Mali : l’extrémisme religieux et la violence faite aux femmes au centre d’une conférence interreligieuse

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L’Union des Femmes de l’Eglise Chrétienne Evangélique du Mali (UFECEM) et le Mouvement des Cadres et Responsables Chrétiens (MCRC), avec le soutien financier de l’Initiative Conjointe pour une action Religieuse Stratégique (JISRA), ont organisé, le mardi 17 décembre 2024, au Carrefour des jeunes, une conférence interreligieuse sur la lutte contre l’extrémisme religieux et la violence faite aux femmes. C’était en présence de la présidente de l’UFECEM, Mme POUDIOUGOU Kadidia BARO ; du secrétaire général du MCRC, Luc DIARRA ; du représentant de His Boura Hamane, Mamady SACKO. La conférence a été animée par le Dr Jean Dabélé DIASSANA et Karamoko Ibrahim DEMBELE.

C’est dans une communion totale que des dizaines de chrétiens (Protestants et Catholiques) et des dizaines de Musulmans ont participé à cette journée d’échanges sur l’extrémisme religieux et la violence faite aux femmes. Une initiative qui vise à promouvoir la paix et la coexistence pacifique et renforcer les valeurs universelles de paix et de solidarité.

Une cohabitation pacifique depuis des siècles

Dans son mot de bienvenue, la présidente de l’Union des Femmes de l’Eglise Chrétienne Evangélique du Mali (UFECEM), Mme POUDIOUGOU Kadidia BARO, a indiqué que le Mali a toujours été un pays de croyance religieuse, depuis la religion traditionnelle jusqu’à la naissance de l’Islam au 10è siècle ; l’entrée du Catholicisme au 19è siècle et précisément en 1888, et le l’Eglise Evangélique protestante au 20è siècle en 1922. Selon elle, depuis ces siècles, les différentes communautés ont eu une cohabitation pacifique.

La présidente de l’UFECEM a expliqué que le projet JISRA (Initiative Conjointe pour une action Religieuse Stratégique) s’attaque à la discrimination et à l’extrémisme au sein des communautés religieuses et engage les autorités aux niveaux international, national et local sur les questions de liberté de religion et de croyance. Elle a informé que c’est dans ce contexte que la présente conférence est organisée.

Emergence de nouvelles idées

Mme POUDIOUGOU Kadidia BARO a évoqué avec regret l’émergence de nouvelles idées qui ont changé les enjeux de la question religieuse et sa pratique quotidienne dans la société malienne. « Les musulmans et les chrétiens qui vivaient paisiblement côte à côte depuis des décennies connaissent des tensions religieuses à cause de l’intrusion d’un nouvel Islam, intolérant qui inquiète tout le monde », a-t-elle déploré.

Le secrétaire général du Mouvement des cadres et responsables chrétiens (MCRC), Luc DIARRA, a indiqué que son organisation a beaucoup d’expériences dans le domaine de la formation et de la sensibilisation. Selon lui, le projet JISRA mène des actions en faveur de la recherche de la paix et de la cohésion sociale en mettant l’accent sur le dialogue interreligieux.

Tous les hommes sont égaux devant Dieu

Le conférencier Jean Dabélé DIASSANA a décortiqué l’extrémisme religieux et la violence faite aux femmes en se focalisant sur la doctrine chrétienne. Il a tout d’abord fait comprendre que tous les hommes sont égaux devant Dieu. Il a, au passage, cité un verset biblique qui dit : ‘’Rassembler ensemble est une bénédiction de l’éternel’’.

Le Dr Jean Dabélé DIASSANA a insisté sur les valeurs de la vérité en toute circonstance. Aussi, il a évoqué les conséquences du mensonge et l’importance du dialogue qui permet de résoudre beaucoup de problèmes avant qu’ils ne dégénèrent. « L’excès de toute chose est nuisible. Dieu déteste l’extrémisme, Il a créé l’être humain avec Amour. Malheureusement, ceux qui commettent ces actes de violence sont soutenus par certains. Ils se cachent derrière la religion pour commettre des atrocités », a détaillé le Dr Jean Dabélé DIASSANA.

Abordant la violence faite aux femmes, le conférencier a fait remarquer que la femme aime se sentir aimée. Selon lui, l’homme et la femme se complètent et doivent vivre en harmonie.

Le Dr Jean Dabélé DIASSANA a affirmé que la première violence faite à la femme est de ne pas l’aimer. « L’amour n’est pas mécanique, il se vit », a déclaré le Dr DIASSANA, avant d’inviter les humains à se retourner vers Dieu de façon sincère pour débarrasser le monde des violences qui l’assaillent.

Mauvaise interprétation des textes religieux

Le deuxième conférencier, Karamoko Ibrahim DEMBELE, a souligné que la plupart des difficultés que nous connaissons sur le plan religieux s’explique par la mauvaise interprétation des textes biblique et coranique. Selon lui, Dieu est unique même si les voies empruntées pour l’adorer diffèrent souvent.

L’imam DEMBELE a évoqué avec amertume les conflits interreligieux et intra religieux que le monde connait actuellement. « L’on peut guider son prochain sur le bon chemin sans tomber dans l’extrémisme.  Il ne faut jamais mettre le cœur à la place de l’esprit », a conseillé Karamoko Ibrahim DEMBELE.

Selon lui, l’extrémisme religieux défend une idéologie nouvelle et exagérée qui aboutit souvent à des conséquences désastreuses. « Chaque individu est à l’image de Dieu sur terre. Chacun doit manifester de l’amour pour son prochain. Certains ne considèrent pas ceux qui ne suivent pas leur chemin. Il n’y pas de vérité absolue, chacun travaille sur la base de sa compréhension et on ne doit pas rejeter les idéologies contraires », a-t-il soutenu.

M. DEMBELE a critiqué le fait que certains font tout pour imposer leurs idéologies et leurs visions aux autres, d’où la naissance de l’extrémisme violent. Il a expliqué que la cause de l’extrémisme violent peut être politique, idéologique, économique, culturelle ou sociale.

Renforcer l’éducation à bas âge

Pour éviter de tomber dans l’extrémisme, l’imam DEMBELE a souligné l’importance de l’éducation depuis le bas âge en mettant l’accent sur l’acceptation de son prochain, le respect de sa liberté et la bonne cohabitation. « Nous devons mettre en valeur nos valeurs sociétales pour résoudre nos problèmes. Si les gens acceptent d’étudier et de se renseigner sur la religion, l’extrémisme n’aura pas de force », a déclaré Karamoko Ibrahim DEMBELE.

Abordant la question de la violence faite aux femmes, il a précisé qu’il ne s’agit pas uniquement des violences physiques. Le conférencier a affirmé que la femme aime être complimentée et chouchoutée de façon régulière. Une bonne manière que beaucoup d’hommes n’accordent pas d’importance.

« Les femmes sont violentées sur le plan de l’affection. Beaucoup d’hommes aiment montrer leur rapport de force en cherchant à dominer la femme. Aussi, il y a beaucoup de difficultés dans les couples parce qu’il n’y a pas de communication. En cas de conflit, la femme qui est généralement le maillon faible sort perdante », a déploré Karamoko Ibrahim DEMBELE.

Lors de cette journée d’échanges, les conférenciers ont beaucoup insisté sur le respect mutuel des différentes croyances religieuses et la compréhension mutuelle. Les participants ont unanimement condamné les extrémismes religieux qui n’entrainent que des divisions et querelles qui entachent l’harmonie de la cohésion sociale.

PAR MODIBO KONE / Afrikinfos-Mali

Last Updated on 19/12/2024 by Ousmane BALLO

5 thoughts on “Mali : l’extrémisme religieux et la violence faite aux femmes au centre d’une conférence interreligieuse

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