervenu en novembre 2024.
En revanche, la redevance-eau enregistre un taux de recouvrement de 92,65 %, traduisant une performance satisfaisante dans la mobilisation des recettes propres.
Des fondamentaux financiers globalement résilients
Sur le plan économique et financier, l’Office du Niger maintient des équilibres relativement solides. Le chiffre d’affaires ressort à 7,63 milliards de FCFA, pour un résultat net bénéficiaire de 9,35 millions de FCFA. Le total du bilan s’élève à 79,83 milliards de FCFA, témoignant du poids stratégique de l’institution dans l’économie agricole nationale.
Pour contenir les tensions budgétaires, la direction a engagé des mesures d’optimisation, notamment la réduction des charges de fonctionnement et le report de certains travaux d’entretien.
Au-delà des performances annuelles, cette session a permis d’annoncer la finalisation prochaine de deux instruments majeurs : la Stratégie de Développement Global à l’horizon 2063 (SDG-ON 2063) et le Plan d’Action pour le Renouveau (PAR-ON).
Ces outils doivent constituer la feuille de route de la transformation de l’Office du Niger en hub agro-industriel durable, en cohérence avec la vision nationale « Mali Kura Ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma » et la SNEDD 2024-2033.
Le PDG a, par ailleurs, salué l’appui des partenaires techniques et financiers, notamment la Coopération allemande, qui soutient le Projet d’irrigation de N’Débougou IV à hauteur de 26 milliards de FCFA ; la Coopération néerlandaise, à travers le PRODEAU, doté de 4,255 milliards de FCFA.
À travers cette nouvelle orientation, l’Office du Niger se positionne plus que jamais comme un pilier de la souveraineté alimentaire, de la croissance agricole et de la transformation économique du Mali. La réussite de cette ambition dépendra toutefois de la capacité à lever les contraintes structurelles et à sécuriser durablement cet espace à fort potentiel.
Ousmane BALLO
Source : Le Capital
Last Updated on 13/04/2026 by Ousmane BALLO

