Diédala est un village bambara situé à une vingtaine de kilomètres de Bla dans la région de Ségou. Son Centre de santé communautaire (CSCOM) n’a rien à envier à un centre de santé au niveau urbain en matière d’hygiène et d’assainissement.
Le 28 février 2024 à Diédala ! Pour s’y rendre, il faut des acrobaties. Une route ensablée, parfois très rétrécie avec des nids de poule occasionnés par les eaux de pluies qui impose la prudence et la limitation de vitesses à tout usager motorisé ou véhiculé. Avant d’arriver au Centre de santé de la localité, à cause de l’état de la route, l’on imagine tout : un Centre de santé abandonné ; le personnel démotivé ; la qualité de soins qui laisserait à désirer…
Après plus 30 minutes pour une vingtaine de kilomètres, nous sommes à Diédala, à 10 heures 12 minutes. Au CSCOM, dont l’ère de santé comprend quatre villages, avec 7. 055 habitants, un vent tiède souffle dans la cour d’une superficie estimée à plus d’un hectare. Sous des manguiers au milieu de la cour du CSCOM totalement assainie, une dame est là et surveille bien les entrées et les sorties des visiteurs. « Monsieur, je vous prie d’aller vous laver les mains d’abord », nous lance-t-elle. Sous ses regards vigilants, nous nous soumettons à ses directives.
Ici, le problème d’eau ne se pose pas. Quant à l’hygiène et à l’assainissement, ils sont ancrés dans le quotidien du personnel sanitaire. Au total, huit latrines ; une douche dans la salle d’accompagnement ; des points d’eau équipés de kits de lavage des mains au savon dans la cour, ainsi que dans les salles de consultations, de soins et d’accouchement sont interconnectés à un forage d’eau d’une capacité de 5 000 litres et alimenté par un système solaire. Aussi, une unité de chloration est installée pour traiter automatiquement l’eau à partir du château. Au fond de la cour, l’on note également un incinérateur pour mieux gérer les déchets. A l’intérieur du Centre de santé, les murs bien peints comportent également des murailles pour mieux orienter les patients, surtout en matière d’hygiène et d’assainissement. Ce qui rend le travail plus facile au personnel de la santé.
Selon Mme Sanata Goïta, directrice technique du CSCOM, toutes ces réalisations ont été possibles grâce au projet Beseya Blon de WaterAid Mali. Sourire aux lèvres, elle nous confie : « Ici au CSCOM de Diédala, nous avons ce qu’il nous faut, et l’hygiène et la prise en charge des patients se font avec beaucoup de rigueur et professionnalisme. »
Interrogée sur l’hygiène et l’assainissement des toilettes, elle rigole : « Écoutez, on peut même manger dans nos toilettes. Vous les avez visitées et vous pouvez le confirmer. En réalité, les toilettes sont toutes séparées et elles sont très propres. Chacune d’elles est dotées de point d’eau et de kit de lavage des mains au savon.»
S’agissant de l’hygiène à l’intérieur du CSCOM, Mme Sanata Goïta précise : « Avant et après toute intervention, on se lave les mains au savon. Aussi, la salle, les tables et tous les matériels utilisés sont nettoyés et désinfectés avant la prochaine intervention. Nous faisons également le tri des déchets biomédicaux en utilisant les trois poubelles de couleurs différentes. La couleur noire pour les déchets sans infections ; la couleur jaune pour les déchets piquants et tranchants et la couleur rouge pour les déchets dangereux, liquides biologiques, comme les vomissements, le sang et les urines. L’ensemble de ces déchets sont, par la suite, acheminés en toute sécurité à l’incinérateur pour être incinérés.»
De ses explications, l’on note également que le Centre de santé est bien fréquenté avec en moyenne 200 consultations par mois. « Les causes des consultations sont relatives aux cas de paludisme, d’infections respiratoires et des maladies diarrhéiques », précise-telle.
La propreté d’un centre, un premier soin pour un malade
Pour pérenniser les acquis en termes d’hygiène, d’assainissement et de qualité de soins, l’Association de Santé communautaire (ASACO) de Diédala, et les collectivités ne se sont pas restées en marge. Déjà, l’ASACO a mis en place un comité de suivi du système d’amélioration continue et de gouvernance en matière Eau, Hygiène et Assainissement (EHA), dont la mission est le suivi et l’entretien des équipements d’eau et d’hygiène. Quant aux collectivités, elles assurent actuellement le salaire de deux agents du CSCOM.
Selon Sory Ibrahim Bouaré, conseiller pour la santé et l’environnement au bureau de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Bamako, l’hygiène en milieu de soin, c’est ensemble des mesures prises par un établissement de santé en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène des mains. « Il faut que l’établissement ait de l’eau en quantité, en qualité et une distribution correcte. L’assainissement concerne surtout les toilettes en quantité, en qualité et séparées par utilisateurs. Que les malades, les visiteurs, le personnel et les couches vulnérables hommes et femmes ne partagent pas les mêmes toilettes. Les femmes venues pour accoucher doivent aussi avoir leurs toilettes à côtes d’elles », ajoute-t-il.
Pour ce qui concerne la gestion des déchets, M. Bouaré estime qu’il faut des matériels adaptés pour les collecter, les stocker et les transporter en toute sécurité pour les traiter ou les éliminer. « L’eau, l’hygiène et l’assainissement constituent la vitrine d’un centre de santé. Donc, la propreté du centre de santé, c’est un premier soin pour un malade. C’est aussi, ce qui permet d’augmenter la fréquentation du centre, de rehausser ses recettes et de l’amener à se développer davantage pour mieux répondre aux besoins sanitaires de la population. Tout soin fait dans un environnement non hygiénique, est un soin qui ne sera jamais de la qualité », souligne-t-il.
Le conseiller pour la santé et l’environnement de l’OMS pense aussi que la prévention des infections est importante pour le personnel sanitaire, pour les malades et pour les accompagnants et visiteurs, ainsi que pour la communauté toute en entière. « Un Centre de santé où les mesures d’hygiène ne sont pas observées est un centre dangereux pour la communauté. Parce que c’est là où se retrouvent tous les germes et les malades de la communauté », ajoute Sory Ibrahim Bouaré.
Aujourd’hui, au Centre de santé communautaire de Diédala, le paquet minimum WASH (eau, hygiène et assainissement), une norme nationale, est bien respecté. Ce qui facilite le travail au personnel de santé et garantit un soin de qualité aux communautés. Le seul défi qui reste est bien l’accès des autres villages au centre de santé, surtout en période pluvieuse.
Ousmane BALLO
Source : Ziré
Last Updated on 19/05/2025 by Ousmane BALLO
